CHAPITRE HUITIÈME
de la piété du voyageur, ainsi que de la beauté noble et pure de sa femme ; elle adressa de vifs reproches à son mari d'avoir repoussé des gens si estimables. Je vis encore qu^elle se dirigea aussitôt vers l'asile où reposaient les voyageurs ; mais honteuse d'y aller les mains vides, elle revint chercher des provisions. — L'endroit où ils se trouvaient alors, était sur le versant septentrional d'une montagne^ presque à égale distance de Samarie et de Thébez. Soccoth est à l'est au délà du Jourdain, Ennon au sud et aussi au delà du fleuve; enfm Salim est aussi au sud, mais de ce côté du Jourdain. D'ici à Nazareth, il y a environ douze lieues. — Bientôt la femme^ revint avec deux enfants, elle était chargée de provisions ; elle s'excusa avec bonté et fut très-émue dece qu'elle vit ; quand les deux époux eurent repris des forces et qu'ils se furent un peu reposés, le mari vint à son tour et demanda à Joseph pardon de la grossièreté dont il avait usé àson égard. 11 l'engagea à aller à une lieue de là dans la montagne, il pourrait arriver, avant l'heure marquée, à une bonne hôtellerie où il passerait le sabbat. Sur cet avis, ils se remirent en route. ~ Après avoir gravi la montagne pendant environ une heure, ils parvinrent en effet à une hôtellerie de fort belle apparence, qui comprenait plusieurs bâtiments, des vergers et des jardins d'agrément. Il y avait là en particulier des baumiers disposés en espaliers, l'hôtellerie proprement dite était un peu au nord. — La Vierge descendit, Joseph prit l'animal par la bride ; ils s'approchèrent de la maison et Joseph pria l'hôte qui venait au devant d'eux, de leur accorder l'hospitalité, mais il s'excusa, sa maison étant déjà pleine. L'hôtesse arriva sur ces entrefaites ; la Vierge allant à elle, lui demanda un asile avec tant d'insistance et en même temps d'humilité que celle à qui elle s'était
adressée fut profondément émue. Son mari n'eut plus rien à dire, il fit disposer un logement convenable dans un magasin voisin et installa Tàne à l'écurie ; pour l'ànesse, elle n'était pas là : elle courait dans la campagne; quand elle n'avait pas à indiquer la route, elle n'était jamais avec les voyageurs. — Joseph prépara ici sa lampe du sabbat, et, priant auprès avec la Vierge, il fit avec beaucoup de ferveur et de dévotion les exercices ordinaires ; ils mangèrent un peu de pain et prirent leur repos sur des nattes qu'on avait étendues.
SAMEDI 17 NOVEMBRE. — La Vierge et saint Joseph dit passé ici toute la journée; ils prièrent ensemble. La maîtresse de la maison vint trouver la Vierge avec ses trois enfants; l'autre femme qui, la veille, s'était montrée si compatissante, la visita aussi avec ses deux enfants. Ces deux femmes, s'étant assises à côté de la sainte Vierge, furent très-touchées de sa sagesse et de sa retenue; elles furent surtout trèsémues en l'entendant adresser la parole aux enfants et les instruire de leurs devoirs. Les enfants avaient avec eux de petits rouleaux de parchemin; Marie leur en fit lire quelques passages qu'elle leur expliqua avec tant de bonté qu'ils ne pouvaient détourner d'elle leurs regards. Tout cela était bien beau à voir et plus beau encore à entendre. — Dans l'après-midi j'ai vu saint Joseph se promener aux environs avec son hôte; il visita les champs et les jardins et l'édifia beaucoup par sa piété. Les gens pieux qui habitent les campagnes font toujours de ces promenades le jour du sabbat. Ils ont encore passé ici la nuit suivante.
DiMANGUE 8 NOVEMBRE. —Les exccllents hôtes de la Vierge étaient très-heureux de la posséder et avaient pour sa position une compassion des plus délicates; ils l'engagèrent avec bonté à s'arrêter ici
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et à y attendre l'heure de sa délivrance, ils lui mont'rèrent même une chambre qu'ils auraient fait disposer pour elle, la femme en particulier témoigna beaucoup d'amitié à la Vierge et lui fit différentes offres de service. Malgré cela, ils partirent de trèsbonne heure et descendirent le versant sud-est de la montagne; ils s'éloignèrent ainsi de Samarie, vers laquelle ils avaient d'abord semblé se diriger. En descendant la montagne, ils purent apercevoir te temple du mont Garizim, on le voit de fort loin; il y a sur le toit des figures de lions et d'autres animaux monstrueux qui brillent au soleil. Ils ont fait aujourd'hui environ six lieues de chemin; ils se sont arrêtés à une heue environ de Sichem, au sud-est, en rasô campagne, et ont frappé à une maison assez agréable appartenant à des bergers, qui leur ont fait très-bon accueil. Le maître de la maison était chargé de garder des champs et des vergers qui dépendaient d'une ville voisine; la maison n'était pas dans la plaine, mais plutôt sur un coteau. Ce canton était beaucoup plus agréable et plus fertile que celui qu'ils avaient parcouru précédemment; on était ici parfaitement exposé, or l'exposition a une grande influence en Palestine, surtout dans cette saison. D'ici à Bethléem on trouvait un certain nombre de ces maisons de bergers dissémiriées dans les vallées tortueuses. Les habitants de celle-ci appartenaient à ces bergers dont les filles épousèrent des serviteurs des mages qui se fixèrent en ce pays; de l'une de ces unions naquit un enfant que le Sauveur, peu de temps après son entretien avec la Samaritaine, guérit ici même, à la prière de la Vierge, le 31 juillet, ou septième jour du mois d'Ab, de la seconde année de sa vie publique (1). Notre-Seigneur le prit, avec deux autres
(0 Fie de Notre-Seigneur Jésus-Christ j tom. Il, chap. xviu, p. 2H,
jeunes gens, pour l'accompagner dans le voyage qu'il fit en Arabie, après la résurrection de Lazare (1); ce même jeune homme fut plus tard au nombre des disciples. Le divin Maître s'est souvent arrêté ici et y a prêché. Il y avait dans cette maison des enfants que Joseph bénit avant son départ.
LUNDI 19 NOVEMBRE. — Aujourd'hui je les ai aperçus dans une plaine, la Vierge va souvent à pied. Ils s*arrêtent plus fréquemment en des endroits convenables et s'y rafraîchissent; ils ont avec eux des petits pains et une liqueur tout à la fois fortifiante et rafraîchissante, renfermée dans de jolies petites cruches à deux anses, qui brillent comme de l'airain. Cette liqueur est du baume, et on la met dans l'eau. Ils cueillent aussi fort souvent des fruits et des baies qui sont encore attachés aux arbres ou aux arbustes dans les endroits exposés au soleil. — La selle de l'âne que Marie montait avait de chaque côté un support, sur lequel elle pouvait appuyer les pieds croisés; car ses pieds ne pendaient pas, ainsi qu'il arrive à nos campagnards quand ils voyagent de la sorte. Sa pose était grave et commode ; elle se plaçait alternativement à droite ou à gauche de l'animal. — Le premier soin de Joseph, à chaque station, à chaque hôtellerie, est de trouver un endroit où la Vierge puisse s'asseoir et se reposer convenablement. Il se lave souvent les pieds, la Vierge en fait autant; j'ai remarqué qu'en général ils se lavent très-souvent. — Il était déjà soir quand ils arrivèrent à une maison isolée; Joseph frappa à la porte et demanda l'hospitahté. Le maître refusa de lui ouvrir; le saint homme lui représentant la position de Marie qui ne lui permettait pas d'aller plus loin et lui disant qu'il ne de-
(I ) Vù de Notre-'Seigneur Jésus-Chrisi , lom . V, chap. xit, p. 375.