CHAPITRE SEIZIÈME
on déposait et on brûlait les victimes. Cet événement excita un grand émoi parmi les prêtres idolâtres qui arrêtèrent et menacèrent les voyageurs. Mais l'un de ces prêtres dit aux autres qu'il valait mieux qu'on se recommandât à leur Dieu : ils devaient se rappeler ce que leurs ancêtres avaient eu à souffrir pour avoir persécuté ce même peuple, et comment, la nuit qui précéda leur départ de l'Egypte, tous les premiersnés avaient été frappés de mort dans ^ les maisons. Grâce à cet avis, on renvoya la sainte famille sans rinquiéter davantage.
Ils allèrent alors jusqu'à Troïa, localité située à l'est du Nil, en face de Memphis. C'était une ville importante, mais très-boueuse; ils songeaient à s'y fixer, mais on ne les y reçut pas; ils ne purent même pas obtenir quelques dattes et un peu d'eau qu'ils avaient demandés. Memphis était à l'ouest du Nil, en cet endroit le fleuve était très-large et formait plusieurs îles. Un quartier de la ville était bâti en deçà du fleuve, il y avait aussi de ce même côté, au temps de Pharaon, un palais magnifique avec des jardins et une haute tour, de laquelle la fille de^ Pharaon aimait à examiner ce qui se passait aux environs. J'ai vu aussi l'endroit où Moise enfant fut trouvé au milieu des roseaux. Memphis semblait formée de trois villes agglomérées et bâties soit en deçà, soit au delà du fleuve; Babylone qui se trouvait à l'est du fleuve en descendant semblait aussi s'y rattacher. Pour mieux dire, au temps de Pharaon, la région qui avoisinait le Nil entre Héliopolis, Memphis et Babylone était tellement reliée par des digues énormes, des édifices et des canaux que le îout semblait ne former qu'une seule et même ville. Au temps de la fuite en Egypte ces mêmes villes étaient isolées et même séparées par des raines immenses. De Troie ils reprirent la direction du nord en descendant le fleuve du côté de
Babylone, ville rainée, mal bâtie et boueuse. En contournant cette ville, ils revinrent un peu sur leurs pas et revirent des lieux qu'ils avaient déjà parcourus. Ensuite ils côtoyèrent le fleuve en suivant la digue que le Sauveur, dans le voyage qu'il fit en Arabie et en Egypte après la résurrection de Lazare, devait passer quelque temps avant de se réunir à ses disciples au puits de Jacob, près de Sichem. Ils descendirent le fleuve pendant deux heures environ. Le chemin était cà et là couvert de ruines qui les arrêtaient. Ils durent aussi passer un petit bras du fleuve ou un canal et arrivèrent ensuite à une localité qui s'appela plus tard Matarée, je ne me rappelle pas le nom qu'elle portait à cette époque; elle n'était pas éloignée d'Héliopolis. Celte localité, bâtie sur une langue de terre, de telle façon que l'eau la baignait de part et d'autre, était tout à Mi ruinée; la plupart des habitations qu'on y voyait de loin en loin étaient faites de bois de dattier et d'argile pétrie et couverte de roseaux, de sorte que Joseph put trouver à s'employer. Il bâtit des cabanes de clayonnage solide avec des galeries sur lesquelles on pouvait se promener. Là ils occupèrent une voûte obscure dans un endroit isolé, du [côté de la terre et non loin de la porte par laquelle ils étaient entrés. Il s'y bàtit aussi un vestibule léger en avant de la voûte. Je remarquai que l'idole d'un petit temple voisin |tomba encore à leur arrivée, plus tard il en fut de même de toutes les idoles de la localité. Là aussi un prêtre calma le peuple en lui rappelant les plaies d'Egypte. Plus tard, quand un petit nombre de Juifs et de paiens convertis se turent réunis autour d'eux, les prêtres leur abandonnèrent le petit temple dont l'idole s'était renversée lors de leur entrée, et Joseph en fit une synagogue. Il était comme le père de la petite colonie; il obtint que l'on se re-