CHAPITRE NEUVIÈME
on dominait Bethléem beaucoup mieux que de l'autre grotte. J'ai vu beaucoup de faits importants de l'ancien Testament qui se sont passés dans cette grotte; voici tout ce que je me rappelle. C'est dans cette grotte que Seth, l'enfant de la promesse, fut conçu après sept ans de pénitence et qu'il naquit. Ce fut ici même qu'un ange dit à Eve que Dieu lui avait donné ce fils pour lui tenir lieu d'Abel. Seth fut aussi caché et allaité ici et dans la grotte sépulcrale de Mahara, car il fut poursuivi par ses frères, ainsi que Joseph devait plus tard l'être par les siens. Comme je vois souvent que les hommes, dans ces temps lointains où ils habitaient les cavernes, creusaient profondément les parois pour y mettre leurs enfants, des peaux de bêtes ou des provisions, il est possible que le creux du banc de pierre, à l'endroit de la crèche, ait servi à recevoir Seth ou d'autres enfants des patriarches; cependant je ne puis actuellement rien affirmer à cet égard. Je me rappelle aussi, d'après mes visioîîs de la vie de Notre-Seigneur, que quand il célébra le sabbat dans la grotte de la Nativité transformée en oratoire, le 6 octobre de la première année de sa vie publique, il dit aux bergers que son Père céleste avait particulièrement choisi cet endroit bien longtemps avant que sa mère conçût.
Abraham avait une nourrice du nom de Mahara, qu'il honorait extrêmement; elle parvint à un grand âge, et dans ses voyages il la conduisait toujours avec lui, montée sur un chameau. Elle a demeuré assez longtemps à Soccoth avec lui (i) , puis, vers la fin de sa vie, ici, dans la vallée des Bergers; il avait même ses tentes à peu de distance de cette grotte.
(i) Ce passage est d'autant plus remarquable qu'on voit dans Pline [Hist. naturelle, 1 v, cli«p \h) que Scythopolis (on sait que Soccol h porta aussi ce nom) fut d'abord appelée Nysa, parce que Bacchus y enterra sa nourrice Nysa.
ME DE LA TKES-SAINTE VIEIU.E.
Arrivée à Tage de cent ans et plus, comme elle sentait la mort arriver, el!e pria le patriarche de la faire enterrer dans cette grotte, touchant laquelle elle prophétisa et qu'elle appela la grotte du Lait ou de l'Ailaitement. Il se passa ici quelque chose d'extraoi'dinaire que j'ai oublié; la source jaillit même à cette occasion. A cette époque, la grotte était une sorte d'allée haute et étroite, d'une matière blanche et peu compacte; on voyait, de l'un des côtés, une couche de cette matière, laquelle ne s'élevait pas jusqu'au sommet; en se gUssant sur cette couche, on arrivait à l'entrée d'autres grottes placées plus haut. Plusieurs galeries profondes régnaient aussi sous la grotte, dans l'épaisseur de la montagne. Abraham élargit la grotte, en faisant creuser le tombeau de Maraha dans la couche blanchâtre dont il a été parlé. Il se composait d'un énorme bloc de pierre surmonté d'une sorte d'auge très-lourde, qui reposait sur des pieds gros et courts; ils se terminaient par des dents en leur partie supérieure. L'œil pouvait pénétre? dans l'espace compris entre le tombeau proprement dit et le bloc inférieur; j'ai été étonnée de voir qu'au temps du Sauveur la tombe était complètement vide.
Cette grotte, avec la tombe de la nourrice, avait un rapport mystérieux avec la Vierge et les persécutions qu'elle eut à subir, tandis qu'elle allaitait le divin Sauveur; on trouve en effet dans l'histoire des premières années d'Abraham des persécutions figuratives, et sa nourrice l'a aussi dérobé à la mort, en le cachant dans une grotte. Voici en gros ce que je me rappelle à ce sujet. Le roi qui gouvernait le pays d'Abraham vit en songe ou apprit par un devin la naissance prochaine d'un enfant qui, devenu grand, devait lui être fatal. Il prit des mesures à ce sujet. La grossesse de la mère d'Abraham fut tenue secrète, et elle l'enfanta mystérieusement dans une grotte.
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Mahara, la nourrice, l'allaita en secret. C'était, du moins en apparence, une pauvre esclave qui travaillait dans un désert auprès d'une grotte, dans laquelle elle allaitait le jeune enfant. Bientôt ses parents le reprirent chez eux, et sa taille, extraordinaire pour son âge , permit de supposer qu'il était né avant l'é poque de la prophétie. Plus tard, cependant, il fut exposé à de nouveaux dangers, à cause de quelques signes extraordinaires, et sa nourrice fut obhgée de le cacher de nouveau. Je l'ai vue cachant l'enfant sous son large manteau. Plusieurs enfants de sa taille furent alors massacrés à son occasion.
Dès l'époque d'Abraham, cette grotte était l'objet d'un culte particulier, surtout de la part des mères et des nourrices; et ce culte avait quelque chose de prophétique, car on honorait symboliquement la sainte Vierge dans la nourrice d'Abraham, de même que le prophète Ehe l'avait vue dans la nuée fécondante et qu'il lui avait élevé un oratoire sur le Carmel. Par son lait, Mahara a contribué à l'avènement du Messie, puisqu'elle a allaité le chef même de la famille de laquelle est sortie la Vierge. Il ne m'est pas possible d'expUquer ces mystères admitables, mais il me semble voir un puits profond qui pénètre jusqu'aux derniers abîmes de la vie, et il y a été puisé jusqu'à ce quil en jaillit l'eau pure [et cristalline, c'est-à-dire Marie (1).
L'arbre qui dominait cette grotte étendait ses branches de toutes parts, comme un immense tilleul, aigu au sommet et large dans sa partie inférieure; c'était un térébinthe; il portait des graines blanches et huileuses que l'on pouvait manger. Abraham s'est rencontré sous cet arbre avec Melchisédech, je ne
{i) La Sœur était en ce moment plongée dans le sommeil extatique.
sais plus à quelle occasion. Joseph a encore élargi la grotte, il a lermé les galeries inférieures.
L'arbre est sur la colline : plus bas une porte placée obliquement conduit à une galerie ou vestibule, et de là à une porte située en face, de laquelle on entre dans la salle même du tombeau; actuellement elle est ronde plutôt que carrée. Les bergers se tenaient fréquemment dans le vestibule. Le vieil arbre étendait au loin ses branches touffues; il était considéré comme saint par les bergers et par les autres habitants du voisinage, et les personnes pieuses s'y rendaient en pèlerinage; on avait coutume de s'y reposer et d'y prier. Je ne me rappelle plus l'histoire de l'arbre; il se rattachait à Abraham, peut-être était-ce le patriarche qui l'avait planté. Il y avait là un foyer que l'on pouvait cacher. On trouvait aussi au pied de l'arbre un puits dont l'eau était considérée par les bergers comme ayant des vertus particulières à certaines époques de l'année. On voyait encore à droite et à gauche de l'arbre de petites cabanes dans lesquelles on pouvait passer la nuit; tout cela était renfermé dans une seule et même clôture.
Tandis que la piense fille faisait ces communications, elle éîait eu proie a des souffrances exti(^mement vives; Fécrivain lui ayant dit : « C'était donc un térébinihe? » elle répondit dans une boite d'égarement subit : « Tenebrœ, ténèbres, «'t r.on t<M'éb uthe A l'ombre de vos ailes, ce sont des ailes; Tenehrœ, a l'(»mbre de ^os ailes je tressaillerai d'allégresse. » L'écrivain ne saisit pas Tà-propos de cette allusion; peut-être voulait-elle appliquer à cet arbre le verset 'onnu du Psalmiste, elle parut trouver elle-même quebiue cous» dation dans ce souvenir. Elle dit ces mots d'un ton singulièrement pénétré.