CHAPITRE SEIZIÈME
Elle avait à la main un bâton terminé par une petite pelle, comme en portent les voyageurs dans ce pays; elle en Irappa la terre au pied de l'arbre, et il en sortit aussitôt un filet d'eau limpide. Pleine de joie, elle appela aussitôt saint Joseph qui, creusant la terre à cet endroit, découvrit la source qui avait autrefois été maçonnée, mais qui depuis avait été obstruée et oubliée. Joseph la rétablit et mit des pierres à l'issue; il y avait là, à l'endroit même par lequel vint la Vierge, une grosse pierre, assez semblable à un autel, je crois même qu elle avait autrelbis servi d'autel, mais je ne me rappelle plus les détails.
Souvent, par la suite, j'ai vu la Vierge faire sécher au soleil en cet endroit, après les avoir lavés, les vêtements de son divin Fils. L'existence de cette fontaine demeura inconnue et elle resta à l'usage exclusif de la sainte famille jusqu'à ce que le Sauveur fût assez grand pour faire différentes commissions, ainsi pour aller chercher de l'eau pour sa mère. A cet ùge^ je l'ai vu une fois conduire de jeunes enfants à la fontaine et leur donner à boire, au moyen d'une feuille dont il avait fait une sorte de vase. Les enfants en ayant parlé à leurs parents, d'autres personnes vinrent aussi chercher de l'eau à la fontaine; cependant elle fut toujours réservée presque exclusivement aux familles juives.
J'ai vu aussi l'enfant Jésus allant pour la première fois chercher de l'eau pour sa mère. Marie priait à genoux dans la salle voûtée ; il la quitta secrètement avec Foutre, se dirigea vers la fontaine et revint avec de l'eau; c'était la première fois. Marie fut très-émue au momentoù ellele vit rentrer, et elle le conjura toujours â genoux de ne plus le faire désormais, de peur de tomber à l'eau. Il lui promit d'y faire bien attention; cependant il avait toujours soin d'aller lui chercher de l'eau quand elle en avait besoin. Il rendait à ses-
parents avec beaucoup d'attenlioii et d'intelligence de petits services de ce genre. Ainsi quand Joseph travaillait dehors et qu'il avait oubhé un outil, il allait aussitôt le chercher ; il faisait attention à tout. Je me suis dit souvent que le bonheur qu'il leur procurait compensait surabondamment toutes leurs privations. J'ai vu souvent le divin enfant aller à la bourgade juive, située à un mille au moins de Matarée, porter l'ouvrage de sa mère et rapporter du pain. Les vilains animaux si nombreux dans ce pays ne lui faisaient pas le moindre mal, ils semblaient même lui témoigner de l'amitié. Je l'ai même vu jouer avec des serpents.
La première fois qu'il alla seul à la bourgade juive, — je ne saurais dire s'il avait alors cinq ou sept ans, ~ il portait pour la première fois une petite robe brunâtre, avec une rangée de fleurs jaunes, que la Vierge lui avait faite. Je vis que sur le chemin il s'a genouilla pour prier et que deux anges, se montrant à lui, lui annoncèrent la mort d'Hérode le Grand. Il n'en dit rien à ses parents : je ne sais plus pourquoi, si ce fut par humilité, parce que les anges lui avaient recommandé de n'en rien dire, ou parce qu'il savait qu'ils ne devaient pas encore quitter l'Égypte. Une autre fois, je l'ai vu se rendre en la même bourgade avec quelques enfants juifs; a son retour, il pleura amèrement sur les égarements de ces pauvres gens.