‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 203 sur 304 · MESURES PRISES A BETHLÉEM CONTRE LES MAGES ET LA SAINTE FAMILLE · texte numérisé non relu

MESURES PRISES A BETHLÉEM CONTRE LES MAGES ET LA SAINTE FAMILLE

MARDI 25 DÉCEMBRE. Il était grandement temps que les mages fussent avertis par l'ange; car, soit en vertu d'un ordre secret d'Hérode, soit, ce que je crois être plutôt la réalité, par zèle intéressé, le premier magistrat de Bethléem avait pris la résolution d'arrêter les étrangers logés à l'hôtellerie de la petite ville, de les enfermer dans les souterrains profonds qui régnaient sous la synagogue et de les accuser devant Hérode d'avoir troublé le repos pubhc. Mais le matin, de bonne heure, quand on apprit leur départ à Bethléem, ils étaient déjà arrivés au désert d'Engaddi, et la vallée dans laquelle ils avaient campé ne présentait plus d'autres traces de leur passage que quelques pieux encore debout et le gazon foulé aux pieds par le pas des hommes et des animaux; tous les alentours étaient tranquilles et silencieux. L'arrivée de la caravane à Bethléem avait généralement occupé les esprits; plusieurs se repentaient de n'avoir pas accordé à Joseph l'hospitaUté qu'il avait demandée; tandis que les uns parlaient des mages comme d'aventuriers singuliers et de fanatiques, d'autres rattachaient leur arrivée aux bruits répandus touchant les apparitions qu'avaient eues les bergers; ce fut à cause de cela que lesniagistrats, excités peut-être par des instructions secrètes d'Hérode, crurent devoir prendre des mesures de précaution. Je les vis donc se réunir auprès de la synagogue dans un grand édifice situé au centre de la ville et donnant sur une belle place, qu'ornait une

fCHAPlTRE TREIZIÈME.

fontaine entourée d'arbres; les habitants ayant été convoqués sur la place, on leur lut du haut de l'escalier extérieur de l'édifice une proclamation, par laquelle on les engageait à se tenir en garde contre les nouvelles fausses et superstitieuses et on leur défendait de se porter dorénavant au lieu où se trouvaient les étrangers, à l'occasion desquels ces nouvelles avaient été répandues.

Au moment même où le peuple assemblé se dispersait, je vis saint Joseph amené par deux hommes à cette même maison et obligé de comparaître devant un certain nombre de Juifs assez âgés. Bientôt il retourna à la crèche, puis il revint à la maison commune. La seconde fois, il avait avec lui de l'or provenant des présents des mages, il le leur donna, et là-dessus ils le laissèrent aller sans l'inquiéter davantage. C'était, d'ailleurs, le but auquel les magistrats voulaient arriver. Je vis encore qu'on ferma, en jetant un arbre en travers , un chemin qui, sans aboutir à la porte, conduisait, par une colline ou d'anciennes fortifications, des environs de la crèche à l'endroit où la Vierge, à son arrivée à Bethléem, s'était reposée quelque temps sous un arbre. Dans l'après-midi, je vis une petite troupe de quinze à seize soldats d'Hérode auprès de Joseph, avec lequel ils s'entretinrent; ils avaient sans doute été envoyés à l'occasion des mages que l'on accusait d'avoir troublé la tranquillité publique; mais voyant que tout était tranquille et silencieux et ne trouvant dans la grotte que la pauvre famille, comme d'ailleurs ils avaient reçu l'ordre de ne pas faire d'éclat à son occasion^ ils revinrent tranquillement et firent leur rapport sur ce qu'ils avaient trouvé. Joseph avait caché les présents des mages et tout ce qu'ils avaient laissé, soit dans la grotte de Maraha, soit en d'autres souterrains reculés de la grotte de la crèche, qu'il connaissait pour s'y être

dérobé dans sa jeunesse aux persécutions de ses frères. Plusieurs de ces souterrains se rattachaient à l'histoire du patriarche Jacob; une fois, à une époque où il n'y avait encore que quelques cabanes sur l'emplacement de Bethléem, il campa assez longtemps sur la colline de la crèche.

Ce soir, j'ai vu Zacharie d'Hébron venir pour la première fois visiter la sainte famille. Marie était encore dans la grotte. Il pleura de bonheur, tint l'enfant dans ses bras et répéta, en l'abrégeant ou en le modifiant, le cantique qui lui avait été inspiré lors de la circoncision de Jean-Baptiste.

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