CHAPITRE SEIZIÈME
neuT, que- certaines familles avaient au temple, ainsi toutes les familles n'avaient pas le droit d'y faire relever leurs enfants. Je me rappelle, à cette occasion, avoir vu une fois un enfant dont j'ai oublié le nom (je crois que c'était un fils de roi), élevé au temple par les soins d'Anne la prophétesse. Zacharie seul fut tué entre ceux qui prirent part à la discussion; son père s'appelait Barachias (i). Je vis encore qu'on retrouva plus tard les restes de ce Zacharie, maisje ne me rappelle pas bien les circonstances.
Au temps où il lui sembla que son mari devait revenir de Jérusalem, Elisabeth revint elle-même à Jota. Jean l'accompagna une partie de la route; puis elle le bénit et le baisa au front : alors il se hâta de regagner le désert avec la plus grande résolution. Arrivée chez elle, Elisabeth y trouva la triste nouvelle de la mort de son mari. Elle pleura beaucoup et fut si affligée qu'elle était incapable de trouver le moindre repos; elle alla se fixer au désert auprès de son fils et y mourut peu de temps après, et avant que la sainte famille fût revenue de l'Egypte. L'essénien du mont Horeb, qui prenait toujours soin de Jean- Baptiste, l'enterra au désert.
Jean-Baptiste s'enfonça davantage dans le désert; il quitta la solitude rocailleuse qu'il avait quelque temps habitée pour un pays plus ouvert, je l'ai vu s'avancer dans le désert jusqu'à un petit lac. Le sable voisin était blanc, et la rive basse et égale; il pénétra assez avant dans l'eau et les poissons s'approchèrent hardiment de lui : il était très-familier avec eux. Il vécut assez longtemps en cet endroit, et je vis qu'il s'y fit dans le bois un abri pour la nuit
(1) Au momonl où elle parla de ce Zacharie tué entre le temple et l'autel et des jcirconstaiices qui avaieet amené sa mort, elle avait à lutter contre le sommeil extatique, de là le peu de netteté de ces communications.
avec quelques brauches d'arbre ; cet abri était bas et étroit, il n'avait que ce qu'il lui fallait de place pour s'y coucher. Alors et plus tard, j'ai vu très-fréquemment autour de lui des formes lumineuses ou des anges avec lesquels il conversait humblement, mais aussi avec la franchise naïve d'un enfant pieux. Il avait alors une petite traverse attachée à son bâton, de manière à figurer une croix; il y fixa aussi, en guise d'étendard, un morceau d'étoffe ou d'écorce qu'il se plaisait à faire flotter au gré du vent. — La maison de Zacharie à Jota, près d'Hébron, était alors occupée par une nièce d'Elisabeth. Elle était bien bâtie et bien tenue. Jean, devenu plus grand, y revint encore en secret; puis il s'enfonça de plus en plus au désert, jusqu'au temps où il apparut au milieu des hommes, ainsi que je le dirai plus tard.