CHAPITRE CINQUIÈME
quand sainte Anne se rendit avec la jeune fille richement parée et ses compagnes au parvis des femmes, qui était la partie du temple où les femmes se plaçaient pour prier. Ce parvis était séparé de l'autel des, holocaustes par un petit mur qui se terminait en haut par un grillage; toutefois il y avait une porte au milieu de la muraille. Le parvis des femmes allait en montant à partir de cette muraille, de façon qu'une partie des femmes, celles qui se trouvaient à l'extrémité, avaient vue sur l'autel; de plus, quand la porte était ouverte, d'autres femmes encore jouissaient du même avantage. Marie et les autres jeunes filles se placèrent devant sainte Anne, et les autres femmes de la famille à peu de distance de la porte. Dans une salle voisine, des jeunes garçons vêtus de blanc, attachés au service du temple, jouaient de la flûte et de la harpe.
Le sacrifice terminé, on dressa sous cette porte qui conduisait du parvis des femmes à la partie du temple qui comprenait l'autel des holocaustes, im autel mobile et recouvert, ou table de proposition (î), auquel on arrivait par quelques degrés. Zacharie et Joachim s'approchèrent avec un prêtre de cet autel, en avant duquel se tenaient un autre prêtre et des lévites, avec des rouleaux et tout ce qu'il fallait pour écrire. Ce fut alors qu'Anne présenta sa fille, en la tenant par la main; les enfants qui avaient accompagné Marie restèrent un peu en arrière. Marie s'agenouilla sur les degrés; Joachim et Anne lui mirent les mains sur la tête. Le prêtre lui coupa quelques cheveux qui furent brûlés sur un foyer. Le père et la mère prononcèrent quelques
(1) La table était placée sous cette porte parce que les femmes ne pouvaient pas aller plus loin. Saint Joachim avait passé sous l'arcade de cette porte avant de rencontrer sainte Anne dans le corridor souterrainj sainte Anne était venue par le côté opposé.
mots pour faire à Dieu la consécration de leur enfant. L'acte de l'offrande fut rédigé parles lévites. Pendant cette cérémonie, les jeunes filles chantèrent le psaume XLiye : Eructavit cor meim verbum boniim; et les prêtres, accompagnés des jeunes musiciens, le psaume XLix^ : Deus deoriim Bominus locutus est, . Bientôt je vis la jeune fille conduite par deux prêtres, qui la tenaient par la main, à la partie la plus élevée de la muraille qui séparait de la salle voisine le parvis du saint. Ils placèrent l'enfant dans une sorte de petite niche, pratiquée au milieu de la muraille, de telle façon qu'elle pût apercevoir dans le temple un certain nombre d'hommes placés dans un fort bel ordre, et qui me parurent également consacrés au Seigneur. Deux prêtres se tenaient à ses côtés; et plusieurs autres, sur les degrés qui conduisaient à la niche, récitaient à haute voix des prières qu'ils lisaient sur leurs rouleaux. Au delà tiu mur de séparation, un prêtre âgé et d'un rang supérieur, placé si haut qu'on le voyait à moitié, avait à ses côtés un autel pour l'offrande des parfums; il mit l'encens sur le brasier, et la fumée, s'élevant aussitôt, enveloppa la jeune enfant.
Pendant cette cérémonie, je vis autour de Marie un tableau mystérieux qui finit par remplir entièrement le temple et le faire disparaître à mes yeux. Je vis une gloire sous le cœur de Marie, et je vis que cette gloire enveloppait la promesse, la sainte bénédiction de Dieu. Elle me parut en quelque sorte entourée de l'arche de Noé, que dominait la tête de la Vierge. Bientôt je vis l'arche de Noé se transformer en l'arche d'alliance, puis celle-ci même être remplacée par l'image du temple. Quelque temps après ces formes disparurent; de la gloire sortit un calice, semblable à celui de la cène, qui vint se placer devant la poitrine de la Vierge, et sur ce calice j'a-