‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 271 sur 304 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

avaient poursuivi l'enlant étaient morts; il devait se lever et se préparer à retourner en Palestine par la route ordinaire; il n'avait rien à craindre, car le Seigneur serait avec lui. Je vis que saint Joseph communiqua l'ordre de Dieu à la Vierge el à l'enfant Jésus, et que, dans leur obéissance parfaite, ils se préparèrent au départ aussi rapidement qu'ils Tavalent fait quand ils avaient reçu l'ordre de se rendre en Egypte.

Le lendemain matin, leur résolution étant connue^, un grand nombre de personnes vinrent tristement leur faire leurs adieux, et leur apportèrent des présents dans de petits vases d'osier. Ces bonnes gens étaient extrêmement afiligés. Plusieurs étaient juifs,, mais le plus grand nombre se composait de païens convertis; la plupart des Juifs de ce pays étaient tellement plongés dans l'idoialrie qu'ils n'étaient plus à reconnaître. Il y eut cependant des gens qui se réjouirent du départ de la sainte famille, ils voyaient en eux des magiciens qui pouvaient tout, grâce aux plus puissants des mauvais esprits.

Parmi les gens excellents qui vinrent leur apporter des souvenirs, je remarquai des mères avec leurs enfants et en particulier une femme distinguée de la ville avec un petit garçon de quelques années,, qu'elle appelait l'enfant de Marie; car elle l'avait demande durant un grand nombre d'années, et Dieu le lui avait donné à la prière de la sainte Vierge; cette femme s'appelait Mira, et son fils Déodatus (l). J'ai vu qu'elle donna à l'enlant Jésus des pièces de monnaie triangulaires, jaunes, blanches et brunâtres ; Jésus, en les recevant, regarda sa mère.

(1) Quand elle vit le Sauveur, au retour de son grand voyage, traverser une partie de l'Egypte pour rejoindre ses disciples au puits, de Jacob, elle dit qu'il prit comme disciple ce jeune néodatuso Voir la Fie de Notre- Seigneur^ tom. VI, cliap. xix, p. 37.

Quand Joseph eut mis sur son âne les objets les plus précieux, ils se mirent en route accompagnés de tous leurs amis. L'àne était encore celui qui avait fait le voyage de Bethléem : dans la fuite en Egypte, ils avaient encore avec eux une ânesse que Joseph dut vendre dans une nécessité pressante. Ils passèrent entre On et la bourgade juive, et se portèrent au sud d'On, vers la source qui avait jailK, à la demande de Marie, avant leur arrivée à On ou Héliopolis; tout, aux environs, était couvert d'une charmante verdure. L'eau de la source arrosait un jardin carré entouré de baumiers en guise de haie. Ce jardin, dont je remarquai l'entrée, était bien aussi spacieux que le manège du duc (1); j'ai vu au miheu de jeunes arbres à fruits ainsi que des dattiers et des sycomores; les baumiers étaient déjà presque aussi grands que des vignes ordinaires. Joseph avait fait de petits vases d'écorce, enduits de poix à certaines places, mais unis et charmants. Souvent, quand ils s'arrêtaient dans leurs voyages, il faisaitde ces vases qai servaient à différents usages. 11 arracha auxbranches rougeâtres des baumiers leurs feuilles qui ontla forme du trèfle, et ysuspendit deces petits vases, afin de recueillir lahqueur rafraîchissante, qui devait leur servir dans le voyage. Ils passèrent encore plusieurs heures en cet endroit, après que leurs amis leur eurent fait leurs adieux avec beaucoup de témoignages damitié. La Vierge lava et fit sécher un peu de hnge; ils burent de l'eau rafraîchissante de la source et en remplirent leur outre. Je les vis bientôt après arriver à la grande •route.

J'ai vu différentes scènes de ce voyage, sans que jamais je les aie vus exposés au momdre danger. L'enfant Jésus, Marie et Joseph avaient sur la tête

(1) Le manège du duc de Croï, à Dulmen.

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un léger chapeau d'écorce d'arbre, avec un mouchoir attaché sous le menton pour se préserver des ardeurs du soleil. Jésus avait sa tunique brunâtre et portait des souliers entiers d'écorce que Joseph lui avait faits ; ils étaient attachés à mi-jambe. Pour Marie, elle n'avait que des sandales. Souvent elle s'inquiétait en voyant combien le divin Enfant avait à souffrir de cette marche dans un désert brûlant; souvent ils devaient s'arrêter et le débarrasser du sable qui remplissait ses souliers; parfois aussi il était obligé de monter sur l'âne, afin de se reposer un peu. Je les ai vus traverser certaines villes et en côtoyer d'autres. Les noms de ces villes me sont échappés, cependant je me rappelle encore celui de Ramsès; ils passèrent aussi un cours d'eau qu'ils avaient dû franchir en arrivant; il va de la mer Rouge au Nil.

Joseph ne désirait pas retourner à Nazareth, il aurait mieux aimé se fixer à Bethléem, sa patrie. Cependant il hésitait encore, parce qu'il avait appris en terre sainte que la Judée avait pour roi Archélaûs, lequel était très méchant. Je vis la sainte famille s'arrêter trois mois entiers à Gaza, où se trouvaient alors un grand nombre de païens. Cependant un ange apparut de nouveau à Joseph pendant son sommeil et lui prescrivit de retourner à Nazareth, ce qu'il fit aussitôt. — Anne vivait encore ; ainsi que plusieurs personnes de la famille , elle avait eu des nouvelles de Marie et de Joseph depuis leur départ. Le retour de l'Egypte eut lieu en septembre. L'enfant Jésus avait alors huit ans moins trois semaines.

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