CHAPITRE PREMIER
férentes, et je les voyais souvent prier solitaires avec une ferveur remarquable. Longtemps je les vis vivre de la sorte, ils faisaient des aumônes considérables, et toutes les fois qu'ils avaient partagé leurs troupeaux et le reste de ce qu'ils possédaient, je voyais leur fortune s'accroître rapidement. Ils pratiquaient la mortification et la continence. Souvent encore, pour prier, ils prenaient des habits de pénitence ; et quand Joachim était aux champs avec ses troupeaux, il ne passait jamais un long temps sans adresser à Dieu d'ardentes prières.
Ils vécurent ainsi dix-neuf ans après la naissance de leur premier enfant, pratiquant toutes les vertus et demandant instamment à Dieu la bénédiction de la fécondité ; cependant leur épreuve devenait de jour en jour plus pénible. De méchantes gens du voisinage venaient leur insulter en face : il fallait qu'ils fussent bien désagréables à Dieu pour n'avoir pas d'enfants; la petite fille qu'élevaient les parents d'Anne n'était certainement pas issue de leur mariage; Anne était stérile, c'était une enfant supposée, autrement elle demeurerait avec eux. Ces propos indignes renouvelaient continuellement leur douleur.
Cependant Anne était inébranlable dans sa foi, elle était assurée que l'avènement du Messie était proche et qu'elle devait contribuer directement à le donner à la terre. Elle demandait donc instamment à Dieu la réalisation de la promesse et ne cessait de tendre, ainsi que son époux, à une pureté encore plus parfaiite. L'ignominie de sa stérilité lui pesait extrêmement. A peine pouvait-elle paraître à la synagogue sans avoir à subir quelque affront. — Joachim, bien que petit et maigre, était pourtant solide, et je l'ai vu souvent aller à Jérusalem avec des animaux destinés à être immolés. Anne n'était pas grande, de plus elle était extrêmement délicate; le chagrin
VIE DE LA TUÈS-SAINTK VIEllCE.
l'amaigrissait tellemcnl que ses joues se creusaienl de plus en plus, bien qu'elles fussent toujours assez colorées. De temps à autre ils partageaient encore ce qu'ils possédaient avec le temple et les pauvres, et la part qu'ils se réservaient était toujours la moindre.