CHAPITRE QUINZIÈME
ressentie eu regardant l'enfant. Elle reçut la sainte famille non point sans bienveillance, mais avec une grande réserve. Les saints voyageurs s'assirent }3ar terre dans un coin et commencèrent à manger des provisions qu'ils avaient avec eux. D'abord leurs hôtes furent pénétrés de crainte, ce qui ne leur était pas ordinaire ; ils restaient à distance, ils finirent cependant par se rapprocher. Je vis aussi aller et venir d'autres de ces gens qui avaient mis à l'abri l'âne de saint Joseph; ils devinrent plus confiants, s'approchèrent des voyageurs et leur adressèrent la parole. La femme apporta à la Vierge des petits pains avec du mid et des fruits, ainsi que des coupes remphes de je ne sais quelle liqueur. Du bois brûlait dans un trou creusé à l'une des extrémités de la chambre. La femme disposa pour la Vierge une partie de l'habitation, et sur sa demande lui apporta un grand vase plein d'eau pour baigner l'enfant Jésus. Elle lava aussi ses langes et les fit sécher auprès du feu.
Cependant l'homme était tellement touché qu'il dit à sa femme: « Cet enfant n'est pas un enfant ordinaire, c'est un enfant saint : demande à sa mère de nous permettre de baigner notre petit lépreux dans l'eau avec laquelle elle l'a lavé; cela, le guérira peut-être. » Au moment où elle s'approcha de la Vierge pour lui adresser sa demande, Marie lui proposa d'elle-même, sans qu'elle eût à parler, de baigner son petit lépreux dans cette eau. Bientôt je la vis apportant dans les bras un enfant âgé d'environ trois ans. La lèpre avait produit sur lui des ravages tels qu'on ne pouvait plus distinguer les traits du visage, son corps entier n'était plus qu'une plaie. L'eau dans laquelle Jésus avait été baigné était plus nette qu'avant le bain ; à peine le jeune enfant y eut-il été déposé, que les écailles se détachant tombèrent au fond de l'eau : il était parfaitement pur.
La mère ne se possédait plus de bonheur; elle voulait embrasser Marie et l'enfant; mais Marie la repoussa doucement de la main et ne lui permit pas de la toucher non plus que l'enfant Jésus. Elle lui dit ensuite de faire creuser un puits jusqu'à la roche, et d'y jeter l'eau du bain; elle communiquerait au puits une vertu également salutaire. Elle s'entretint longuement avec elle, et je crois que cette pauvre femme finit par lui promettre de renoncer, aussitôt qu'elle le pourrait, à sa vie criminelle. Le père et . la mère furent extrêmement heureux de la guérison de leur enfant; dans la nuit, plusieurs de leurs compagnons étant venus leur parler, ils leur montrèrent l'enfant et leur racontèrent le prodige dont ils avaient été favorisés; alors les nouveaux venus, au nombre desquels il y avait des enfants, entourèrent les voyageurs et les regardèrent avec étonnement.
Je fus d'autant plus étonnée de voir les brigands traiter la sainte famille avec tant de respect, que la nuit même où ils reçurent de si saints hôtes, je les vis arrêter d'autres voyageurs attirés dans le piège par la lueur trompeuse, et les conduire dans une grande caverne, plus avant dans la forêt. La caverne dont l'entrée était cachée, et qui était toute couverte d'herbes et d'arbustes, de façon à ce qu'on ne pouvait soupçonner son existence, m'a paru être leur résidence ordinaire. J'ai vu dans cette caverne plusieurs entants de sept à neuf ans, qui avaient été ravis à leur famille, et avec eux une vieille femme chargée de les garder et de leur donner à manger. J'ai vu apporter des habillements, des tapis, de la viande, des chevreaux, des moutons, des bœufs et d'autres objets également dérobés. La caverne était très-spacieuse, et tout s'y trouvait en abondance.
Marie n'a guère dormi de toute celle nuit, je Tai vue presque tout le temps assise sur son lit. Le ma-