CHAPITRE TPiEîZîÈME
chant à laquelle on devait venir la chercher pour allaiter l'enfant, elle fit ce qu'une bonne mère qui nourrit a toujours soin de faire quand elle a été effrayée ou qu'elle a subi quelque autre impression violente. Avant d'allaiter l'enfant, elle exprima de son sein le lait troublé et le laissa tomber dans un creux du banc de pierre blanche de la grotte. Elle le dit à un berger bon et pieux qui se rendit auprès d'elle (sans doute pour la conduire auprès de Tenfaïit), et cet homme, pleinement convaincu de la sainteté delà mère du Rédempteur, recueillit précieusement avec une sorte de cuiller le lait virginal et le porta avec une foi simple et naïve à sa femme qui allaitait alors un enfant qu'elle ne pouvait satisfaire. La bonne femme prit avec une confiance respectueuse cet aliment béni; aussitôt sa foi fut récompensée, et elle eut désormais assez de lait pour nourrir son enfant. Depuis lors la pierre blanche de la grotte a reçu la même vertu salutaire, et j'ai vu que jusqu'à nos jours , des femmes du pays , et même des musulmanes, y ont recours en pareil cas et en d'autres";circonstances analogues (I). Depuis lors des gens atta-
{{) Un certain nombre d'ouTragcs, tant anciens que modernes, relatifs à la Palestine, parlent avec des différences plus ou moins considérables de cette grotte et rappellent la tradition du miracle. Suivant les données ordinaires, la sainte famille, dans la fuite en Egypte, se sex^ait réfugiée dans celte grotte en passant auprès de Bethléem, et quelques goultes de lait, découlant du sein virginal de îa mère de Dieu, auraient communiqué cette vertu extraordinaire à la pierre de la grotte. Quant à ces autres détails qu'elle servait de sépulture à la nourrice d'Abraiiam, qu'elle devait a cette particularité le nom de grotte de i'allaitement et que l'occasion du privilège qu'il plut à Dieu de lui conférer avait été une précaution maternelle de la Vierge, on ne les retrouve pas ailleurs que dans les visions de la Sœur. Le savant Quaresmius, gardien des Franciscains et commissaire apostolique en Terre- Sainie au xvii^ siècle^ dans son Historica Terrœ Sanctœ elucidatiOy Antuerpise, 4632, tom. 111, p. 678, dit, entre autres'choses, au sujet de cette grotte : « Non loin (suivant des
chés aux lieux saints,' ont lavé cette terre et l'ont mise dans de petits moules et répandue ainsi dans les différentes parties de la chrétienté ; telle est l'ori-
indicalions plus précises, à deux cents pieds) de la grolle de la Nativité et de Féglise de la Vierge, à l'est de Bethléem, on trouve un souterrain, formé de trois grottes creusées dans la pierre; on otfre souvent le saint sacrifice dans celle du milieu à cause du prodige qui s'y est opéré. On l'appelle d'ordinaire la grotte, la caverne de la Vierge, ou encore l'église Saint-Nicolas. Une bulle du pape Gré- "^oire XL lequel mourut en 137H, fait mention de cette chapelle de Saint-Nicolas, piès Bethléem, et permet aux franciscains d'y fonder un établissement avec un clocher et un cimetière. » On lit dans un vieux manuscrit latin sur les localités de la Terre-Sainte : « Item l'église de Saint-Nicolas, bâtie sur l'emplacement de la grotte dans laquelle, suivant la tradition, la Vierge s'est cachée avec l'en fanî Jésus. » — Après avoir rappelé la tradiUon vulgaire, Ouaresmius ajoute que la terre de la grotte est naturellement rouge, mais que pulvérisée, lavée et séchée au soleil, elle devient blanche comme la neige, et que mélangée à l'eau elle ressemble partaiteinent au lait. La terre ainsi préparée sous le nom de Lait de la Vierge et mêlée â la boisson ordinaire est employée avec succès par les femmes qui ne peuvent allaiter leurs nourrissons, et dans d'autres cas analogues. Des femmes turques et arabes emportent de cette terre pour le même usage, et cela en si grande quantité qu'il y a maintenant trois grottes au lieu d'une seule que l'on voyait autrefois. Les reliques que l'on vait en différents lieux de pèlerinage avec celle dénomination de lait de la Vierge^ et qui sont pour les uns un sujet d'admiration et pour les autres un thème de sarcasmes, ne sont pas autre chose que de la terre de celte grotte de Bethléeni; dont parle }a narratrice.
Après avoir rappelé ce que le cardinal Baronius, sur l'année 15&, dit de File de Malte, que depuis que saint Paul a saisi avec la maia la vipère qui avait failli lui devenir funeste, il n'y avait plus dans cette île d'animaux venimeux et que la terre même pouvait servir de contre- poisoU;, le même Quaresmius ajoute : « Si un tel privilège a été communiqué à l'Ile de Malte à l'occasion de saint Paul , comment ne pas croire que Dieu a pu, pour honorer la Vierge, communiquer un privilège semblable ou même supéi ieur a l'humble grotte, honorée de la présence de Jésus et de Marie, et sur laquelle sont tombées quelques gouttes du lait virginal de celle-ci ? « — Castro, dans sa Vie de la Vierge, et Grotonus, dans I Hisloire de saint Joseph, mentionnent la même tradition d'après un vieux manuscrit arménien.