‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 131 sur 304 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

dans cette maison, Joseph et Marie y ont passé la nuit.

JEUDI 22 NOVEMBRE — Aujourd'hui, vers midi, j'ai vu les deux époux quitter la maison dans laquelle on leur avait hier donné l'hospitalité ; plusieurs de ceux qui l'habitaient, les accompagnèrent jusqu'à une certaine distance. Après avoir fait deux lieues environ dans la direction de l'ouest, ils arrivèrent à une localité formée de deux longues rangées de maisons avec jardins et portiques qui bordent les deux côtés d'une large route. Joseph avait des parents qui demeuraient en cet endroit; c'étaient, si je ne me trompe, des enfants nés d'un nouveau mariage de son beau-père, ou de sa belle-mère; j'ai vu leur maison qui est bien bâtie et agréablement située. Cependant ils traversèrent tout le village, et après avoir fait environ une demi-lieue dans la direction de Jérusalem, ils arrivèrent à une grande hôtellerie, dont la cour renfermait une belle fontaine jaillissante avec un grand nombre de tuyaux. Il y avait beaucoup de personnes réunies dans cette maison, on y célébrait des funérailles. On avait enlevé les cloisons basses et légères qui partageaient d'ordinaire le rez-deehaussée en un certain nomhre de chambres, et on avait ainsi une salle de grande dimension, dont le centre était occupé par un foyer avec des tuyaux. Derrière le foyer étaient suspendues des tentures noires, en avant il y avait un objet recouvert de noir €t qui me sembla être un cercueil. J'ai vu dans la salle un grand nombre d'hommes qui pleuraient ; ils portaient de longs vêtements noirs et au-dessus é'autres blancs et plus courts, un manipule noir à franges était attaché à l'un de leur bras. Dans une autre chambre, je vis les femmes enveloppées de longs voiles et assises par terre dans des cellules fort iass^ ; elle&pleur aient le mort. ~ Les maîtres de la

maison, retenus par les funérailles, ne purent que saluer les voyageurs à distance ; mais les serviteurs les reçurent avec une extrême bonté et leur rendirent toute sorte de services. On disposa pour eux une petite chambre isolée par des nattes qui formaient une espèce de tente. Je remarquai dans cette maison un grand nombre de lits roulés contre la muraille ; on y établissait, en cas de besoin, un grand nombre de petites chambres, au moyen de nattes que Ton dressait. Au bout de quelque temps je vis les gens de la maison venir visiter les voyageurs et s'entretenir amicalement avec eux; ils n'avaient plus leur tunique de lin sur leur robe noire. Après s'être rafraîchis et avoir pris un peu de nourriture, Marie êt Joseph prièrent ensemble et se livrèrent au repos.

Yî.

; ARRIVI^E A HETHLEEM.

VENDREDI 23 NOVEMBRE. — Aujourd'hui, vers midi, Marie et Joseph se sont mis en route dans la direction de Bethléem, ils sont encore à trois lieues du but de leur voyage. L'hôtesse a engagé Marie à rester, car, ajouta-t-elle, l'heure de sa délivrance semblait ne devoir pas être éloignée; mais Marie lui répondit, son voile étant baissé, qu'elle avait encore trente-six heures à attendre, je ne saurais même pas dire si elle ne lui dit pas trente-huit. L'hôtesse aurait voulu la conserver, non dans la maison proprement dite, mais dans un bâtiment adjacent. Avant de partir, saint Joseph parla encore avec son hôte de ses ânes qu'il dit être excellents, il ajouta que s'il avait pris la jeune ânesse, c'était afin de la mettre en gage en cas de besoin. Gomme on lui parlait de la difficulté

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de trouver à se loger à Bethléem, Joseph répondit qu'il y avait des amis et qu'il y serait certainement fort bien reçu. Il me fait toujours peine de l'entendre parler avec tant d'assurance du bon accueil qu'il espère. Sur la route, il a tenu absolument le même langage à la Vierge; ainsi donc de si saints personnages peuvent aussi se tromper.

VENDREDI 23 NOVEMBRE. — Dc la dernière station jusqu'à Bethléem, il y avait environ trois heures de marche. Ils tournèrent la partie septentrionale de Bethléem et se rapprochèrent de la ville par l'ouest. Ils se reposèrent quelques temps sous un arbre, à une certaine distance de la route. Marie descendit de ràne et arrangea ses vêtements. De là il se dirigea avec elle vers un grand édifice entouré de plusieurs petits bâtiments et de plusieurs cours, à quelques minutes en avant de Bethléem. Il était en partie caché par de grands arbres, il y avait une foule considérable campée sous des tentes. C'étaient la maison du père de David et celle où Joseph lui-même avait reçu la naissance. Il s'y trouvait encore de ses parents ou de ses connaissances, mais ils se montrèrent froids à son égard et semblèrent ne vouloir même pas le reconnaître. Cette maison était alors occupée par les officiers publics chargés de faire le dénombrement au nom de l'empereur. Joseph, con- <3uisant l'àne par la bride, se dirigea avec la Vierge vers cet éditice ; car chaque étranger, à son arrivée, devait s'y présenter, pour recevoir un^billet sans lequel on ne pouvait pénétrer dans la ville.

i.a narratrice dit ensuite, en s'interrompant de temps à autre, les yeux successivement fixés de différents côtés :

La jeune ànesse n'est plus avec eux, elle fait le tour de la ville du côté du sud, j'aperçois, de ce côté une vallée. Joseph est entré dans la maison. Marie est dans un petit bâtiment sur la cour avec des fem-

mes qui se montrent bonnes pour elles et lui donnent à manger... Ces femmes préparent à manger pour les soldats... Ce sont des soldats romains, je les reconnais auxi bandes de cuir qui enveloppent leurs jambes. . Le temps est actuellement très-beau, il ne fait pas trop froid. Le soleil paraît sur la montagne entre Jérusalem et Béthanie, on jouit ici d'une fort belle vue... Joseph est maintenant dans une grande salle qui n'est pas au rez-de-chaussée. On lui demande qui il est, et on se met en devoir de consulter les longs rouleaux, attachés à la muraille; on les déroule, et on y lit sa généalogie, ainsi que celle de Marie ; Joseph paraissait ne pas savoir qu'elle descendît directement de David par Joachim ; pour lui il était né d'un fils puis-né. On lui demanda où était sa femme.

Depuis sept ans, par suite de différents empêchements, il ne s'est pas fait ici de dénombrement réguhef. Je vois V et II, cela fait bien sept (1). Il y a déjà quelques mois que l'on commence à recueillir l'impôt. Durant les sept dernières années, on a payé quelques contributions, mais pas d'une façon régulière. On doit encore payer deux fois, plusieurs doivent passer ici environ trois mois. Joseph était un peu en retard, cependant on l'accueilUt convenablement. Il n'a pas encore payé; mais on lui a demandé quels étaient ses moyens d'existence, il a répondu qu'il n'avait pas de biens-fonds et qu'il vivait du travail de ses mains et des secours que lui donnait sa bellemère. Plusieurs des salles de la maison sont remplies d'écrivains et d'employés supérieurs. A l'étage il y a des Romains et même un grand nombre de soldats. Je vois des Pharisiens, des Sadducéens, des prêtres, des anciens, enfin un grand nombre d'écrivains et

[î) En disant cela, elle compte sur ses doigts,

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