CHAPITRE ONZIÈME
ce globe, qui paraissait suspendu à un fil lumineux, était dirigé par la uiain d'un personnage mystérieux. Durant le jour, je voyais marcher devant eux un corps plus brillant que le jour lui-même. Quand je considère la distance qu'ils avaient à parcourir, la rapidité de leur marche me paraît extraordinaire; mais leurs montures ont le pas si léger et si égal qu'en suivant, des yeux la caravane, on croirait voir une troupe d'oiseaux voyageurs qui fendent les airs. Les pays des trois rois formaient entre eux un triangle. Menzor, le brunâtre, et Séir, dont le teint était encore plus foncé, étaient les plus rapprochés; quant à Théocéno, le plus blanc des trois, il demeurait plus loin. Je crois qu'ils ont déjà traversé Ghaldar, où j'ai vu une fois dans un temple le jardin fermé. Les maisons dont se compose la ville lointaine de Théocéno n'ont en pierre que les fondations; le reste est une simple tente. Elle est entourée d'eau, et me paraît être aussi grande que Munster.
Les voyageurs se reposèrent à cette station jusque vers le soir; au moment du départ, les gens qui s'étaient altachés à eux les aidèrent à recharger leurs animaux, et emportèrent chez eux un certain nombre d'objets qui avaient été laissés. Il était presque soir quand ils se mirent en route. L'étoile était très-apparente et avait une teinte rougeâtre; sa queue de lumière était pâle et allongée. Ils marchèrent quelque temps à pied, à côté de leurs montures, priant la tête découverte. Le chemin était si montant qu'on avait grand'peine à marcher; bientôt il devint plus facile, et ils remontèrent sur leurs animaux, dont j'admirai la vitesse extraordinaire. A plusieurs reprises ils ralentirent la marche et exécutèrent, au milieu du sisouvent de la lumière sortie de la boufhe de Notre- Seigneur et des saint«.
leDce de la nuit, des chants singulièrement touchants dans leur simphcité.
DU 29 NOVEMBRE AU 2 DÉCEMBRE. — DanS la UUit
du 29 au 30 novembre (c'était la nuit du jeudi au vendredi), j'ai rencontré de nouveau la caravane des mages; je ne saurais assez dire combien je* suis édifiée de l'ordre, de la piété, de la joie simple qui se révèlent dans tous les voyageurs. Nous voyageons pendant la nuit, en suivant Tétoile, laquelle semble presque toucher la terre de sa longue queue. Les excellents hommes la contemplent toujours avec une joie contenue, et s'entretiennent du haut de leurs montures. Parfois ils chantent, en se répondant, des morceaux extrêmement courts ; leur chant, toujours lent et expressif, est tantôt très-bas et tantôt très-haut. On les entend sans peine, grâce au silence de la nuit, et je comprends toutes les paroles. Avec quel bel ordre s'avance la caravane! La marche s'ouvre toujours par un chameau gigantesque avec des caisses de chaque côté de sa bosse]; au-dessus est étendu un beau tapis qui reçoit l'un des chefs, assis sur l'animai un javelot à la main et un sac à ses côtés. Viennent ensuite des animaux plus petits, des chevaux ou des ânes de haute taille; sur ces animaux sont assis, entre les paquets, les liommes qui relèvent de ce chef. Puis vient un autre groupe également formé d'un chameau pour le chef et d'un nombre plus ou moins considérable d'autres animaux. Ces animaux, malgré leurs longs pas, marchent si légèrement qu'on pourrait croire qu'ils ne touchent absolument à rien. Leur corps ne remue pas, si bien qu'on croirait voir des cadavres mis en mouvement, et leur tête, au bout de leur long cou, semble ne changer jamais de position. Les liommes vont aussi tout droit devant eux, comme s'ils ne songeaient absolument à rien. En un mot, tout