ORIGINE DES MAGES
J'ai appris aujourd'hui beaucoup de détails touchant les mages, ainsi que les villes et les pays qu'ils habitent; mais tant de dérangements et l'isolement auquel je suis réduite, m'ont fait oublier presque tout. Je vais redire cependant ce que je sais. Menzor, le brunâtre, était Chaldéen; le nom de sa ville était à peu près Acajaïa (i), elle était entourée d'un fleuve et semblait former une ile; il était toujours dans les champs, au milieu de ses troupeaux. Séir, le brun, était prêt pour son voyage dès avant le jour de la naissance du Sauveur. Je me rappelle que, quand il s'est agi de son pays, j'ai entendu le nom de Par- Iherme (2). Il y avait une mer un peu plus haut. Sa tribu et lui étaient bruns, avec les lèvres très-rouges ; mais tous ses voisins étaient blancs. Son territoire
(I) Eu 1839, et par conséquent dix ans après avoir transcrit ce nom d'Acajaïa, récrivain trouva Tindif-ation suivante dans le Dictionnaire de Funke : Achajacula, ch.àleau dans une i!e de l'Euphrate, en Mésopotamie (Ammien MarceUiii, \\iy, '2). — Nous désirons qu'on puisse démontrer l'identité des deux localités.
(-2) Peu?- être faut- il substituer à ce t om celui de Partliièno ou de Parthomaspe.
n'était pas plus vaste que celui de Munster. Théocéno, le blanc, était d'un pays situé plus haut, de la Médie; c'était une bande de terre entre deux mers; il demeurait habituellement dans sa ville, dont j'ai oublié le nom; elle était formée de tentes reposant sur des fondations en pierre. Je pense toujours à Théocéno, qui sacrifia beaucoup plus que les deux autres; il était beaucoup plus riche : il aurait pu se rendre à Bethléem par une route plus courte, mais il avait fait un détour assez notable pour se réunir à ses amis; je crois qu'il a même dû passer auprès de Babylone,
Séir demeurait à trois jours de marche du camp de Menzor, en les comptant de douze lieues chaque, et Théocéno à cinq. Menzor et Séir se trouvaient ensemble dans le camp du premier, quand ils aperçurent l'étoile qui leur annonçait la naissance du Sauveur; ils partirent le lendemain avec toute leur suite. Théocéno, le plus blanc des trois,, vit chez lui absolument la même image; il partit en toute hâte dans la même direction, et se réunit à eux dans la ville en ruines. J'ai su exactement la distance qui les séparait de Bethléem, j'ai oublié une partie de ce qui m'avait été dit; voici pourtant ce que je me rappelle encore. La distance qu'ils avaient à parcourir était de sept cents lieues, non compris une quantité que j'ai oubliée et dans laquelle entrait le nombre six. Ils avaient environ soixante jours de marche, en comptant douze lieues par jour; mais ils les ont faits en trente-trois, à cause de la vitesse extraordinaire de leurs montures; au reste, ils voyageaient souvent la îîuit comme le jour.
L'étoile qui les conduisit semblait être un globe parfaitement rond; il en sortait des flots de lumière ^comme d'une bouche (1). Il me semblait toujours que
{\) L'idée de celte comparaison a pu lui venir de ce qu'elle voit