CHAPITRE TROISIÈME
grandir et se développer sous mes yeux. On y montait par des degrés, elle ressemblait à un trône, se iterminait par une haute tour et renfermait tous les trésors spirituels, tous les dons de la grâce; les neuf chœurs des anges l'entouraient. De l'un des côtés de cette tour, je vis, sur une sorte de frange formée de nuages dorés, des grappes de raisin et des épis de froment qui se mêlaient comme les doigts de deux mains entrelacées. Mais je ne saurais déterminer l'endroit précis du tableau où cet objet s'est montré à moi.
Ensuite j'ai vu apparaître dans le ciel une forme humaine, une vierge qui pénétra dans la tour et sembla se fondre avec elle; la tour était large et terminée par une plate-forme; elle me parut ouverte du côté par lequel la Vierge y entra. Ce n'était point la Vierge Marie dans le temps, mais dans l'éternité, en Dieu (l j. J'ai vu son image apparaître devant la sainte Trinité sous la forme d'une vapeur légère, comme l'haleine se condense devant la bouche d'où elle sort (2). J'ai vu encore une figure sortir de la sainte Trinité et se diriger vers la tour. Au même moment apparut au milieu des chœurs des anges une arche renfermant le saint des saints. Les anges travaillèrent tous à cet objet qui avait la forme d'une tour environnée d'un grand nombre de symboles mystérieux; il y avait de part et d'autre deux personnages qui se donnaient la main derrière elle. Ce vase spirituel se développait sans cesse et devenait de plus en plus riche et magnifique. Je vis donc un objet sortir de Dieu et tra-
{{) Voir le capitule des yêpres de l'office de la Vi(-rge pour îe samedi : inltio et ante sœcula creata sum, et usque ad futura sœcula non desiriam. (Eccl. xxiv.)
(2) Voir le passage suivant, que l'Eglise, depuis si longtemps^, applique a la Vierge dans ses offices : E(/o ex ore Altissimi prodivi^ primogenila ante omnetn creaturam^ ego feci in cœliSj ut oriretur lumen indefmens. Thronus meus in columna niihis^ etc. (Eccles. XXÏV, 5.)
verser les neuf chœurs des ong'es; cela me sembla être un nuage saint el lumineux qui me parut d'auftmt plus net qu'il se rapprochait davantage de l'arche dans laquelle il finit par entrer. Afin que je pusse comprendre que c'était une bénédiction substantielle de Dieu annonçant la grâce d'une famille pure et sans péché, le développement d'une plante sainte et sans tache, je la vis enfin, sous la forme d'une fève lumineuse, entrer dans l'arche qui ne larda pas à se réunir à la tour (l).
Je vis les anges travailler activement de l'un des côtés de ces apparitions; une suite d'images, semblables à des fanlômes trompeurs, sortirent de l'abîme, les anges luttèrent contre eux et les contraignirent à prendre la fuite; j'ai vu et oublié un grand nombre de scènes du même genre. Yoici ce que je
(1) Dans le cours de ses visions tant' historiques que symboliques, relatives, soit à rancien, soit au nouveau Testament, la pieuse narratrice a donné, touchant cette bénédiction, un grand nombre d'indications différentes que nous allons résumer ici, en saivant l'ordre chronologique. Celte bénédiction était celle par laquelle et avec laquelle Ève fut tirée du flanc droit de son époux. Cette bénédivtion. Dieu, par un dessein miséricordieux de sa providence ^ la retira à Adam au moment où il allait consentir au péché ; Abraham la reçut de l'ange, avec la promesse d'isaac, au moment de l'institution de la circoncision, el la transmit ensuite, dans une cérémonie mystérieuse et sacramentelle, à Isaac, son premier-né, duquel elle passa k Jacob. Enlevée à ce'ui-ci par l'ange qui lutta conlie lui, elle fut rendue à Joseph, en Egypte. Enfin, dans la nuit qui précéda la sortie de l'Egypte, Moïse remporta avec les ossements du patriarche, et elle devint dès lors le palladium du peuple juif, déposé dans l'arche d'alliance. — Nous avions transcrit pour Timpression avec beaucoup d'hésitation et d'anxiété ces communications si neuvçs de la pieuse fille, lorsqu'il nous fut dit que le Sohar (il ne fut rédigé qu'au second siècle de l'ère chrétienne, mais il renferme des fragments d'une époque antérieure) reproduit presque dans les mêmes termes ces indications et d'autres que l'on trouvera dans la suile de ces visions. Le lecteur, versé dans la connaissance de la littérature chaldaïque, peut s'en convaincre, en consultant les passages suivants : Par. Tol'doth, p. 340 et 335 ; B'reschith, p. 135; T'rumah-^ p. 251; etc., etc.