‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 270 sur 304 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Cette femme avait dérobé ce trésor de famille^ comme autrefois Rachel les dieux de Laban, et l'avai'^ vendu- en Egypte pour une grosse somme d'argent; il était ainsi tombé entre les mains du roi et des prêtres. Cet objet singulier, comprenant un nombre considérable de petites pièces d'or triangulaires, représentait les généalogies des enfants de Noé et surtout de la descendance de Sem jusqu'au temps d'Abraham. On eût dit l'un des côtés d'une balance avec ses chaînes et un double plateau, l'un en haut et l'autre en bas. Les chaines étaient formées de petits triangles en or ajoutés l'un à l'autre, chacun étant consacré à l'un des membres de la famille dont il portait le nom ; les différentes chaines, parlant toutes du centre du couvercle ou plateau supérieur, s'engageaient dans le plateau inférieur, quand on les laissait retomber avec le couvercle : les deux parties entrant l'une dans l'autre, on avait ainsi une espèce de boite. Les triangles étaient épais et jaunâtres, les membres intermédiaires minces et blanchâtres, comme de l'argent; ils étaient très-brillants. Plusieurs pièces d'argent se rattachaient souvent à une même pièce d'or. J'ai su, mais j'ai oublié, à combien de sicles, c'était une manière de compter, le tout correspondait. Les prêtres égyptiens avaient essayé de calculer les généalogies au moyen de ces indications; mais ils avaient eu beau recommencer toujours, ils n'avaient pu arriver à un résultat satisfaisant.

Quand Abraham arriva dans ce pays, les Egyptiens, grâce à leurs astrologues et à leurs prophé tesses magiques, savaient bien des choses qui le concernaient; ainsi on savait qu1l était, comme sa femme, d'une race illustre et qu'il devait être le père d'un peuple choisi. Dans leurs études magiques, ils recherchaient toujours les races les plus nobles, et ils

s'efforçaient de contracter des alliances avec elles ; Satan lui-même les portait à des actes de violence ei d'immoralité, afin de déshonorer ces races saintes.

Abraham, craignant d'être mis à mort par les Egyptiens à cause de la beauté de Sara sa femme, | l'avait donnée comme sa sœur ; et cela était vrai, car elle était sa demi-sœur, étant née du mariage de Tharé, son père, avec une autre femme (Ij. Le roi d'Egypte fit amener Sara en son palais et voulut la prendre pour sa femme. Abraham et Sara furent alors très-tristes et implorèrent la protection divine ; et Dieu punit le roi qui fut frappé par la maladie, ainsi que toutes ses femmes et la plupart des femmes de la ville. Le prince, effrayé, prit des informations et sut que Sara était sa femme ; alors il la lui rendit, en les priant de quitter VEgypie aussitôt, car il avait reconnu que leurs dieux les protégeaient.

Les Egyptiens formaient un peuple singulier. D'un côté ils étaient très-vaniteux et se considéraient comme les plus grands et les plus sages de tous les hommes; mais d'autre part ils étaient lâches et timides; ainsi ils faiblissaient dès lors qu'ils croyaient que quelque génie supérieur leur était contraire. Cela provenait de ce qu'ils n'étaient pas sûrs de leur science, qu'ils devaient en grande partie à des conjectures fortuites et hasardées, qui conduisaient sou- Vent à des résultats faux et contradictoires. Gomme ils croyaient sans peine à tout ce qui était prodigieux!, ils s'intimidaient facilement en présence d'un résultat contraire.

Abraham avait demandé humblement du froment au roi et lui avait parlé comme à un père des peuples, ce qui lui gagna ses bonnes grâces, aussi le prince l'avait-il comblé de présents. Quand il lui

(1) Geness. xx, 12.

GHAPITRE SEIZIÈME.

rendit Sara et qu'il le pria de quitter l'Egypte, Abraham lui répondit qu'il ne pouvait le faire sans emporter l'indicateur généalogique qui lui appartenait, et il lui apprit comment cet objet précieux était passé en Egypte. Le prince ayant réuni les prêtres, ils lui rendirent, sans se faire prier, l'objet qui lui appartenait, seulement ils le- supplièrent de leur permettre de le copier, ce qu'il fit. — Bientôt .Abraham retourna avec sa suite dans la terre de Ghanaan.

J'ai encore vu de nombreux détails sur l'histoire du puits de Matarée, jusqu'à ces derniers temps ; voici tout ce que je m'en rappelle encore. Dès le temps de la sainte famille, il fut utilement employé contre la lèpre. Beaucoup plus, tard, et après que Fon eut bâti une petite église sur l'emplacement de l'habitation de la Vierge (un escalier, placé auprès du grand autel, conduisait à la caverne où elle se logea jusqu'à ce que Joseph eût fini la petite habitation), j'ai vu un certain nombre de personnes établies autour de ce puits dont l'eau guérissait des différentes espèces de lèpre. J'ai vu également des hommes qui s'y baignaient pour être déhvrés d'autres maladies analogues; cela se faisait encore après que les Musulmans se furent établis dans le pays. J'ai encore vu que les Turcs entretenaient constamment une lampe dans l'église où la Vierge avait demeuré : ils craignaient toujours un malheur si elle venait à s'éteindre. A une époque plus rapprochée de nouSj j'ai vu le puits isolé, à une certaine distance des habitations. Il n'y avait plus de ville dans le voisinage, et on n'y voyait plus que des arbres à fruits sauvages.

RETOUR DE l'ÉGYPTE. — SÉJOUR DE TROIS MOIS A GAZA.

Enfin j'ai vu aussi la sainte famille quitter l'Egypte. Hérode était mort depuis quelque temps, cependant ils ne pouvaient revenir parce qu'il y avait toujours du danger. Le séjour de l'Egypte devenait de plus enplus pénible à saint Joseph. Les gens du pays avaient un culte abominable, ils offraient à leurs dieux même des enfants mal conformés, et ceux qui en sacrifiaient d'aulres croyaient accomplir en cela un acte de religion. En outre ils avaient des pratiques se-^ crêtes extrêmement immorales. Les Juifs de la bourgade juive n'étaient pas restés purs de ces excès. Ils avaient un temple qu'ils disaient être comme celui de Salomon, mais c'était une prétention ridicule, attendu qu'il ne lui ressemblait guère ; il renfermait une copie de l'arche d'alliance et des images infâmes, ils s'y livraient aussi à des pratiques obscènes; ils avaient cessé de chanter les psaumes. A l'école de, Matarée Joseph avait tout rétabli dans le bon ordre, et le prêtre idolâtre qui, dans la petite ville voisine d'Héliopohs, avait pris la défense de la sainte famille, alors que les idoles avaient été renversées^ était venu s'établir là avec plusieurs familles et s'était réuni à la petite communauté juive.

Je vis saint Joseph occupé des travaux de son état; le soir approchait, il était extrêmement triste, on ne lui payait pas son salaire, il n'avait absolument rien à reporter chez lui où cependant on manquait de tout. Dans sa douleur, il s'agenouilla en un coin,, en plein air, confia à Dieu ses angoisses et implora son secours. La nuit suivante, un ange se présenta à lui pendant son sommeil, et lui dit que ceux qui

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