CHAPITRE DOUZIÈME
servante de sainte Anne était singulièrement habil^ lée.Ses cheveux tressés formaient une sorte de réseau qui, par derrière^ lui descendait jusqu'à la ceinture; sa tunique était courte et ne dépassait pas les genoux; le corsage, serré autour des reins et se terminant en pointe, formait, dans sa partie inférieure, une espèce de poche, destinée à recevoir différents objets; elle avait une corbeille qu'elle portait au bras. Le vieux serviteur était humble et respectueux. La couche qu'Elisabeth avait occupée, le fut aussi par sainte Anne. Marie parla à sa mère avec beaucoup de confiance et d'abandon, ainsi qu'elle l'avait fait pour sa cousine. Anne mêla ses pleurs à ceux delà Vierge, et tout cela fut interrompu parles caresses de l'enfant Jésus.
VENDREDI 21 DÉCEMBRE. — Aujourd'hui, j'ai vu de nouveau la Vierge dans la grotte de la crèche et l'enfant dans la crèche. Quand Joseph et Marie sont seuls avec le divin enfant, je les vois souvent lui rendre leurs hommages; de même j'ai vu aujourd'hui Anne et la Vierge, pieusement penchées au-dessus de la crèche, contempler le petit Jésus avec beaucoup de ferveur et de dévotion. Je ne saurais plus dire maintenant si ceux qui avaient accompagné sainte Anne ont logé dans l'autre grotte, ou s'ils sont allés plus loin; je crois plutôt qu'ils ont continué leur route (l). J'ai vu aujourd'hui qu'Anne avait apporté à la mère et à l'enfant un grand nombre d'objets, comme des langes et des couvertures. Marie a reçu, depuis qu'elle est à Bethléem, un nombre considérable d'objets de toute nature ; malgré cela, elle est toujours dans un dé-
(4) Ces imperfections du récit et cette crainte de se tromper sont des garants de la réalité objective de ces visions, on voit par là que la narratrice se trouve dans ces tableaux en présence d'objets qui lui sont proposés par une volonté autre que la sienne, sans qu'el'e puisse à son gré les voir, ne pas les voir ou les rappeler devant elle.
nûment presque complet,parce qu'elle donne aussitôt ce qu'elle a reçu,nriême ce qui lui est le plus nécessaire. Je lui ai entendu dire que les mages de l'Orient doivent venir prochainement et lui apporler de grands présents, elle ajouta qu'il en résulterait peutêtre beaucoup d'éclat. Je crois que, pendant le séjour des mages, sainte Anne se rendra à trois lieues d'ici, chez l'une de ses sœurs, pour revenir ensuite.
SAMEDI 22 DÉCEMBRE.—- Cc soir, après la clôture du sabbat, j'ai vu sainte Anne et ceux qui l'avaient accompagnée, prendre pour quelque temps congé de la sainte Vierge. Elle s'est rendue à trois lieues d'ici, dans la tribu de Benjamin, pour visiter une sœur cadette qui s'est mariée dans cette localité : je ne sais plus maintenant le nom de ce village, qui se compose seulement de quelques maisons et d'un champ; il se trouve à une demi-lieue de la dernière station de la sainte famille dans son voyage à Bethléem, auprès de l'endroit où demeuraient les parents de saint Joseph. Ils y ont passé la nuit du 22 au 23 novembre.