CHAPITRE QUATORZIÈME
analogue à celle que l'on avait célébrée lors du départ de la Vierge pour le temple. La lampe était allumée au-dessus de la table. Joachim ne vivait plus, la maison était dirigée par le second époux de sainte Anne. La fille ainée de la sainte, Marie d'Héli, était présente à cette fête. L'âne fut déchargé, on avait l'intention de s'arrêter ici quelque temps. Tous étaient dans la joie à cause du petit enfant Jésus. Mais cette joie était grave et retenue; en général, j'ai vu tous ces saints personnages exercer sur euxmêmes un empire remarquable. Plusieurs prêtres âgés étaient également présents. On fit un petit repas ; ainsi que je l'ai toujours remarqué en pareille circonstance, les femmes mangèrent dans une autre salle que les hommes.
QUELQUES JOURS APRÈS. — J'ai encorc vu la sainte famille chez Anne. Il s'y trouve plusieurs femmes : la fille aînée de sainte Anne, Marie d'Héh, avec sa fille Marie Cléophas, de plus une femme de la ville où demeure Elisabeth, et la servante qui a été visiter Marie à Bethléem. Après la mort de son époux qui lui avait causé de grands chagrins, celle-ci prit la résolution de ne plus se remarier et se fixa chez Élisabeth à Jota, où Marie la trouva, lors de sa visite à sa cousine. Ce fut de Jota qu'elle se rendit auprès de sainte Anne. — J'ai vu aujourd'hui saint Joseph charger un grand nombre d'effets sur sa monture; il prit les devants avec les ânes, il y en avait deux ou trois; la servante f accompagna à Nazareth.
Je ne me rappelle pas dans le détail ce que j'ai vu aujourd'hui chez sainte Anne, mais je dois y avoir été fortement impressionnée, car j'ai eu à y exercer un ministère spirituel dont peut-être je ne me rends plus maintenant un compte exact. Avant d'aller chez sainte Anne, je me suis trouvée en esprit auprès de deux jeunes époux qui pourvoient à l'entretien de
leur vieille mère; mais ils sont atteints d'une maladie mortelle, et s'ils ne guérissent pas, la pauvre femme sera réduite à la dernière misère; je connais cette malheureuse famille, mais il y a longtemps que je n'ai entendu parler d'elle. — Dans les grandes nécessités, j'ai toujours recours à l'intercession de sainte Anne; comme donc, dans la vision, je me trouvais chez elle, j'ai rémarqué que, malgré la saison, les arbres de son jardin, bien que dépouillés de leurs feuilles, étaient encore chargés de poires, de prunes et d'autres fruits. J'ai pu les cueillir en reparlant, et je les ai portés aux pauvres malades qui ont ainsi recouvré la santé. J'ai pu en donner aussi à un grand nombre d'àmes du purgatoire, connues ou inconnues, auxquelles ils ont procuré de grands soulagements.
Ces fruits désignent sans doute les grâces obtenues par l'invocation de sainte Anne. J'ai craint d'abord qu'ils ne m'annonçassent de grandes souffrances, de grandes épreuves, ainsi qu'il m'arrive toujours à la suite des visions dans lesquelles je cueille des fruits dans les jardins des saints ; car il faut absolument les payer. Je ne me rappelle plus bien pourquoi je les ai cueiUis dans le jardin de sainte Anne plutôt que dans tout autre. Peut-être ces infortunés, aussi bien les défunts que les autres, étaient-ils confiés à la protection maternelle de sainte Anne, de telle façon que les fruits de grâces dont ils avaient besoin devaient être cueillis dans son jardin; peut-être encore était-ce parce qu'elle vient spécialement au secours de ceux qui se trouvent dans de grandes nécessités, ainsi que je l'ai souvent expérimenté.
Comme on l'interrogeait sur l'aspect que présentait la Palestine durant cette partie de l'année, elle répondit :
J'oubUe toujours d'en parler, parce que tout se pré-, sente à moi si naturellement que je m'imagine toujours que chacun voit ce que je vois moi-même. Je