CHAPITRE DEUXIÈME
se faisait im plaisir de la torturer. Une fofs^ c'était au commencement de la féte des Tabernacles, la servante demandant à sortir pour se rendre à la fête^ sainte Anne, avertie par la faibless^e de l'autre, s'y refusa, ainsi que devait le faire une bonne mère de famille ;'la servante vivement irritée lui reprocha sa stérilité et l'abandon de son mari comme un double châtiment mérité par sa dureté, et elle le fit avec tant de violence que la sainte ne crut pas pouvoir la conserver plus longtemps chez elle. Elle la fit accompagner par deux serviteurs et reconduire ainsi avec des présents à ses parents, en leur disant qu'ils devaient reprendre leur fille ainsi qu'ils la lui avaient donnée, car il lui était impossible de la garder plus longtemps.
Après l'avoir renvoyée, elle se retira tristement dans sa chambre et pria. Le soir étant venu, elle jeta un grand voile sur sa tête, s'en enveloppa tout entière et se dirigea, une lanterne sourde à la main, vers le grand arbre de la cour dont on a parlé plus haut et qui formait une espèce de berceau; elle alluma une lampe suspendue à cet arbre dans une sorte de niche et récita des prières qu'elle lisait sur un rouleau. Cet arbre était très-gros, on y avait établi des sièges et des berceaux; il étendait au-dessus de la muraille ses branches qui, retombant jusqu'à terre, y faisaient pénétrer leurs extrémités qui, pénétrant dans le sol, produisaient de nouveaux arbres et formaient ainsi une suite de fort joUs berceaux. Cet arbre ressemble beaucoup à l'arbre du fruit défendu du paradis terrestre. Les fruits, groupés cinq par cinq, sont attachés à l'extrémité des branches; ils ont la forme de la poire, sont charnus à l'intérieur et veinés de rouge, et présentent dans leur partie centrale un espace creux tapissé par les pépins qui s'enfoncent dans la chair. Les feuilles
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solil irès-largcs, je cvois fjiie ce sont les ieuilies do cei arbre qui ont .servi à couvrir Adam et Eve. Les Juifs employaient surtout ces feuilles dans la fêle des Tabernacles pour orner les murailles, parce que, superposées en guise d'écaillés, elles faisaient un très-bel effet.
Longtemps Anne pria sous cet arbre, demandant à Dieu que, s'il n'accordait pas la fécondité à son sein, du moins il ne permît pas qu'elle fût plus longtemps séparée de son pieux époux, Joachim. Tout à coup un ange du Seigneur lui apparut, il semblait descendre du sommet de l'arbre; il lui dit qu'elle devait se tranquilliser, car le Seigneur avait exaucé sa prière; elle devait le lendemain même se rendre au temple avec deux de ses servantes et prendre avec elle des colombes pour les offrir. Il ajouta que la prière de Joachim avait également été exaucée, qu'il allait aussi se rendre au temple avec ses offrandes et qu'elle le rencontrerait sous la porte dorée. Le sacrifice de Joachim serait agréable à Dieu, ils seraient bénis l'un et l'autre et connaîtraient bientôt le nom de leur enfant. Il lui dit enfm qu'il venait de porter à son mari un message semblable, et disparut.
Anne, pleine dejoie, remercia le Dieu de toute miséricorde. Retournée à sa maison, elle ordonna à ses servantes de faire les préparatifs nécessaires pour se rendre au temple le jour suivant. Je la vis ensuite se mettre au lit après avoir fait sa prière. Sa couche était formée d'une couverture étroite avec un coussin pour le chevet, le matin on roulait la couverture et on l'enlevait. Ayant oté ses vêtements de dessus, elle s'enveloppa de la tête aux pieds dans une large pièce d'étoffe, et s'étendit sur le flanc droit, la tête tournée du côté de la cloison de la petite chambre, le long de laquelle le lit était étendu.
Après qu'elle eut dormi quelques instants, je vis
CHAPITP^E DEUXIÈME.
descendre du ciel une masse de lumière qui prit, en se rapprochant de sa couche, la forme d'un jeune homme tout brillant de lumière. C'était l'ange du Seigneur qui lui dit qu'elle concevrait un enfant saint; puis, étendant la main sur elle, il écrivit sur la cloison de grandes lettres lumineuses, c'était le nom de Marie. Bientôt l'ange disparut de nouveau, en se perdant dans une masse de lumière. Pendant ce temps-là, sainte Anne fut comme dans l'agitation d'un songe profond et joyeux: elle se leva sur sa couche à demi éveillée, pria avec une grande ferveur et se rendormit, sans avoir pleinement conscience de ce qui s'était passé. Après minuit, elle se releva pleine de joie, comme obéissant à une inspiration céleste, et vit avec surprise et bonheur en même temps les mots écrits sur la muraille. C'étaient comme des lettres rouges, dorées, lumineuses, grandes et; peu nombreuses; elle les considéra avec une joie et une componction inexprimables, jusqu'à ce que, le jour étant venu, elles disparurent. Elle vit tout cela très-net et très-distinct, et sa joie s'accrut tellement qu'au moment où elle sortit, elle parut toute rajeunie.
A l'instant où la lumière de l'ange était descendue sur Anne avec la grâce qu'elle annonçait, je vis sous son cœur une lumière céleste, et je reconnus dans sa personne la mère choisie entre toutes, le vase de lumière qui devait contribuer à donner la grâce au monde. Je ne puis rendre compte de ce que j'ai vu qu'en disant que je reconnus en elle une mère bénie^ pour laquelle on orne un berceau, on prépare un lit,. on dispose un tabernacle pour recevoir et garder dignement un objet saint et sacré. Ce que j'ai vu est tout à fait inexprimable, car j'ai vu en sainte Anne le berceau du salut de tous les hommes, et, en même temps, un tabernacle saint et caché dont le rideau
avait été tiré, et toute cette connaissance était en même temps naturelle et céleste. — Je vis qu'à cette époque Anne était âgée d'environ quarante.-trois ans.
Quand elle se fut levée, elle alluma la lampe, se mit en prières, et ne tarda pas à partir pour Jérusalem avec ses dons. Ce même jour, tous les habitants de la maison se sentirent pénétrés d'une joie extraordinaire, bien qu'ils ne sussent rien de l'apparition de l'ange. .
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JOACHIM CONSOLÉ PAR l'ANGE.
Vers le même temps, je vis Joachim, au milieu de ses troupeaux sur le mont Hermon, au delà du Jourdain, adresser à Dieu des prières ardentes et continuelles. Il ne pouvait voir les petits agneaux bondir en bêlant autour de leurs mères, sans penser avec douleur qu'il n'avait pas d'enfant; cependant il ne tit jamais connaître à ses bergers la cause de sa douleur. Comme on allait arriver à la fête des Tabernacles, il dressa avec eux les tentes ou cabanes de feuillage. Tandis qu'il priait, hésitant à se rendre comme d'ordinaire à Jérusalem pour la fête, à cause de l'affront qui lui avait été fait lors de son dernier sacrifice, je vis un ange du Seigneur lui apparaître et lui dire d'aller au temple sans s'inquiéter davantage; car son offrande serait reçue et sa prière exaucée, il rencontrerait sa femme sous la porte dorée. Je le vis retourner joyeux à ses troupeaux, — oh! comme ils étaient beaux et nombreux! — et en faire de nouveau trois parts. Conservant la moindre pour lui, il envoya la seconde aux esséniens, et conduisit luimême avec ses serviteurs la troisième à Jérusalem.