CHAPITRE DIXIÈME
droite, la Vierge fit entrer le calice, l'enfant et l'hostie dans l'église, où mon regard pénétra alors, et qui me parut être extraordinairement grande. Je vis dans la partie la plus reculée une apparition de la sainte Trinité; la tour de l'église sembla se placer sur elle, enfin elle finit par se changer en une cité lumineuse, telle qu'on représente d'ordinaire la céleste Jérusalem. Tandis que je considérais l'église, je vis s'opérer dans le tableau des transformations aussi variées que nombreuses; je ne m'en rappelle pas la suite, je ne sais pas davantage comment les rois apprirent que l'enfant était né en Judée. Le troisième roi, qui demeurait beaucoup plus loin, vil le même tableau, à la même heure dans sa patrie.
Cette vision les remplit d'une joie extraordinaire; ils réunirent aussitôt leurs trésors et leurs présents et se mirent en route. Au bout de quelques jours, ils se trouvèrent réunis. Déjà, plusieurs jours avant la naissance du Sauveur, j'avais été frappée de leurs longues observations et des visions qu'ils avaient. De quelle miséricorde Dieu n'a-t-il pas usé à l'égard des païens? Savez- vous comment cette prophétie est arrivée aux mages ? Je vais seulement vous en donner une petite idée, car le tout ne m'est plus actuellement très-présent à l'esprit J'ai vu cinq cents ans et plus, avant notre Seigneur (pour E!ie, il vivait environ huit cents ans avantlui), les ancêtres des rois mages, desquels ils descendaient en ligne directe, de père en fils. Les chefs de ces races illustres étaient plus riches et plus puissants que leurs descendants, car les propriétés étaient plus compactes et les héritages beaucoup moins divisés. Dès cette époque, ils habitaient exclusifement dans des villes de tentes, excepté le père de celui qui demeure actuellement à l'est de la mer Caspienne et dont je vois maintenant la ville ; elle a des fondations en pierre, et les tentes
2^8 VIE m LA TRÈS-SAINTR MKRGE,
sont fixées au-dessus, parce que la mer sur laquelle elle est située, déborde fréquemment. Elle est là sur la montagne à une hauteur extraordinaire; je vois une mer à ma droitre et une autre à ma gauche; le regard pénèt/e dedans, comme si c'était un trou noir.
Ces chefs de tribus étaient dès lors observateurs des astres; mais il* pratiquaient encore un cultg abominable; ils offraient en sacrifice des vieillards, des hommes contrefaits et immolaient même des en* fants. Mais ce qui était encore plus affreux, ils plaçaient dans des chaudières des enfants habillés de blanches robes et les faisaient rôtir tout vivants. Cependant ils modifièrent ces pratiques; et Dieu daigna faire à ces pauvres païens la grâce de leur annoncer si longtemps à l'avance la naissance du Messie. Ces rois, chefs des trois tribus, avaient trois filles versées dans ]a connaissance des astres; elles reçurent toutes ensemble un esprit prophétique et virent en même temps, par une vision, qu'une étoile sortirait de Jacob et qu'une Vierge enfanterait le Sauveur, sans ravoir conçu de l'homme. Vêtues de longs manteaux, elles allaient à travers le pays, prêchant l'amendedément des mœurs et annonçant aux peuples qu'un jour les envoyés de Dieu arriveraient jusqu'à eux et leur apporteraient la religion véritable. Elles prédirent encore bien des choses, plusieurs, entre autres, qui se rapportaient à notre époque et à d'autres époques plus reculées. Quelque temps après, les pères des trois jeunes filles élevèrent à la future mère de Dieu un temple au sud de la mer, à l'endroit où les trois territoires se touchaient, et y offrirent des sacrifices, non sans mélange des rites abominables dont j'ai parlé. La prophétie des trois jeunes filles renfermait quelque chose sur une image vue dans ttne étoile et les différents aspects qu'elle devait pré-