CHAPITRE SEIZIÈME
mît à chanter les psaumes suivant l'usage, car le culte avait singulièrement dégénéré. Il n'y avait là qu'un petit nombre de Juifs pauvres qui demeuraient dans de misérables trous et dans des fossés. Au contraire, la ville juive entre On et le Nil renfermait un grand nombre d'habitants, il s'y trouvait même un temple réguhèrement bâti; mais ces infortunés s'étaient abandonnés à d'affreuses superstitions, ils avaient un veau d'or, un personnage avec une tête de bœuf, et alentour un certain nombre de petits animaux, semblables à des putois, avec un dais au-dessus de chacun; c'étaient de ces animaux qui défendaient l'homme contre le crocodile (1). Ils avaient aussi une représentation de l'arche d'aUiance, mais elle renfermait des objets affreux. Leur culte était épouvantable; ils se livraient dans un étroit souterrain aux débauches les plus honteuses, s'imaginant travailler par là à l'avènement du Messie; ils étaient singulièrement attachés à leurs idées et ne voulaient pas entendre parler d'amendement. Il venait à Matarée un certain nombre de ces malheureux; leur localité n'en était guère éloignée que de deux lieues; seulement les canaux et les digues qui coupaient le chemin ne leur permettaient pas de suivre la route directe, ils faisaient un détour et passaient par On.
Les Juifs du pays de Gessen avaient fait à On la connaissance de la sainte famille, et Marie continua ici à travailler pour eux, cousant, brodant, tricotant. Elle refusait toujours de travailler à des objets frivoles ou par lesquels on se proposait de plaire, ne confectionnant que des objets décents ou destinés au culte. Souvent je voyais des femmes la prier de leur faire des colifichets à la mode ou propres à flatter leur vanité; elle s'y refusait toujours, quelque grands
(f) L'ichneumon.
que lussent ses besoins; je vis aussi qu'à ce propos ces femmes parlaient d'elle en fort mauvaise part.