‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 158 sur 304 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

elle cachait dans un pli de son manteau, les linges destinés à recevoir le sang et à bander l'enfant. Les prêtres couvrirent la pierre de deux étoffes, l'une blanche et l'autre rouge avec différentes prières et des cérémonies; puis quand l'un d'eux se fut placé sur le siège, moins assis qu'appuyé, la Vierge qui, couverte d'un long voile, tenait le petit Jésus dans ses bras au fond de la grotte, le donna à la servante avec les linges destinés au pansement. Saint Joseph le reçut de-la servante et le donna à la garde,, venue avec les prêtres. Celle-ci plaça sur la couverture de la pierre l'enfant protégé d'un long voile.

On récita encore quelque prières, puis la garde découvrit l'enfant et le déposa entre les bras du prêtre assis. Saint Joseph se baissa au-dessus des épaules du prêtre et tint ainsi le petit Jésus par la partie supérieure du corps. Deux prêtres s'agenouillèrent à droite et à gauche, tenant chacun l'un de ses petits pieds, alors celui qui devait faire l'opération s'agenouilla à son tour. On enleva de la pierre la plaque de métal, et on eut ainsi sous la main les trois petites boites avec différents vulnéraires. Le manche et la lame du couteau étaient de pierre; le manche, uni et brunâtre, avait une rainure dans laquelle on pouvait faire glisser la lame; celle-ci, de couleur jaune ou rouge, me parut n'être pas très-aiguë. La plaie fut faite avec la pointe recourbée du couteau, lequel, étant ouvert, avait bien une palme de longueur; le prêtre enfonça encore dans la chair de l'enfant l'ongle aigu de son doigt, exprima le sang, et prit dans les boites un peu de vulnéraire et d'objets analogues. La peau qu'il avait enlevée fut placée entre deux petites plaques d'un métal rouge et brillant, ayant ua petit enfoncement en leur milieu : c'était une sorte de petite boite plate, de matière précieuse, on la remit à la Vierge.

Mi ME DE LA TUES-SAINTE ViEI^GE.

Alors la garde reçut l'enfant, le banda et l'enveloppa de nouveau dans ses langes. Deux linges, Tun hhm et l'autre rouge, servirent à remmailloller justjne sous ses petits bras; on les enferma aussi, et on Foula autour de sa tête le voile dont on l'avait d'àhovd couverte. Quand cela fut fait, on le déposa nouveau sur la pierre octogone, recouverte d'un double tapis, et on récita différentes prières. Bien que |e n'ignore pas que l'ange avait dit à Joseph que l'enfanfe devait recevoir le nom de Jésus, je me rappellt cependant que le prêtre ne voulait pas d'abord l'agréer et qu'il se mit pour cela en prière. Je vis alors un ange lumineux paraître devant lui et lui montrer le nom de Jésus écrit sur un morceau de bois, assez semblable à l'inscription de la croix. Je ne saurais dire si ce prêtre ou l'un des autres vit cet ange, ainsi gûe je le vis moi-même; mais j'ai vu qu'il ressentit un grand trouble, et que, cédant à une inspiration divine, il écrivit ce nom saint sur un morceau de parchemin. L'enfant pleura beaucoup après la cérémonie; je vis que saint Joseph le reprit et le remit entre les bras de la Vierge qui se tenait avec deux «utres femmes au fond de la crèche. Elle pleura en le recevant, se retira encore plus au fond, s'assit, baissa son voile et apaisa les pleurs de l'enfant en lui donnant le sein. Joseph lui donna le linge ensanglanté; la garde conserva quelques filaments rougis par le sang divin. On pria encore, on chanta; la lampe était encore allumée, cependant le jour venait de paraître. Au bout de quelques instants, la Vierge revint avec le petit Jésus, et le déposa de nouveau sur la pierre octogone; les prêtres lui croisèrent les mains au-dessus de l'enfant, et lui dirent qu'elle pouvait se retirer.

Avant de retourner à Bethléem avec les objets «qu'ils avaient apportés, les prêtres prirent encore un

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léger repas sous le berceau avec saint Joseph et deux bergers qui, pendant la cérémonie, étaient restés à l'entrée de la grotte. Il m'a été dit que tous ceux gui y prirent part étaient gens de bien, et que le^ prêtres en particulier turent éclairés dans la suite et parvinrent au salut. Pendant toute la matinée, des pauvres se présentèrent à la porte, et on leur fit Taumône avec une grande libéralité. Pendant toute la cérémonie, l'âne est resté attaché à l'écart. — Il est venu aussi de la vallée des Bergers un certain nombre de mendiants en guenilles et chargés de paquets ; je crois qu'ils se rendaient à Jérusalem à l'occasion d'une fête. Ils demandèrent avec insolence et répondirent par des injures et des malédictions, n'étant point contents de ce que Joseph leur avait donné; je ne saurais trop dire ce qu'étaient ces gens-là, mais ils m'ont paru bien méchants. Dans la journée, il est encore venu une garde-malade qui a bandé l'enfant. La nuit suivante, la douleur l'empêcha de reposer; il pleurait très-fort. Marie et Joseph le prirent tour à tour dans leurs bras, et le promenèrent de côté et d'autre pour le calmer.

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