‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 159 sur 304 · ELISABETH A LA CRÈCHE · texte numérisé non relu

ELISABETH A LA CRÈCHE

LUNDI 3 DÉCEMBRE. — Ce soir, EUsabcth est arrivée de Jota à la crèche sur un àne que menait un vieux serviteur. Joseph la reçut avec beaucoup d'affection, et la joie des deux parentes fut très-grande quand elles s'embrassèrent. Elisabeth pressa en pleurant l'enfant Jésus contre son sein. On prépara sa couche à l'endroit même où il était venu au monde. — J'ai déjà remarqué plusieurs fois, en avant de ce même endroit, un

chevalet assez élevé et semblable à un tréteau de scieur : il était surmonté d'un petit coffre dans lequel on mettait l'enfant; pendant qu'il y était, on restait à ses côtés, priant ou le caressant. Il faut que ce genre de berceau ait été généralement en usage chez les Juifs; je l'ai déjà vu chez sainte Anne après la naissance de la Vierge. Elisabeth et Marie eurent ensemble des entretiens prolongés et pleins de confiance.

MARDI 4 DÉCEMBRE. — Hier soif et aujourd'hui, durant plusieurs heures, j'ai vu Marie et Elisabeth assises à côté l'une de l'autre, et se livrant à de bien doux entretiens; j'ai senti que j'étais auprès d'elles, et j'ai entendu toute leur conversation avec une joie pieuse. La sainte Vierge lui raconta tout ce qui lui était arrivé: quand elle en vint à l'embarras qu'elle avait eu à se procurer un logement, Elisabeth pleura beaucoup. Marie parla encore des circonstances de la naissance du Sauveur; voici ce que je me rappelle encore de ces détails. Au moment de l'annonciation, elle avait été, durant dix minutes, étrangère à ce qui se passait autour d'elle; il lui avait semblé que son cœur devenait double, et elle avait été surabondamment remplie du salut. A l'heure de la naissance, elle avait été ravie avec un sentiment d'attente inexprimable; elle s'était sentie enlevée par les anges, il lui avait semblé que son cœur se partageait, et que l'une de ces parties se séparait de l'autre. Pendant dix minutes, elle avait ainsi été étrangère au monde extérieur, mais avec le sentiment d'un vide inexprimable et d'une aspiration ardente vers un bien infini qu'elle avait conçu et qu'elle ne sentait plus en elle; elle avait eu devant les yeux une lueur éclatante, il lui avait semblé que son enfant grandissait devant elle. Enfin elle avait vu ses mouvements, elle avait entendu ses pleurs, et, revenant à elle, elle l'avait

CHAPIIRE DIXIÈME.

pris sur le lapis où il était et l'avait pressé contre son sein; car d'abord, dans cette sorte d'égarement où elle se trouvait, elle n'aurait point osé le prendre au sein de la lumière où il était plongé. Elle ajouta qu'elle ne savait point que son enfant se fût séparé d'elle. Elisabeth lui dit alors : « Votre fécondité a été plus privilégiée que celle des autres femmes ; la naissance de Jean-Baptiste a été assurément bien douce, mais les choses se sont passées tout autrement. » Voilà tout ce que je me. rappelle de leur entretien. Bien des personnes sont encore venues aujourd'hui visiter la Vierge et l'enfant. J'ai encore vu passer plusieurs fois de ces mendiants insolents qui se retiraient l'outrage à la bouche. Joseph ne leur a plus rien donné. Vers le soir, Marie se cacha encore, avec l'enfant et Elisabeth, dans la grotte voisine de la crèche, et je crois qu'ils y ont pass'* toute la nuit. Elle a pris cette précaution parce que des gens riches de Bethléem se pressaient en foule à la crèche, attirés par la curiosité.

J'ai vu aujourd'hui la Vierge sortir de la crèche avec l'enfant Jésus et se retirer dans une autre grotte, un peu plus à droite. L'entrée était étroite, quatorze degrés en pente conduisaient à un petit cellier et de là à un souterrain plus spacieux que ne l'était la crèche. Joseph isola par un rideau le demirond à côté de l'entrée, de façon qu'il resta un espace carré. La lumière n'arrivait pas par le haut, mais par des ouvertures latérales creusées dans l'épaisseur de la roche. J'ai vu déjà, ces jours derniers, un vieillard enlever de cette grotte du foin, des roseaux, enfin de petits fagots semblables à ceux dont Joseph se servait pour faire du feu; c'était, sans doute, un berger qui lui rendait ce service. Cette grotte était plus éclairée et plus spacieuse que celle de la crèche. L'âne n'y fut pas conduit. Je vis l'enfant Jésus

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couché par terre dans une sorte d'auge profonde. J'ai souvent vu ces jours derniers la Vierge montrer aux visiteurs son cher entant enveloppé d'un voile et n*ayant sous ce voile d'autre vétemeni qu'un linge qui lui entourait les reins; d'autres l'ois, je l'ai encore vu complètement emniaillotté. La garde est souvent venue visiter reniant; Marie remettait à cette femme une grande partie de ce que lui offraient ses visiteurs, et elle distribuait ces aumônes mx pauvres de Bethléem.

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