CHAPITRE TROIS ÎÈMË
talion grossière de la loi. Le chevreau qu'elle rapporta au lieu du salaire qu'elle aurait gagné par son travail, avait réellement été volé, ainsi que Tobie le savait, et lui avait été donné pour peu de chose. Tobie connaissait les vendeurs et en parla à sa femme, ce qui la contraria beaucoup, comme le montre son langage. Tout cela figurait ausgî le mépris que les pharisiens témoignèrent aux juifs pieux et aux esséniens, en particulier, leurs formes vides de sens et différentes choses analogues que je ne me rappelle pas très-bien. — L'Ange Raphaël n'offensa point la vérité en disant qu'il était Azarias, fils d'Ananias; car ces deux mots ne signifient pas autre chose que le secours du Seigneur sortant de la nuée du Seigneur (1). — Raphaël dirigeant le jeune Tobie rappelle les précautions admirables de la Providence pour conserver la bénédiction, la diriger et la faire arriver jusqu'à Anne et Joachim. — Dans la prière du vieux Tobie et celle de Sara, fille de Raguel, que je vis portées en même temps par les anges devant le trône de Dieu et exaucées, je vis les soupirs par lesquels la partie pieuse d'Israël et la fille de Sion demandaient à Dieu l'avènement du Messie, et les pleurs que Joachim et Anne répandirent en même temps, en deux endroits différents, pour obtenir du ciel l'enfant de la promesse. — La cécité du vieux père et les reproches que sa femme lui adressa à ce sujet me rappelèrent la stériUté de Joachim et l'affront qui lui fut fait au temple le jour où il y apporta ses présents. — Les sept époux de Sara, fille de Raguel, successivement étouffés par Satan, furent victimes de leur sensualité, car la jeune fille avait fait
(I) Cetle explication, à laquelle d'anciens commentateurs touchent sans s'y arrêler, est pariaitemeiit exacte, ainsi que le démontre la philolofjie biblique.
vœu de n'appartenir qu'à un époux chaste et craignant Dieu. Ils figuraient en même temps et ceux qui, en prenant place parmi les ancêtres du Sauveur selon la chair, ont retardé l'apparition de la Vierge sur la terre et par conséquent celle du Rédempteur, et les époques vides et ingrates de l'histoire du salut, et les prétendants que sainte Anne dut écarter pour épouser Joachim, qui devint le père de la Vierge. — Les paroles injurieuses que Sara s'entendit adresser par sa servante (1) figurent le mépris insolent que les païens et les juifs impies et incrédules témoignaient au peuple fidèle qui, de même que Sara, adressait au ciel des prières ardentes et continuelles. Elles me rappelèrent aussi l'insolence de cette servante qu'Anne venait de renvoyer au moment où elle adressa à Dieu la prière qui fut enfin exaucée. — Le poisson qui faiUit dévorer le jeune Tobie figure les attaques dirigées contre l'avènement du salut par les enfers, Fidolâtrie, le péché, ainsi que la longue stérilité de sainte Anne. — Le monstre mis à mort, son cœur, son foie, son fiel mis à part, ce dernier brûlé et s'évanouissant en fumée par les soins du jeune Tobie et de Sara, marquent très-bien la défaite du démon de la sensuahté qui avait étouffé ses premiers époux, ainsi que les bonnes œuvres et la continence qui valurent à Anne et à Joachim la grâce d'une heureuse fécondité. Je vis aussi que ces objets avaient avec la sainte Eucharistie un rapport mystérieux qu'il m'est actuellement impossible de déterminer. — Le fiel du poisson qui rend la vue au vieux Tobie représente les souffrances amères qui valurent aux Juifs prédestinés la grâce de reconnaître le salut et d'y participer, ainsi que la lumière pénétrant dans la région des ténèbres, grâce aux douleurs amères auxquelles le
(1) Tob., nij 7.