‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 278 sur 304 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

VOYAGE ET MALADIE DE LA VIERGE A JÉRUSALEM — ON RÉPAND LE BRUIT DE SA MORT.

Au bout de trois ans passés à Ephèse, Marie sentit un vif désir de revoir Jérusalem; elle y fut conduite par Jean et par Pierre. Je crois que plusieurs apôtres s'y trouvèrent réunis; ainsi j'ai vu Thomas, il me semble qu'on y tint un concile et que Marie les aida de ses conseils (l).

A son arrivée et avant son entrée à Jérusalem, je la vis visiter le soir, au crépuscule, le mont des Oliviers, le Calvaire, le Saint-Sépulcre et les autres lieux saints, voisins de la ville. Elle était si affligée et émue de compassion qu'elle pouvait à peine se tenir debout, et que Pierre et Jean durent la soutenir sous les bras et l'emmener.

Une autre fois, c'était un an et demi avant sa mort, elle alla encore d'Ephèse à Jérusalem; je l'ai vue, vers le soir, enveloppée d'un grand manteau, visiter les lieux saints avec les apôtres. Elle était extrêmement triste et ne cessait de dire en soupirant : « Mon fils, mon fils ! » Arrivée à la porte du palais près de laquelle elle avait aperçu Jésus tombant sous le poids de la croix, elle tomba elle-même à terre, sans mouvement, à ce douloureux souvenir, et ceux qui l'accompagnaient crurent qu'elle était morte. On la reconduisit sur la montagne de Sion, au Cénacle dont elle habitait alors la partie antérieure. Là, pendant plusieurs jours, elle fut si faible et si souffrante, elle

(1) Comme elle a dit antérieurement que Marie est allée deux fois d'Ephèse à Jérusalem, elle a pu confondre ces deux voyages, du moins en ce qui concerne le concile.

eut Lin si grand nombre d'évanouissemenis qu'on s'attendit souvent à la voir mourir et qu'on songea même à lui préparer un tombeau. — Elle choisit ellemême pour cela une grotte du mont des Oliviers, et les apôtres chargèrent un sculpteur chrétien d'y préparer un beau sépulcre (I ).

Pendant ce temps-là, on dit plusieurs fois qu'elle était morte, et la nouvelle de sa mort, de sa sépulture à Jérusalem se répandit en d'autres lieux. Au moment où le tombeau s'achevait, elle se trouva guérie et assez forte pour retourner chez elle à Ephèse^ où elle mourut réellement au bout de dix-huit mois. On eut en grande vénération le tombeau qu'on lui avait préparé sur le mont des Oliviers, plus tard on éleva une église au-dessus, et Jean-Damascène— c'est ainsi que je l'ai entendu nommer, quel est donc ce Jean Damascène? — écrivit, d'après la tradition, qu'elle était morte à Jérusalem et qu'elle y avait été mise dans le tombeau.

Dieu a voulu confier à la tradition, et à une tradition contestée, ces faits si importants cependant de la mort de la Vierge, de sa sépulture et de son assomplion, afin d'empêcher l'esprit païen, encore si puissant à cette époque, de faire invasion dans le christianisme; sans cela on en serait peut-être venu à faire de Marie une déesse.

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