‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 130 sur 304 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

saints voyageurs. — Je les vis ensuite arriver à une troisième maison; elle était habitée par un jeune ménage, j'y vis aussi un vieillard qui marchait avec un bâton. On ne les reçut pas trop mal, mais sans grandes marques de bienveillance, on ne s'occupa guère des étrangers; les maîtres du logis n'étaient pas da simples bergers, mais des fermiers, comme on en voit dans nos villages, qui font le négoce et ont dea rapports fréquents avec le monde. — Notre-Seigneuf a visité Tune de ces maisons quelque temps après son baptême, le 20 octobre, et a trouvé transformé en oratoire l'endroit où avaient reposé ses parents. Je ne saurais plus dire si ce fut ou non la maison dont le maître avait commencé par plaisanter saint Joseph; je crois me rappeler que les maîtres avaient bâti cet oratoire immédiatement après les prodiges qui avaient accompagé la naissance du Sauveur. — Vers la tin du voyage, saint Joseph fit un grand nombre de stations, parce qu'il devenait de plus en plus pénible pour la Vierge; ils suivirent toujours les chemins que l'ànesse l^ur indiquait, et firent ainsi un détour d'un jour et demi de marche à l'est de Jérusalem. Le père du saint avait possédé des pâturages en ce pays; aussi Joseph le connaissait-il très-bien. S'ils avaient suivi la direction du sud et traversé le désert qui se trouve derrière Béthanie, ils auraient pu arriver à Bethléem après six heures de marche, mais il fallait gravir des montagnes et suivre des chemins difficiles à cause de la saison; ils suivirent donc l'ànesse dans les vallées, en se rapprochant du Jourdain.

MERCREDI 21 NOVEMBRE. — Aujourd'hui j'ai vu les saints voyageurs s'arrêter en plein jour à une vaste maison, habitée par des bergers et qui peut se trouver à trois lieues de l'endroit où Jean baptisa sur le Jourdain et à sept de Bethléem. C'est la maison où le

divin Sauveur logea le 11 octobre de la première année de sa vie publique, c'est-à-dire la veille du jour où il revit son précurseur (1). Non loin de la maison était une grange isolée, ou l'on renfermait les instruments aratoires et d'autres objets analogues ; il y avait dans la cour de la métairie un puits entouré de bains qui recevaient l'eau par des tuyaux. Le maître de la maison doit avoir des terres considérables, c'est une métairie des plus importantes, j'ai vu aller et venir un grand nombre de serviteurs qui mangeaient dans cette grange. Le maitre reçut les voyageurs avec bonté et se montra disposé à leur rendre service. On les conduisit dans une chambre très-convenable et on prit soin de leur monture ; un serviteur fut chargé de laver les pieds de saint Joseph à la fontaine et de lui donner d'autres habits, afin qu'on pût secouer et brosser les siens ; une servante eut les mêmes attentions pour la Vierge; ils mangèrent dans cette maison et y prirent quelque repos. Cependant la maîtresse de la maison était assez mal disposée à leur égard; elle se tint à l'écart et leur parla à peine. Elle avait examiné les voyageurs à la dérobée, et, comme elle était jeune et vaine, elle fut jalouse de la beauté de la Vierge ; elle craignait d'ailleurs que Marie n'exprimât le désir d'attendre chez elle sa délivrance ; elle traita donc les saints voyageurs un peu rudement et s'arrangea de telle façon qu'ils dussent partir le lendemain. C'est cette même femme, que, trente ans plus tard, Notre- Seigneur trouva toute courbée et frappée de cécité, et qu'il guérit, après lui avoir reproche sa vanité et son manque de cœur (2). — Il y avait des enfants

(1) Voir la Fie de Notre-Sdgneur Jésus Christ, toni. I, cbap,

i'i) Ibid,

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