CHAPITRE CINQUIÈME
d'or. Elles avaient aussi de petits manteaux bleu de ciel; elles étaient toutes chargées de guirlandes de fleurs, et avaient de petites couronnes autour du cou et des bras. Venaient ensuite les autres vierges et jeunes filles, habillées de difiérentes façons, mais toutes avec beaucoup de distinction; elles portaient de petits manteaux; enfin la marche était fermée par les autres femmes.
De l'hôtellerie des fêtes, on ne pouvait aller directement au temple; il fallait faire un circuit et passer par plusieurs rues. Tous se réjouissaient à la vue du beau cortège; à la porte de plusieurs maisons même on lui rendait des honneurs. Il y avait dans toute la personne de la jeune enfant quelque chose d'extraordinairement saint et touchant.
Au moment où le cortège arriva, je vis plusieurs serviteurs du temple occupés à soulever non sans peine une porte extrêmement haute et pesante et qui àvail l'éclat de l'or; elle était couverte de différents ornements, têtes d'animaux, grappes de raisin, épis de blé. C'était la porte dorée; le cortège passa par cette porte. Pour y arriver, il fallait gravir quinze degrés, mais je ne saurais dire s'il y avait plusieurs paliers. On voulut prendre Marie par la main, afin qu'elle pût monter plus facilement, mais elle n'y consentit pas; elle monta les degrés, sans chanceler, avec un joyeux empressement; les spectateurs de cette scène furent tous vivement émus.
Sous la porte, qui formait une arcade prolongée, ils furent reçus par Zacharie, Joachim et plusieurs prêtres à droite ; on les fit passer successivement dans plusieurs salles fort hautes, dans l'une desquelles un repas avait été préparé. Ce fut alors que le cortège se sépara. La plupart des femmes et des jeunes filles se rendirent au temple, à l'endroit où les femmes se tenaient pour la prière; Joachim et Zacharie se dis-
posèrent au sacrifice. Les prêlres adressèrent encore différenîes questions à la jeune fille dans l'une des salles dont on a parlé; et quand ils se furent retirés pleins d'admiration pour sa sagesse précoce, Anne revêtit la sainte enfant de la troisième, c'est-à-dire de la plus riche de ses parures, avec le manteau, le voile et la petite couronne que j'ai décrits à focca- Sîon de la fête célébrée chez sainte Anne(l).
Cependant Joachim avait accompagné les prêtres au lieu du sacrifice. Il prit du feu à un endroit particulier et vint se placer entre deux prêtres, à proximité de l'autel. Je suis actuellement trop souffrante et trop troublée pour pouvoir indiquer avec ordre la suite du sacrifice : voici cependant ce que je me rappelle encore. On ne pouvait approcher de l'autel que de trois côtés. Les chairs préparées pour le sacrifice n'étaient pas entassées en un même endroit; elles étaient séparées l'une dei'autre et formaient un rond. Des trois côtés libres de l'autel, on retirait des plaques en métal pour y déposer ce qui devait occuper le milieu ; car il était trop large pour qu'il fût possible d'y atteindre avec le bras. Aux quatre angles de l'autel étaient de petites colonnes creuses, en métal, sur lesquelles reposaient des conduits de cheminée, ou plutôt de larges entonnoirs en cuivre; ils se terminaient par des tuyaux, en forme de cornes, disposés de telle façon que la fumée, après s'être élevée dans ces tuyaux, venait passer au-dessus des ministres du sacrifice.
La victime de Joachim était en partie consumée
(i) U est a remarquer que le taberuacle, outre uu revêtement plus tjrossier, en avait trois pour les jours de fMe, et que îe plus beau, qu'on meitait a rintérieur, était également rouge et bleu. Ainsi la sainte Vierge, qui devait être la véritable arche d'alliance, avait un habillement pour les jours ordinaires, outre les trois plus riches. Voir sur les (liiférents revêtements de Farche d'alliance le livre de l Exode, XXVI, t-U.