CHAPITRE QUINZIÈME
Xîî.
montagnes. — nuit passée chez des brigands. — guérison d'un petit lépreux.
La sainte famille fit ensuite un mille à l'est, en longeant la voie principale. Le nom de la dernière localité entre la Judée et le désert où ils se sont arrêtés m'a semblé être Mora; j'ai pensé alors au lieu de naissance de sainte Anne, mais ce n'est pas le même endroit. Les habitants étaient méchants et abandonnés, les fugitifs ne purentobtenir d'eux aucune espèce de rafraîchissements. De là ils arrivèrent à un grand désert; il n'y avait plus de route tracée, ils ignoraient même la direction à suivre et ne savaient comment se tirer d'embarras. Au bout de quelque temps, ils arrivèrent à des hauteurs obscures et sauvages. Les voyageurs furent un instant très-inquiets, ils se mirent à genoux et implorèrent le secours du Ciel. Bientôt cependant plusieurs animaux sauvages de haute taille se réunirent autour d'eux; je fus d'abord effrayée en les voyant, mais ils n'étaient pas méchants et regardaient même les voyageurs avec amitié, absolument comme le chien de mon confesseur quand il accompagnait son maître chez moi. Je compris qu'ils avaient été envoyés pour montrer la route aux voyageurs. Ils regardèrent du côté de la montagne, coururent de ce côté, puis revinrent sur leurs pas, ainsi que fait un chien qui veut conduire quelqu'un. Enfin je vis la sainte famille suivre ces animaux, franchir une montagne (1) et arriver dans un pays sauvage et inhospitalier.
Il faisait sombre, ils longèrent un bois. A quelque
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distance du chemin et en avant du bois je vis une misérable cabane et non loin de la cabane une lumière attachée à un arbre, on pouvait la voir à distance, et elle semblait destinée à attirer les voyageurs. Le chemin était difficile et coupé par des fossés; il y avait aussi des trous et des fossés autour delà cabane; de plus, aux endroits les plus praticables du chemin, on avait tendu des fils en partie dissimulés. Ils correspondaient à une sonnette aboutissant à la cabane que les voyageurs mettaient en mouvement sans le savoir; ainsi avertis, les brigands (car telle était l'industrie des gens de la cabane) arrivaient et dépouillaient les voyageurs. Leur cabane était mobile et ne se trouvait pas toujours à la même place; on la portait d'un lieu à l'autre, suivant que les circonstances le demandaient.
Au moment où les voyageurs approchèrent de la lumière trompeuse, je vis auprès d'eux le chef des brigands et cinq de ses compagnons. D'abord ils étaient mal disposés, mais je vis que quand le chef eut regardé le divin enfant, un éclair traversa son cœur comme une flèche, et il ordonna à ses gens de ne faire aucun mal aux voyageurs. La Vierge vit aussi ce trait mystérieux percer le cœur du brigand, ainsi qu'elle le dit plus tard à Anne la prophétesse (i). Le brigand conduisit la sainte famille à sa cabane en la faisant passer par les endroits les plus dangereux du chemin. Il était nuit, on trouva dans la cabane la femme du chef et deux enfanls. Le brigand fit part à sa femme de l'impression extraordinaire qu'il avait
(1) Nous empruntons tout cet épisode, ainsi que bien d'autres détails relatifs a la fuile en Egypte, à ce que la Sœur rappela des entreliens du Sauveur avec le vieil essénien Eiiiul qui l'accompagna de Nazareth à Vendroit où il devait recevoir le baplème de Jean, eî lui «dit qu'il avait appris ces déîails d'Anne la prophétesse-, elle-même les tenait de la sainte Vierge. (Voir à ce sujet la Fie de Notre-Sei'' gneuv; tom. I, cliap. in, p. 66.)