‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 57 sur 304 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Dix-sept semaines et deux jours après la conception de la Vierge, et par conséquent au milieu, moins cinq jours, de la grossesse de sainte Anne, j'ai vu cette sainte mère pendant la nuit étendue sur sa couche dans sa maison voisine de Nazareth. Un nuage lumineux l'ayant environné, il s'en détacha un rayon qui se porta vers le milieu de son côté, et la flamme mystérieuse passa en elle sous la forme d'un petit corps humain tout pénétré de lumière (1). Au même instant, je vis sainte Anne, tout environnée de lumière, se dresser sur sa couche. Elle fut comme ravie, il lui sembla que son cœur s'ouvrait comme un tabernacle et qu'elle y voyait une vierge lumineuse, de laquelle devait sortir le salut du monde entier.

Ce fut alors que le petit corps de l'enfant tressaillit pour la première fois sous son cœur maternel. Anne se leva de sa couche, s'habilla et fit part de sa joie à Joachim, et tous les deux rendirent grâces à Dieu. Je les vis prier dans le jardin sous l'arbre où l'ange avait consolé sainte Anne. Il me fut dit que la Vierge fat animée cinq jours avant les autres enfants, et qu'elle naquit douze jours plus tôt.

avant le temps, entendue de la simple complaisance de Dieu dans le choix qu'il a fait. Voir par exemple saint Bernardin de Sienne : Tu aiite omnem creaturaml in mente Dei prœdestinata fuisti , ut jDeum ijysum hommem ex tua carne procreares (Serm. 51, de Virg., artic. II, cap. 4); le bienheureux Albert-le- Grand : Mater Jiominum dignitate^ quia ipsa primogenita ante omnem creaturam (Super Missus est, 482/; Hugues de Saint-Cher : Prœparavit Deus omnem orbenij id est beatam Firginem quasi exemplar (In Psalm. xxiii, y. 4 et 3 ; le P. Salazar, j ésuil e cDmiim mundum producens Deus Mariam sibi contempïandam ideo proposuiti quia ex omnibus pure creatis operibus Bel prœstantissimum erat Maria .

[i) L'opinion suivant laquelle l'àme sercit unie au corps, non pas immédiatement après la conception, mais au bout d'un certain temps, a pour elle de bonnes autorités, bien qu'elle ne soit pai la plus commune. Voir saint Grégoire deNysse, édit, Morelj tom*^ IIj p. 25.

Déjà, quelques jours auparavant, Anne avait dil à Joachini que le temps de ses couches approchait. Elle envoya des messagers à Séphoris chez sa jeune sœur Maraha, dans la vallée de Zabulon, chez la veuve Enué, sœur d'Elisabeth, et àBethsaïda chez sa nièce, Marie Salonié, parce qu'elle désirait avoir auprès d'elle ces trois femmes. Je les ai vues en route; la veuve Enué était accompagnée d'un serviteur , et les deux autres le furent de leurs époux, qui retournèrent sur leurs pas, arrivés à une certaine distance de Nazareth. Le jour qui précéda celui des couches, Joachim envoya aux pâturages ses nombreux troupeaux et ne conserva des nouvelles servantes de sa ièmme que celles qui étaient nécessaires pour le service de la maison; il se rendit lui-même à son pâturage le plus voisin. La fille aînée d'Anne, Marie d'Héli, prit soin du ménage : elle pouvait alors avoir environ dix-neuf ans; elle s'était mariée à Cléophas, surveillant en chef des bergers de Joachim, duquel elle avait une petite fille, Marie Cléophas, alors âgée d'environ quatre ans. Joachim pria et choisit ses plus beaux agneaux, chevreaux et taureaux, et les fit conduire au temple par ses serviteurs comme sacrifice d'actions de grâces; il ne revint chez lui que dans la nuit. Je vis les trois femmes arriver vers le soir chez sainte Anne. Elles se rendirent tout d'abord à l'endroit même où elle se tenait, derrière le foyer, et elles l'embrassèrent. Après leur avoir annoncé sa déhvrance prochaine, elle récita debout avec elles un cantique dont voici un passage : « Loué soit Dieu le

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