CHAPITRE DIXIÈME
vers. Je les accompagnai, el comme ils chanlaienl à * plusieurs voix, j'ai fait la cinquième partie de l'un de ces cantiques. Je me rappelle encore à peu près les paroles; « Cher petit eniant. Ion éclat efface celui de la rose ; tu viens à nous comme le messager du bonheur. » Au moment du départ, ils avancèrent la tête au-dessus de la crèche, comme pour baiser le divin Enfant.
LUNDI 26 NOVEMBRE. — J'ai VU aujourd'liui les trois bergers aider successivement saint Joseph à faire différents aménagements utiles soit dans la grotte même, soit à l'extérieur et dans les grottes accessoires. J'ai vu aussi auprès de la sainte Vierge plusieurs femmes pieuses qui vinrent lui rendre service, c'étaient des esséniennes, elles demeuraient non loin de la grotte de la Nativité; en faisant le tour de la colline à Test, on trouvait dans une petite vallée et contre l'escarpement de l'éminence, leurs modestes cellules, creusées dans le rocher, elles avaient alentour de petits jardins et s'occupaient de l'éducation des enfants de la secte. Saint Joseph les avait fait venir, il connaissait depuis longtemps leur communauté; car, dans sa jeunesse, alors qu'il était obligé, pour fuir ses frères, de se retirer dans la grotte de la crèche, il avait souvent visité ces pieuses femmes dans leurs cellules. Elles se rendirent tour à tour auprès de la Vierge, lui portèrent du bois et d'autres objets dont elle pouvait avoir besoin; enfin elles firent la cuisine et lavèrent le linge de la sainte famille.
MAR'u 27 NOVEMBRE. — J'ai VU aujourd'hui, daus la grotte de la crèche, un tableau qui m'a singulièrement émue. Joseph et la Vierge, debout auprès de la crèche, considéraient le divin enfant avec un recueillement inexprimable ; tout à coup l'àne s'agenouilla et appuya la léte contre le sol. Marie et Jo-
VIE DE LA TRÈS-SAINTK VIP:RGE.
J^ph ne purent retenir leurs larmes. Le soir on re^^ut des nouvelles de sainte Anne. Un homme âgé et la servante de sainte Anne, sa parente éloignée, arrivèrent de Bethléem, apportant à la Vierge différentes choses qui devaient lui être utiles. Ils furent l'un et l'autre extrêmement émus en voyant le petit enfant, le bon vieillard en particulier répandit des larmes de bonheur. Il repartit presque aussitôt pour informer sainte Anne de ce qu'il avait vu; la servante demeura auprès de la A^ierge.
la samte famille obligée de se cacher. — violences , f>'hérode.
Mercredi 28 novembre, — Aujourd'hui j'ai vu la Yierge quitter pour quelque heures la grotte de la crèche avec l'Enfant Jésus et la servante de sainte Anne (1). Je vis qu'en sortant de la crèche, elle se tourna à droite sous la galerie avancée et arriva, après avoir fait quelques pas, à la grotte latérale où avait jailli, au moment même de la naissance du Sauveur, la source dont Joseph avait conduit les eaux. Aujourd'hui elle n'a passé que quatre heures dans cette grotte où elle devait un peu plus tard se cacher un jx)ur entier. Ce matin de bonne heure saint
Ifj Ceci concorde îrès-bien avec les communications de la Sœùr en (iàte du 29 et du 30 décembre 1820 (Voir '28 novembre ^821). Aujourd'hui j'ai vu Marie, avec Fenfaist Jéeus, dans une autre grotte que je n'avais pas remarquée d'abord; la porte de cette i>,rotte était A r«!!ti"ée, a. gauche, non loin (te rcndi oit où Joseph avait allumé du feu. On y descendait péiûblenjcnt au moyen d'une étroite ouverture. La lumière descendait du sommet par quelques ouvertuies. Marie y était assise k cô é de l'enfant Jésus, couché devant elle sur un tapis. Elle s'était réfugiée en cet endroit pour échapper aux visites J'ai vu aiyourd'huî beaucoup de personnes à la crèche, Joseph lewr a parîé.
Joseph avait pris dirierentes dispositions afin de pouvoir l'y cacher. Elle obéit, en s'y rendant, à une înspiralion divine; car il s'est présenté aujourd'hui • à la crèche plusieurs personnages de Bethléem, je crois que c'étaient des émissaires d'Hérode; le bruil s'était répandu, grâce à ce qu'avaient dit lei^ bergers, que des prodiges avaient signalé la naissanee de l'enfant. Je les ai vus échanger quelques paroles avec saint Joseph qu'ils avaient rencontré en ia comp^nie des bergers au moment où Us sof^ talent, et que, voyant sa pauvreté et sa simplicité, ils le laissèrent en souriant de pitié. La Vierge est revenue à la crèche, après avoir passé environ quatH» lieupes dans la grotte avec l'Enfant Jésus.
la grotte de la crèche est très-agréable et très*solteife. il n'y vient personne de Bethléem, les bergers seuls y vont de temps à autre. En général or ne s'occupe guère maintenant à la ville de ce qui se * fait au dehors, à cause du grand nombre d'étrangers. On vend et on tue une quantité d'animaux, parce que beaucoup de personnes paient leur impôt ave^ du bétail; il y a là un grand nombre de païens, employés comme serviteurs.
Ce soir la narratrice dit tout à coup au milieu de sou sommeil :
Hérode a fait mourir un excellent homme qui occupait au temple un poste considérable; il l'a invité amicalement à aller le visiter à Jéricho et l'a fait assassiner sur le chemin, il s'était opposé aux prétentions d'Hérode sur les choses saintes. Hérode est accusé par suite de cela, mais l'unique chose qui doit en résulter pour lui c'est une augmentatioB d'influence (i).
(1) Elle revint alors sur ce qu'elle a dit antérieurement qu'Hérod* âTait fait donner à deux de ses bâtards des places importantes au temple; ils étaient sadducéens, et c'est gsâce à leur concours peiliil« qu'il a pu réussir dans tous ses abus de pouvoir.