CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
elle quelque chose d'extatique. Je l'ai vue quelques semaines seulement avant sa mort; elle semblait cassée et épuisée par les ans; sa servante la conduisait dans la maison..
Une fois j'ai vu saint Jean arriver chez elle ; il me parut aussi considérablement vieilli. Il était maigre eî. élancé ; au moment où il entra, il avait rattaché à la ceinture son long manteau blanc à larges plis. Il ôta sa ceinture et en mit une autre avec des lettres brodées qu'il tira de dessous sa robe; il s'attacha au bras une sorte de manipule et une étole. Bientôt la sainte Vierge, tout habillée de blanc, sortit de sa chambre à coucher, en s'appuyant sur le bras de sa servante. Son visage, blanc comme la neige, était presque translucide. Elle semblait pleine d'inspirations célestes. Depuis l'ascension de son divin Fils, tout, pour ainsi dire, dans sa personne, aspirait de plus en plus vers lui. Elle se rendit avec l'apôtre à l'oratoire ; elle tira un cordon ou une courroie, le tabernacle de la muraille tourna sur» lui-même, et on aperçut la croix qu'il renfermait. Après qu'ils eurent, l'un et l'autre, prié quelque temps au pied du crucifix, Jean se leva, tira de son sein une boîte de métal, l'ouvrit par l'un des côtés, et en retira une bourse de laine fine; un hnge blanc pUé qui s'y trouvait renfermait la sainte Eucharistie sous la forme d'un petit morceau de pain blanc carré ; alors il prononça quelques paroles avec une gravité solennelle, et présenta la sainte communion à la Vierge. Il ne lui donna pas le précieux sang.
Derrière la maison, à quelques pas du chemin et plus haut sur la montagne, la Vierge avait étabh une espèce de chemin de la croix. Pendant tout le temps qu'elle avait passé à Jérusalem après la mort du Sauveur, elle n'avait pas cessé de suivre avec larmes et compassion la voie douloureuse. Elle avait mesuré la
distance de tous les points importants de la voie où Jésus avait souffert, et son amour ne pouvait vivre sans la contemplation de celle voie de douleur.
Dès son arrivée dans le pays, elle se fit un devoir de parcourir chaque jour, en méditant les mystères de la passion, une partie de la montagne voisine. D'abord elle y alla seule, et mesura un certain nombre d'endroits destinés à lui rappeler ceux dans lesquels s'étaient passées les scènes principales de la passion. A chacun de ces endroits elle dressa une pierre, ou quand elle y trouvait un arbre, elle le marquait d'un signe particulier. Cette nouvelle voie douloureuse s'étendait jusqu'au petit bois; une colUne voisine figura le Calvaire, et une petite grotte, creusée dans une autre colline, le saint sépulcre. Quand elle euî ainsi mesuré son chemin de la croix et déterminé les douze stations, elle commença à le suivre avec sa servante, en se livrant à de pieuses méditations; à chaque station ellei s'asseyaient, elles considéraient le mystère et louâient Dieu de son amour, en versant des larmes de compassion. Bientôt la Vierge fit au chemin de la croix quelques modifications utiles, je la vis elle-même, un poinçon à la main, graver sur chaque pierre l'indication du mystère qu'elle représentait, le nombre de pas qui séparait cette station de la précédente et autres choses semblables. Je vis encore qu'on nettoya la grotte représentant le saint sépulcre et qu'on le disposa pour la prière. Les stalioiis du chemin de la croix n'étaient alors indiquées ni par des groupes sculptés, ni par des croix fixes ; mais seulement par des pierres avec des inscriptions, on y travaillait sans cesse, et avec le tempsle sentier devint moins raboteux et plus agréable à l'œil. Après la mort de la Vierge, j'ai encore vu cette voie douloureuse suivie par des chrétiens qui se prosternaient et baisaient le sol.