‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 252 sur 304 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

ce même berceau. Marie était à côté de lui et s'occupait à tricoter; je remarquai auprès d'elle une petite corbeille. Trois femmes lui faisaient alors compagnie.

Les hommes qui demeuraient dans cette ville en: ruine, étaient habillés absolument de la même façon que les ouvriers employés à tisser le coton, queje vis le jour où j'allai au-devant des mages; seulement ils avaient autour du corps des tabliers comme des jupons fort courts. Il n'y avait là qu'un petit nombre de Juifs ; je les ai vus aller de côté et d'autre avec précaution, comme s'ils n'avaient pas le droit de se fixer en cet endroit.

Au nord d'Héliopolis, entre cette ville et le Nil qui y formait plusieurs branches, se trouvait le pays de Gessen; il y avait là une bourgade où demeuraient^ entre des canaux, un certain nombre de Juifs dont les principes religieux s'étaient singulièrement altérés. Plusieurs de ces Juifs furent en rapport avec la sainte famille, et Marie exécuta pour eux différents travaux manuels, c'était ainsi qu'elle se procurait du pain et pourvoyait à son entretien. Les Juifs du pays de Gessen avaient un temple, qu'ils comparaient à celui de Salomon, bien qu'il fût tout différent.

J'ai vu la sainte famille à Héliopolis. Ils demeuraient encore auprès du temple païen, sous la voûte d'une épaisse muraille. Joseph avait construit non loin de là un oratoire, où les Juifs du pays se réunissaient pour prier avec lui ; auparavant ils n'avaient pas d'oratoire commun. Je remarquai dans sa partie supérieure une coupole légère que l'on pouvait ouvrir, de sorte que l'on se trouvait alors à ciel découvert. Oi> voyait au centre de l'oratoire une table ou autel avec un double tapis, l'un rouge et" l'autre blanc; elle supportait des rouleaux des saintes Ecritures. Le prêtre, ou docteur du lieu, était un vieillard respectable. Ici les hommes et les femmes

étaient moins rigoureusement séparés pour ie cuUe qu'ils ne l'étaient en Palestine. Cependant les hommes se tenaient d'un côté et les femmes de l'autre. Je vis la Vierge le jour où elle se rendit pour la première fois à l'oratoire avec l'enfant Jésus. Elle était assise par terre, accoudée sur un bras ; l'enfant avec une tunique bleu de ciel était assis devant elle^ elle lui apprit à joindre ses petites mains devant sa poitrine; Joseph était debout derrière elle, ainsi qu'il le fait toujours, bien que les hommes et les femmes debout ou assis formassent des groupes distincts, les uns d'un côté de la salle et les autres de l'autre côté. On me montra spécialement l'enfant Jésus qui était déjà grand et que d'autres enfants venaient fréquemment visiter. Il parlait et courait déjà, il était très-souvent avec saint Joseph et l'accompagnait même quand il allait travailler dehors. Il avait une petite tunique, de la forme d'une chemisf, faite ou tissée d'une seule pièce. Comme ils demeuraient à proximité du temple et que plusieurs idoles y avaient été renversées, comme d'ailleurs on se rappelait que c'était à leur arrivée que l'idole de la porte avait été détruite, bien des gens attribuèrent ces différents accidents à la colère du Ciel contre eux, et ils furent ainsi exposés à des vexations de différente nature.

Page 1