CHAPITRE ONZIÈME
mages la naissance du Sauveur. J'ai vu Menzor et Séir, au teint .cuivré, observer les astres en un champ, sur le territoire du premier; déjà tout était prêt pour leur départ. Debout sur une tour pyramidale et munis de longs tuyaux, ils observaient l'étoile de Jacob. Cette étoile avait une queue; elle s'ouvrit, en quelque sorte, pour eux; j'y vis une vierge grande et lumineuse; en avant était un enfant également lumineux; de son flanc droit sortait un rameau avec une fleur, dont le calice semblait soutenir une petite tour à plusieurs entrées qui fmit par prendre la forme d'une ville; mais je ne me rappelle plus très-bien le tableau. ~ Les deux rois partirent aussitôt; pour Théocéno, le troisième, il demeurait à deux jours de marche, à l'est. Il vit la même image à la même heure, et se mit en roule sans perdre de temps, afin de pouvoir bientôt se réunir à ses deux amis.
25 NOVEMBRE. — Je me suis endormie avec un ardent désir d'être auprès de la Vierge à la grotte de la crèche, de recevoir en entrant dans mes bras le petit Jésus et de le presser contre mon cœur. J'allai, en effet, à la crèche, il était nuit. Joseph dormait appuyé sur le bras droit; il était dans la petite chambre à droite de l'entrée. Marie veillait; elle était assise à sa place ordinaire auprès de la crèche, elle avait sous son voile l'enfant pressé contre son sein. Quand elle s'asseyait durant le jour, une partie de ses couvertures, roulée en forme d'oreiller, lui servait d'appui; maintenant son chevet était plus bas. Je me mis à genoux et priai avec un grand désir d'avoir un instant l'enfant dansjes bras. Ah ! elle le savait bien, car elle sait tout, ef elle reçoit toutes nos prières avec tant de bonté, avec une compassion si touchante, quand elles sont faites avec foi et simpli^ cité ! Mais aujourd'hui elle était grave, recueillie, elle
adorait son fils avec respect, mais aussi avec un sentiment profond d'amour maternel. Elle ne m'a pas donné le divin Enfant, sans doute [parce qu'il prenait le sein; à sa place, j'en aurais fait tout autant.
Cependant mon désir allait toujours croissant, et je m'unis à toutes les âmes qui soupiraient après l'Enfant Jésus. Or, cette attente n'était nulle part si pure, si naïve et si candide que dans le cœur de ces bons rois de l'Orient qui, depuis tant de siècles, dans la personne de leurs ancêtres, semblaient hâter sa venue par la foi, l'espérance et l'amour. Mes désirs s'unirent donc aux leurs, et quand j'eus fini mon adoration, je me glissai hors de là crèche respectueusement et sans bruit, afm de ne pas déranger^ et je rejoignis, après un bien long voyage, le cortège des rois mages.
J'ai vu dans ce voyage un nombre très-considérable de particularités relatives au pays, aux habitations, aux caractères des différentes tribus, à leur façon de s'habiller, à leurs mœurs^ à leurs usages, enfin, à leur culte; mais j'ai presque tout oublié. Je vais reproduire, autant que je le pourrai, ce qui m'est demeuré clairement dans la mémoire. J'ai été conduite à l'orient, en un pays où je ne suis jamais allée. Je ^n'ai vu presque partout que des sables et des terres presque stériles; ça et là, sur des collines, demeuraient, dans des cabanes de bois léger, des familles formées de cinq à huit membres. Le toit, fait de bois, s'appuyait contrôla coUine, danslaquelle les habitations étaient creusées. Y ayant pénétré, j'ai vu à droite et à gauche de la porte un certain nombre de divisions qui allaient jusqu'à la partie la plus reculée du logis; les chambres de devant et celles de derrière étaient plus spacieuses, celles du milieu l'étaient moins. Je n'ai guère vu dans ce pays d'autre végétation que des arbustes rabougris, et çà et là, un