CHAPITRE DOUZIÈME
de fleurs; ce ne fut qu'après ces fêtes quils reprirent la roule de leur pays. Ils étaient Mèdes de naissance et observaient les astres ; ils étaient très-grands, leur taille était presque celle des géants; il y avait dans toute leur personne quelque chose de noble; leur teint, très-agréable à l'œil, était une nuance intermédiaire entre le brun et l'olivâtre. Ils étaient nomades et domptaient, quand ils le voulaient, les autres tribus, grâce à leur force extraordinaire. J'ai oublié le nom de leur prophète le plus célèbre. Ils avaient un grand nombre de prophéties et des présages par le moyen des animaux. Souvent, tandis qu'ils étaient en marche, des animaux venaient se placer sur leur chemin, écartant les jambes et disposés à se laisser tuer plutôt que de les laisser passer; ils voyaient en cela un présage divin et changeaient de direction. Les mages ajoutèrent que ces Mèdes, à leur retour de l'Egypte , rapportèrent chez eux la prophétie , et que l'on commença dès lors h observer les astres ; ces pratiques, tombées en désuétude, furent rappelées par un disciple de Balaam, puis , mille ans après celui-ci , par les prophétesses, filles des trois frères; enfin, au bout de cinq cents ans, l'étoile qu'ils suivaient était venue leur annoncer le nouveau roi qu'ils devaient adorer. Ils firent connaître tous ces détails avec beaucoup de simplicité et d'animation à leurs auditeurs, curieux de les entendre; mais ils furent bien tristes en voyant qua ceux-ci croyaient à. peine à ce que, pendant deux mille ans, leurs ancêtres avaient attendu avec une telle impatience.
Le soir, l'étoile fut enveloppée de nuages; pendant la nuit, elle reparut brillante au miheu des nuages : elle semblait plus grande que d'ordinaire, comme si elle avait été plus proche de la terre; aussitôt les voyageurs sortirent de leurs tentes, et, allant éveiller
les habitants qui reposaient non loin de là, ils leur montrèrenl l'étoile. Ils ouvrirent de grands yeux et les portèrent vers le ciel avec étonnement; quelquesuns furent louchés, d'autres se scandalisèrent au sujet des mages, enfin la plupart ne cherchèrent qu'à tirer bon parti de leur libéralité.
Je les entendis calculer la dislance qu'ils avaient parcourue depuis leur point de réunion, ils comptaient par journées de pied, qu'ils supposaient être de douze lieues; mais grâce à leurs montures (c'étaient des dromadaires qui sont bien plus rapides que les chevaux), ils faisaient en moyenne trente-six lieues par jour, compris la nuit et les haltes. Ainsi, le plus éloigné des trois avait pu parcourir en deux jours la distance de cinq fois douze lieues qui le sé* parait de ses amis, et les deux autres avaient fait en un jour et une nuit les trente-six lieues qui les séparaient du rendez-vous commun. De ce point jusqu'ici ils avaient fait six cent soixante-douze lieues; enfin, depuis la naissance du Sauveur, iis avaient employé à leur voyage vingt-cinq jours et autant de nuits, les jours de repos compris.
JEUDI 20 ET VEiNDREDI 21 DÉCEMBRE. — La Cara-
vane s'est reposée ici durant ces deux jours, et j'ai entendu leurs entretiens. Le vendredi soir, l'heure du sabbat arrivée, comme les Juifs de la localité passaient sur un pont un cours d'eau à l'ouest pour se rendre à la synagogue d'une locahté voisine, ils se disposèrent au départ et prirent congé des habitants. | Ceux-ci ont observé plusieurs fois l'étoile qui dirigeait les mages et témoigné à cette occasion une extrême surprise, mais ils n'en ont pas été plus respectueux. Les impudents, se jetant sur les voyageurs comme des essaims de guêpes, les accablèrent de demandes importunes, et ceux-ci ne cessèrent de leur distribuer des pièces triangulaires jaunâtres, sem- m