CHAPITRE QUINZIÈME
il était accablé par le sommeil et il se recoucha aussitôt. Le jeune homme l'ayant pris^par la main et soulevé un peu, Joseph s'éveilla pleinement et s'habilla ; le jeune homme disparut aussitôt. Le saint s'approcha de la lampe qui brûlait devant le foyer au milieu de la maison et alluma sa propre lampe. Alors frappant à la porte de la Vierge, il lui demanda humblement s'il pouvait entrer. Je le vis faire quelques pas en avant et s'entretenir avec elle à travers le paravent qui les séparait; bientôt je le vis dans l'écurie auprès de l'àne, et de là dans une chambre où l'on conservait des objets de différente nature; il faisait les préparatifs du voyage. Après que Joseph s'était éloigné, la Vierge s'était habillée et disposée pour le voyage. Puis, allant chez sa mère, elle lui communiqua les ordres divins : Anne se leva aussitôt, Marie d'Héli et son enfant en firent autant de leur côté. Quant à Tenfant Jésus, on le laissa encore dormir quelque temps. La volonté de Dieu était tout pour ces saints personnages: aussi, malgré la tristesse dont leurs cœurs étaient remplis, firent-ils immédiatement tous les préparatifs nécessaires au lieu de se laisser aller à la douleur de la séparation. Marie prit avec elle encore moins d'objets qu'elle n'en avait apporté de Bethléem. On se borna à disposer un peu de linge avec quelques couvertures que l'on apporta à saint Joseph, qui s'était chargé de faire les paquets. Tout se fit rapidement et sans bruit, ainsi qu'il arrive quand on veut cacher un départ brusque et mystérieux. Bientôt Marie alla chercher l'enfant Jésus, et son empressement fut tel qu'elle n'eut pas le temps de le changer de vêtements. Le moment de la séparation était donc arrivé; je ne saurais assez dire combien je fus touchée de la douleur de sainte Anne et de Marie d'Héli. Elles pressèrent en pleurant Yenfant Jésus contre leur cœur, et le petit garçon lui-
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même le couvrit de baisers. Anne embrassa la Vierge à plusieurs reprises et pleura amèrement, comme si elle ne devait plus la revoif. Marie d'Héli se jeta à terre et pleura beaucoup. Il n'était pas encore minuit quand ils quittèrent la maison. Anne et sa fille ainée accompagnèrent Marie à pied jusqu'à une certaine distance de Nazareth. Joseph arriva bientôt avec son âne. On devait passer à gauche de la maison de sainte Anne. Marie tenait dans ses bras l'enfant Jésus soigneusement emmaillotté et retenu par un grand linge noué autour du cou de sa mère. Elle avait un long manteau qui l'enveloppait ainsi que l'enfant, et un grand voile carré, ramassé par derrière autour de la tête, mais qui retombait à longs plis sur les côtés. Ils étaient déjà à quelque distance de la ville quand Joseph arriva avec son âne, qui portait sur le dos une outre avec de l'eau et une corbeille à plusieurs compartiments avec des petits pains, des oiseaux vivants et de petits cruchons. Le paquet de bardes et les quelques couvertures avaient été placés sur les côtés de la selle qui avait un double appui pour les pieds. On s'embrassa encore en pleurant beaucoup, Anne bénit la sainte Vierge, Marie monta sur l'animal que Joseph tenait par la bride, et on se mit en route.
Au moment où elle parla de la douleur de sainte Anne et de Marie d'Héli, la sœur Emmerich pleura beaucoup ellemême; elle ajouta qu'elle avait également pleuré abondamment pendant la nuit, tandis qu'elle avait eu celte yision.