CHAPITRE QUATORZIÈME
sur une planchette, du côié opposé à la tête de ranimai. Elle tenait l'enfant dans les bras enveloppé dans son large voile et le regardait avec amour. Les voyageurs n'avaient avec eux sur leur âne qu'une couple de couvertures et quelques paquets. Marie était assise entre les paquets. Les bergers prirent congé d'eux de la façon la plus affectueuse et les conduisirent presque sur la route. Ils passèrent par le chemin quils avaient suivi en venant, mais entre la colline de la Nativité et la grotte Maraha, en tournant Bethléem au levant.
30 JANVIER. -- Dans la journée, je les ai vus cheminer lentement sur la route, assez courte d'ailleurs, qui conduit de Bethléem à Jérusalem ; ils doivent s'être arrêtés à différentes reprises. Vers midi ils se sont reposés sur des bancs qui environnent une fontaine surmontée d'une toiture. J'ai vu deux femmes s'approcher de la Vierge, elles lui apportèrent de petits cruchons avec du baum^ et des petits pains. L'offrande que la Vierge destinait au temple était renfermée dans une corbeille que l'âne portait avec le bagage. Cette corbeille comprenait trois compartiments dont deux, revêtus d'une étoffe à l'intérieur, renfermaient des fruits. Le troisième était fermé par un simple grillage et laissait voir des tourterelles.
Vers le soir, je les ai vus en avant de Jérusalem, à un quart de lieue environ de la ville, non loin d'une grande habitation et dans une humble maison, habitée par deux vieux époux sans enfants, qui leur firent l'accueil le plus empressé et le plus charitable. Je sais maintenant comment j'ai pu prendre hier les serviteurs de sainte Anne pour les gens de cette hôtellerie; je les ai vus sur leur route s'arrêter chez ces bons vieillards et leur annoncer l'arrivée prochaine de la Vierge. C'étaient des esséniens, parents
de Jeanne Chusa. L'homme s'occupait de jardinage, et taillait en particulier les haies ; il devait veiller au bon entretien de la roule.
1^^' FÉVRIER. — Durant ce jour-ci, j'ai vu la sainte famille chez les vieillards de l'hôtellerie de la porte' de Jérusalem. La Vierge fut presque toujours seule dans une chambre avec l'enfant, couché sur une partie avancée de la muraille qui était basse et recouverte d'un tapis ; elle était toujours en prières ^et semblait se préparer à la cérémonie: j'eus à cette occasion des lumières touchant la manière dont on doit se disposer à la sainte communion. Je vis danssa chambre l'apparition de plusieurs saints anges qui vinrent adorer le divin enfant; je ne saurais dire si elle les vit, je le crois cependant à cause de son recueillement extraordinaire. Les bons hôtehers ont témoigné tant d'amour à la Vierge que je crois qu'ils doivent avoir soupçonné quelque chose de la sainteté du cher enfant Jésus.
Le soir, vers sept heures, j'ai eu une vision relative au vieillard Siméon. Il était maigre et fort âgé et portait une barbe courte. C'était un prêtre d'un rang inférieur, il était marié, et avait trois fils déjà grands, dont le plus jeune pouvait avoir vingt ans environ. J'ai vu le pieux vieillard, qui demeurait tout contre le temple, traverser un corridor étroit et obscur et arriver à une "petite cellule voûtée, pratiquée dajis les épaisses murailles de l'édifice; je n'y ai rien vu, sinon une ouverture par laquelle le regard pouvait pénétrer dans le temple. Bientôt s'étant agenouillé, il tomba en extase. Alors un ange, se présentant à lui, lui dit de bien observer le lendemain matin l'enfant qui serait le premier présenté aux prêtres : c'était le Messie après lequel il avait si longtemps soupiré; après l'avoir vu, il ne tarderait pas à mourir. Toute cette scène était ravissante; la chambre