‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 162 sur 304 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

petit arbre avec des boutons, desquels on relirait une sorte de coton blanchâtre. J'ai vu cependant quelques grands arbres sous lesquels ils établissaient leurs idoles. Les habitants étaient encore presque complètement sauvages; ils me parurent se nourrir de chair crue et surtout d'oiseaux, et vivre du moins en partie de brigandage. Ils étaient presque cuivrée et avaient les cheveux roux; ils étaient petits, assez gros, et cependant vifs, agiles, toujours en mouvement; je ne vis chez eux ni troupeaux ni animaux domestiques.

J'ai vu que ces peuples étaient à moitié nus. Les hommes avaient la partie intérieure du corps, aussi bien par devant que par derrière, couverte, au-dessous de la ceinture, d'une sorte de tablier court et h plis; du milieu de la poitrine jusqu'à la ceinture, ils< avaient un scapulaire, avec des lignes dans le sens de la largeur, qui fermait sur les épaules. Ce scapulaire me parut être élastique, car il pouvait s'allonger, sauf la bande étroite qui le fixait; le dos était complètement nu jusqu'à la ceinture. Ils portaient surla tête une sorte de turban, orné sur le front d'une rose ou d'un nœud. Quant aux femmes, elles avaient un jupon à plis qui ne leur descendait qu'à mi-jambe.- L'étoffe qui leur couvrait la poitrine semblait être la partie antérieure d'un corsage dont la pointe inférieure serait venue se réunir à la ceinture. Ce vêtement était maintenu autour du cou par une large bande comme une éiole, tailladée sur les épaules et unie sur la poitrine. Leur tête était couverte d'une sorte de coiffe terminée dans sa partie supérieure par une pointe en forme de coupe; elle finissait en pointe sur le front et retombait sur les joues en avant des oreilles. Derrière les oreilles et derrière la tête se détachaient de la coiffure des bandes d'étoffes flottantes, entre lesquelles les cheveux se réunis-

salent pour former un chignon. Le corsage des femmes était de différentes couleurs, couvert d'un grand nombre d'ornements jaunes et verts, piqués ou brodés; j'y ai remarqué encore des boutons au milieu des découpures sur les épaules. La broderie était en rouge, comme dans les chasubles d'autrefois. Elles avaient des bracelets à la partie supérieure du corps.

Ces gens-là fabriquaient des couvertures et des tapis avec le coton blanchâtre qu'ils trouvaient dans le bouton d'un arbuste. Pour les fabriquer, ils se mettaient à deux ensemble à l'ouvrage; ils attachaient à leur ceinture une certaine quantité de ce coton, et, marchant l'un et l'autre à reculons, ils en fabriquaient, en le tournant, de longues cordes grosses à peu près comme le doigt; puis, les tressant ensemble, ils en faisaient des tapis d'une grande largeur; quand ils en avaient fabriqué une certaine quantité, ils allaient en troupes à la ville où ils les vendaient, portant sur la tête d'énormes rouleaux de marchandises. J'ai vu, çà et là dans la campagne, sous de grands arbres, leurs idoles, avec une tête de bœuf garnie de cornes, une large gueule ouverte, des trous ronds dans le corps, et plus bas uneouverture fort large dans laquelle on faisait du feu, pour brûler les différents objets qu'on y faisait tomber par les trous supérieurs. J'ai remarqué autour de chacun de ces arbres d'autres petites images d'animaux dressées sur des colonnettes en pierre, ainsi des dragons, des oiseaux, des monstres avec une triple tête et une queue de serpent roulée sur elle-même.

Il m'a semblé, au commencement de mon voyage, qu'il y avait sur ma droite une grande masse d'eau, dont je me suis ensuite éloignée de plus en plus. Quand j'eus quitté le pays habité par les gens dont je viens de parler, je fus obligée de monter, et je

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