‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 173 sur 304 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

était parfaitement calme et charmant; on dirait un songe délicieux. En ce moment je me suis laissée aller à une réflexion qui m'a frappée : ces excellentes gens qui ne connaissent pas Notre-Seîgneur vont à lui avec tant d'ordre, de gravité, de piété; et nous qu'il a relevés, nous qu'il a comblés de tant de grâces, comment nous condaisons-nous dans nos processions ? nous marchons sans ordre, nous sommes sans respect, sans convenance.

Il m'a semblé que la contrée qu'ils ont traversée la nuit dernière pourrait bien être le pays compris entre Atom, localité habitée par Azarias, et le château de cet idolâtre, où j'ai vu le Sauveur vers la fin de la troisième année de sa vie publique dans son voyage d'Arabie en Egypte (1). Le vendredi 30 novembre, j'ai vu la caravane s'arrêter pendant la nuit dans un champ auprès d'un puits. Un homme qui habitait l'une des cabanes voisines vint en ouvrir la porte aux voyageurs. Ils abreuvèrent leurs animaux, sans les décharger, et se contentèrent de prendre euxmêmes quelques instants de repos. Le samedi I^^ décembre, j'ai vu sur une espèce de plateau la caravane que j'avais aperçue la veille dans des chemins montueux. Ils avaient des montagnes sur leur droite; il me sembla qu'en descendant la terrasse, ils se rapprochèrent d'un pays où ils trouvèrent fréquemment sur leur chemin des maisons, des arbres et des puits; c'était, si je ne me trompe, le pays de ces gens que J'ai vus. Tannée dernière et celle-ci, o coupés à filer et à tisser du coton; ils avaient le coton étendu entre les arbres et en faisaient des étoffes d'une largeur remarquable. Ils adoraient des images de bœufs; je les vis offrir généreusement des provisions à un grand

{\) Vie de Notre- Seigneur. Jésus-Christ, tom. VI, chap. xvjii, 3). 8.

nombre d'individus qui s'étaient attachés à la caravane, mais ils ne se servirent plus des objets dans lesquels les étrangers avaient mangé, ce qui m'étonna beaucoup.

Le dimanche 2 décembre, je vis les mages à proximité d'une ville dont le nom me paraît avoir de l'analogie avec celui de Causeur, et dont les maisons consistaient en des tentes reposant sur des fondements solides; ils s'arrêtèrent chez un prince auquel la ville appartenait et qui avait son château de tentes à une petite distance de là. Depuis qu'ils se sont réunis dans la ville en ruine, ils ont fait cinquantetrois ou soixante-trois lieues. Ils ont raconté au roi de Causeur tout ce qu'ils avaient vu dans l'étoile. Vivement frappé de leur récit, il observa avec un long tuyau l'étoile qui les dirigeait, et y aperçut un jeune enfant avec une croix. Là-dessus il les pria delui rendre compte de ce qu'ils auraient vu, car il voulait élever des autels en l'honneur de cet enfant et lui offrir des sacritîces. Je suis curieuse de voir s'il tiendra parole à leur retour. Je les ai entendus s'entretenir ensemble de l'origine de l'observation des astres, voici ce que je me rappelle encore à cette occasion.

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