CHAPITRE GINQUiÈ^iK
voile de couleur brunâtre, lui firci]'. desrend rc les degrés et la conduisirent en une autre salle où elle fut reçue par dix jeunes filles du temple, mais plus âgées, qui jetèrent des fleurs devant elle. Derrière les jeunes filles étaient ses maîtresses : Noémi, tante maternelle de Lazare, Anne la prophétesse, et une troisième; les prêtres leur contièrent la jeune fille et se retirèrent aussitôt. Le père, la mère et les parents les plus proches avaient suivi la jeune fille dans cette salle ; les chants ayant cessé, Marie prit congé des siens. Joachim surtout fut extrêmement ému; il prit sa fille dans ses bras, la serra contre son cœur et lui dit en pleurant : « Mon enfant, pense devant Dieu aux besoins de mon âme. » Alors elle se rendit avec ses maîtresses et plusieurs jeunes filles à l'appartement des femmes, au nord du temple proprement dit. Elles habitaient des cellules pratiquées dans les épaisses murailles de l'édifice. De là des corridors et des escaliers tournants conduisaient à des cellules élevées qui avaient vue sur le Saint et le Saint des saints.
Le père et la mère et les autres parents de Marie retournèrent à la salle voisine de la porte dorée où ils s'étaient arrêtés d'abord et prirent un repas avec les prêtres; les femmes mangèrent à part dans une salle contiguë. J'ai oublié beaucoup de ce que j'ai vu et entendu, ainsi en particulier la raison précise pour laquelle la fête a été célébrée avec tant de magniticence et de solennité; cependant je me rappelle encore que ce fut l'effet d'une manifestation de la volonté divine. Les parents de la Vierge étaient opulents, et s'ils vivaient pauvrement, c'était uniquement pour se mortifier et faire des aumônes plus abondantes. Je ne saurais plus dire pendant combien de temps Anne ne prit que des aliments froids; quant à leurs gens, ils vivaient trèslargement et ils recevaient d eux des dots pour s'éta-
î52 VIE DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE.
blir. J'ai encore vu au temple bien des Juifs qnï priaient; beaucoup de personnes avaient accompagné le cortège jusqu'à la porte du temple. Il faut que plusieurs des personnes présentes aient eu le pressentiment de la destinée de la sainte Vierge; car je me rappelle encore quelques mots que sainte Anne adressa à d'autres femmes avec une expression de joie céleste et qui revenait à ceci : « L'arche d'alliance, le vase de la promesse est maintenant dans le temple. »
Le père, la mère et les autres parents de Marie sont retournés aujourd'hui jusqu'à Béthoron.
Je vis encore une le te chez les jeunes filles consacrées au service du temple. Conformément à l'usage étabU, Marie dut demander tour à tour aux maîtresses et aux jeunes filles si elles consentaient à l'agréer parmi elles. Ensuite elles prirent ensemble un repas auquel succédèrent des danses. Elles se placèrent par deux en face l'une de l'autre et formèrent ainsi des croix et d'autres figures réguhères. Il n'y avait dans cette danse rien de sautillant, c'était plutôt une sorte de menuet; j'y remarquai à plusieurs reprises des balancements du corps analogues aux mouvements que font les Juifs pendant la prière. Plusieurs des jeunes filles jouaient de leurs instruments, c'étaient des flûtes, des triangles et des clochettes. Je remarquai surtout un instrument dont le son, d'ailleurs très-doux, était nouveau pour moi. C'était une petite boîte, dont les côtés disposés obhquement étaient garnis de cordes que l'on pinçait. Au milieu de la boîte étaient de petits soufflets qui , quand on les pressait tantôt par le haut et tantôt parle bas, mettaient en mouvement des tuyaux, les uns droits et les autres recourbés, dont le son se mêlait à celui de la guitare. La jeune musicienne avait l'instrument sur les genoux.
Quand le soir fut venu, je vis Noémi conduire Marie