‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 58 sur 304 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Seigneur : il a eu pitié de son peuple, il a racheté Israël; il a réalisé la promesse qu'il a faite à Adam, dans le paradis; l'enfant né de la femme doit écraser la tête du serpent. » Mais je ne saurais en bien indiquer la suite.

Anne était comme ravie hors d'elle-même; elle parcourut dans ce psaume toutes les figures de la Vierge; elle dit en particulier : « Le germe que Dieu a donné à Abraham, a mûri dans mon sein. » Elle rappela Isaac promis à Sara, et dit: « C'est en moi qu'a fleuri la verge d'Aaron. » Je la vis ensuite comme toute pénétrée de lumière. Je vis la chambre inondée de clartés, et au-dessus l'échelle de Jacob. Ses parentes étaient toutes saisies d'un étonnement joyeux et comme ravies hors d'elles-mêmes, je crois qu'elles virent aussi l'apparition.

Ce ne fut qu'après cette prière faite en commun que l'on présenta aux nouvelles venues une petite réfection consistant en pain, fruits et eau mêlée à du baume. Elles mangèrent et burent debout, puis elles se couchèrent jusque vers minuit, afin de se reposer un peu des fatigues du voyage. Anne resta levée pour prier; vers minuit elle éveilla ses parentes pour s'unir è elle. Elles la suivirent derrière un rideau où se trouvait l'oratoire. Anne ouvrit la porte d'une petite armoire qui renfermait dans une boîte un objet mystérieux, ïl y avait de part et d'autres des luminaires, je ne saurais dire si c'étaient des lampes. On les tira d'une sorte d'ttui, et on mit au-dessous de petits appuis pour les empêcher de tomber. On alluma les flambeaux ou les lampes. Un escabeau rembourré était au pied de cette espèce de petit autel. Il y avait dans cette boite des cheveux de Sara pour laquelle sainte Anne avait une grande vénération, des ossements de Joseph que Moïse avait apportés de l'Egypte, quelque chose de Tobie (c'était, si

je ne me trompe, un morceau de ses vêlements) enfin la petite coupe blanche et brillante, en l'orme de poire, dans laquelle Abraham avait bu lors de la bénédiction de l'ange et que Joachi n avait reçue de l'arche d'alliance avec la bénédiction. Je vois maintenant que cette bénédiction était du pain et du vin, qu'elle était un aliment, un fortifiant sacramentel.

Anne se mit à genoux devant la petite armoire; de ses trois parentes deux se placèrent à droite et à gauche et la troisième par derrière. Je vis en ce mo~ ment une lumière surnaturelle remplir la chambre et se condenser en enveloppant la sainte. Les femmes tombèrent la face contre terre comme hors d'ellesmêmes. I^a lumière, en entourant sainte Anne, prit tout à fait la forme du buisson ardent qui entoura Moïse sur le mont Horeb, si bien que la sainte disparut complètement à mes yeux. La flamme dirigeait ses rayons à l'intérieur, et je vis tout à coup Anne recevoir sur ses mains son enfant toute resplendissante, l'envelopper dans son manteau, la presser contre son cœur, puis la déposer sur l'escabeau en face du reliquaire et continuer à prier. Bientôt j'entendis l'enfant crier, et je vis que la mère tira de dessous son voile des langes pour l'envelopper. Elle l'enveloppa jusque sous les bras avec des linges rouges et gris, en laissant à nu la poitrine, les bras et la tête. En ce moment l'image du buisson ardent avait disparu.

Les femmes se levèrent et reçurent à leur grande surprise Tenfant dans les bras; elles répandirent des larmes de joie. Elles chantèrent encore un cantique, et Anne souleva l'enfant comme pour l'offrir à Dieu. Je vis encore la chambre remplie d'une grande lumière, et j'aperçus plusieurs anges qui chantaient le Gloria eiVAUeluia, j entendis même toutes les paroles ; ils annoncèrent que le vingtième jour l'enfant devait recevoir le nom de Marie. La mère alla alors à sa

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