‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 137 sur 304 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

on y a aussi célébré la messe, je crois que c'était dans une église consacrée à saint Nicolas.

Vendredi 23 novembre. — Le soleil était déjà trèsbas quand Joseph et Marie arrivèrent à la grotte. La jeune ànesse qui les avait quittés auprès de la maison paternelle de Jose ph pour errer capricieusement autour de la ville, vint au devant d'eux, au moment où ils arrivèrent et manifesta par ses bonds et ses caresses la joie qu'elle éprouvait de les revoir; la Vierge dit alors à Joseph : « Voyez donc, c'est certainement la volonté de Dieu que nous nous arrêtions ici. »

Cependant Joseph était agité intérieurement, iî était confus en songeant à ce qu'il avait si souvent dit à Marie du bon accueil qu'on leur ferait à Bethléem; il attacha l'animal sous la galerie à l'entrée de la grotte et prépara pour la Vierge, à cet endroit même, un siège sur lequel elle se reposa aussitôt. Alors il alluma du feu, il ouvrit la clôture faite d'un léger clayonnage et pénétra à l'intérieur. Le passage était fort étroit, parce qu'on avait déposé contre les murailles un grand nombre de bottes de paille ou deroseaux, recouvertes de nattes de couleur foncée: plus loin, dans la grotte proprement dite, il y avait aussi un grand nombre d'objeis qui encombraient le passage. Joseph se mit en devoir de le débarrasser, autant du moins qu'il le fallait pour préparer à Marie une couchette convenable, à l'est de la grotte. Enfm il suspendit à la paroi une lampe allumée et fit entrer la Vierge, qui se jeta aussitôt sur la couche, faite de couvertures et de vêtements. Il s'excusa humblement de lui offrir un si misérable gîte. Marie, profondément recueillie en Dieu, était contente et heureuse. Quand elle se fut établie, Joseph, prenant une outre de cuir qu'il avait avec lui, alla à la vallée des pâtura gers derrière la grotte, et, plongeant dans un petit ruisseau qui s'y trouvait l'outre appesantie par deux

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pièces de bois qu'il y avait attachées, il la remplit d'eau et revint aussitôt à la crèche. Puis, il alla à la ville pour y acheter un peu de vaisselle, des fruits et du bois à brûler. Le sabbat était proche, et à cause des nombreux étrangers qui avaient à se procurer des provisions, on avait dressé aux coins des rues des tables chargées des objets les plus indispensables. Le prix était marqué à côté de chaque objet; les marchands me parurent être des esclaves ou des étrangers, mais je ne puis rien affirmer à cet égard. Joseph revint avec des charbons allumés dans une sorte de réchaud fermé et muni d'un manche; il déposa les charbons contre la paroi septentrionale, à l'entrée de la grotte, et fit ainsi un petit feu. Il avait apporté 4e Nazareth le réchaud avec plusieurs autres usten* siles également nécessaires. Les fagots qu'il apporta étaient formés de petits morceaux de bois rattachés ensemble par des liens d'osier.

Gela fait, le saint prépara un modeste repas. Je remarquai des grains jaunâtres , un gros fruit cuit qui contenait un grand nombre de pépins, et des petits pains. Après le repas qui fut suivi de la prière, Joseph prépara un ht à Marie; pour cela il étendit sur quelques bottes de paille une couverture semblable à celle que j'ai vue et décrite chez sainte Anne, et mit au chevet une grosse couverture roulée. Après avoir attaché Tane à un endroit où il ne pouvait gêner, il boucha les ouvertures de la grotte pour se mettre à l'abri de l'air et se dressa un ht pour lui-même, à l'entrée de la grotte.

L'heure du sabbat étant arrivée, il se plaça sous la lampe avec la Vierge, et ils récitèrent ensemble les prières ordinaires, après quoi ils prirent modestement leur chétif repas. Bientôt Joseph repartit pour la ville, et Marie s'enveloppa, ainsi qu'elle le faisait pour prendre son repos. Pendant l'absence de

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