CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
Ils se trouvaient non dans une ville, mais dans deux de ces hôtelleries ouvertes, comme on en trouve sur les grandes routes dans les pays chauds. Pierre était appuyé contre un mur. Je vis s'approcher de lui un jeune homme lumineux qui, le prenant par la main, réveilla et lui dit de se lever et d'aller trouver la Vierge ; il rencontrerait André, son frère, sur le chemin. Je vis que Pierre, cassé par l'âge et ses grands travaux, se leva et s'agenouilla en se soutenant avec les mains, pour entendre ce que l'ange lui disait. A peine le messager céleste avait-il disparu qu'il se leva, prit son manteau, rattacha le bas de sa robe à sa ceinture, et se mit en route. Bientôt il rencontra son frère qui avait eu la même apparition; un peu plus loin, ils se réunirent à Thaddée qui avait reçu des avertissements analogues. Ce fut ainsi qu'ils arrivèrent chez la Vierge, où Jean se trouvait déjà.
Jacques le Majeur, dont je remarquai le visage allongé et paie ainsi que les cheveux noirs, arriva d'Espagne à Jérusalem avec plusieurs disciples, et passa quelque temps à Saron, près Joppé, où il reçut le même avis que les autres (1). Après la mort de la Vierge, il retourna à Jérusalem avec six autres et y trouva le martyre. Celui qui l'avait accusé se convertit, fut baptisé par lui et décapité en même temps. Judas, Thaddée et Simon étaient en Perse quand Ils reçurent l'ordre de venir à Ephèse.
(i) La sœur Emmerich a dit d'une manière si posi'ive, à plusieurs reprises différentes, que saint Jacques le Majeur mourut avant la Vierge et que par conséquent^ il ne put être auprès d'elle a Ephèse au moment de sa morl, qu'il faut nécessairement faire une observation au sujet de la présente vision sur la mort de la Vierge. Si saint Jacques le Majeur fut auprès d'elle en ce moment, ce ne fut que par une présence spirituelle, ou par Joseph Barsabé qui semble, en quelque soi te, a\oir recueilli sa succession et lui avoir été substitué. — Voir à ce sujet la note de l'Editeur de la Fie de Notre- Seigneur tom. VI, chap. xiv, p. 332.
Thomas avait la taille peu élevée ; ses cheveux étaient bruns; il était le plus éloigné de tous les apôtres, il n'arriva qu'après la mort de la Vierge. J'ai vu comment l'ange se présenta à lui. C'était dans un pays très-lointain. Il n'était pas alors dans une ville, mais dans une cabane laite de roseaux; il était en prière quand l'ange lui donna l'ordre d'aller à Ephèse. Je l'ai vu passer un fleuve très-large, seul, sur un frêle esquif, avec un serviteur dont j'admirai la simplicité ; ensuite il traversa les terres, sans toucher à aucune ville. Un autre disciple se joignit encore à lui. Il était dans les Indes quand il reçut l'avertissement céleste; quelque temps auparavant, il avait formé le projet d'aller plus au nord dans la Tartarie, et il ne pouvait se déterminer à renoncer à ce dessein ; il était toujours très-alTairé; aussi arriva-t-il souvent trop tard là où on l'attendait. Il s'avança au nord, du côté de la Chine, là où est maintenant la Russie; y étant arrivé, il reçut du ciel un second avertissement et dut se diriger sur Ephèse. Le serviteur qu'il avait avec lui était un Tartare qu'il avait baptisé; plus tard, il lui arriva quelque chose de remarquable que j'ai oublié. — Il ne retourna pas en Tartarie après la mort de la Vierge. Il lut percé d'une lance dans les Indes. J'ai vu aussi qu'il avait dressé dans ce pays une pierre sur laquelle il s'agenouilla et pria, que les traces de ses genoux s'y imprimèrent et qu'il prédit que quand les Ilots de la mer la baigneraient, un envoyé du ciel viendrait en ce même pays prêcher Jésus-Christ.
Jean s'était trouvé peu auparavant à Jéricho; il voyageait très-souvent en Terre-Sainte. Il était fréquemment à Ephèse et aux environs; ce fut là que l'ange lui apparut. Barthélemi était en Asie, à l'est de la mer Rouge. Je remarquai qu'il était bien fait et d'une beauté remarquable. Son teint était