CHAPITRE SÏXIÈMK
La Vierge étant arrivée à l'âge de quatorze ans et étant sur le point de quitter le temple avec sept de ses compagnes, je vis que sainte Anne vint au temple pour lui faire visite. Joachim était mort, et Anne, pour obéir à une révélation divine, avait pris un second époux. Je vis que, quand on annonça à Marie qu'elle devait quitter le temple et se marier, elle déclara aux prêtres, avec une grande émotion, qu'elle ne songeait pas à quitter le temple, elle s'était consacrée à Dieu seul et ne désirait aucunement se marier; mais on lui répondit qu'elle devait nécessairement se marier (i). Là-dessus je la vis, dans sa cellule, adres-
avons cependant des ^sreuves de leur existence dans l'autorité de i'Eglise qui a établi la fête de la Présentation de Marie au temple, dans la bible et dans plusieurs écrivains de Fantiquité. Au lemps de Moïse d'abord [Exod., xxxviii, 8), puis a la fin de la domination des juges (/ Eefj., u, 22) on trouve des femmes ou des jeunes filles occupées au service de Dieu. Le psaume 68^ mentionne en particulier les jeunes musiciennes jouant des timbales durant la procession, lors de la translation de l'arche d'alliance sur la montagne de Sion, Il est parlé de jeunes filles olfertes et élevées au tempLpdans saint Evodius, disciple des apôtres et successeur de saint Pierre à Anlioche; malheureusement la lettre qui renferme ce témoignage n'est rapportée que par un écrivain assez récent, Nicéphore, lequel parle a celte occasion des années que la Viei'ge passa au temple;, dans saint Grégoire de Nysse, saint Jean Daniascène, etc. Enfin le rabbhi Asa/jah, dans son ouvrage : Imre Binah, chap. 60, dit que les jeunes tilles consacrées au service du temple observaient une continence rigoureuse et menaient la vie commune : on a ainsi un> témoignage rabbinique à citer en preuve de rexistence des jeunes filles affectées au service du temple.
[i) Généralement, dans fancien Testament, la virginité n'est pas considérée comme un état méritoire, et l'on ne trouve aucune trace du vœu de virginité dans le grand nombre de vœux cités dans la Mhchna, comme étant en usage chez les Juifs. Aussi longtemps qu'on attendait le Sauveur promis, l'état qui devait natureltement paraître le plus heureux et le plus agréable à Dieu était celui d'une femme entourée d'une nombreuse famille. 11 est dit dans le psaume 126^ : « Ceux que Dieu aime, il leur donnera en héritage un grand nombre d'enfants; la fécondité est la récompense qu'il donne à ses saints. » Antérieurement déj^ Dieu avait dit a son peuple : « Tu
ser à Dieu de ferventes prières. Je me rappelle avoir vu que, au milieu de sa prière, souffrant extrêmement de la soif, elle descendit auprès d'une fontaine avec une petite cruche pour puiser de l'eau, et que là elle entendit, sans aucune apparition extérieure, une voix qui lui fit connaître la volonté du Ciel, la consola et lui donna le courage de consentir au mariage qu'on lui proposait. Ce n'était point l'annonciation, car j'ai vu ce mystère avoir lieu plus tard et à Nazareth. J'ai dit quelquefois sans doute que j'avais vu en cette circonstance l'image d'un ange, parce que, dans ma jeunesse, je confondais cette vision avec l'annonciation et je supposais que celle-ci avait eu lieu au temple (1). Je vis aussi qu'iin prêtre fort âgé et qui ne pouvait plus marcher, — je crois que c'était le
«eras béni parmi toutes les nations de la terre; il n'y aura pas chez toi de stérile d'un sexe ou de l'autre. » [Deuter., vu, lA). On comprend ainsi comment les prêtres ont pu hésiter à accepter le vœu de la Vierge, bien qu'à cette époque beaucoup de personnes vécussent dans la virginité, surtout chez les esséniens.
(1) Nous croyons devoir attirer l'attention du lecteur sur un passage du Protévangile de saint Jacques. On voit dans ce livre apocryphe et rejeté par l'Eglise, que Marie fut conduite à Jérusalem par plusieurs de ses compagnes. Elles avaient emporté du temple des fils de différentes couleurs qu'elles devaient filer, le sort attribua à la Vierge des fils de pourpre et d'écarlate. Ayant pris sa petite cruche, elle sortit pour puiser de l'eau; tout à coup une voix lui dit : « Je vous salue^ Marie. » Elle regarda à droite et à gauche pour savoir d'où venait cette voix; puis, étant rentrée tout effrayée, elle déposa sa cruche, prit la pourpre et s'assit pour travailler, lorsque tout à coup l'ange du Seigneur parut devant elle et lui dit : « Ne craignez rien, ô Marie, etc. » On retrouve donc dans fapocryphe la voix que Marie entend au moment oii elle va puiser de l'eau; seulement la scène se passe à Nazareth, et elle est intimement liée au mystère de F incarnation. — On retrouve à peu près les mêmes détails dans un autre apocryphe publié par Tiiilo d'après un manuscrit latin de la bibliothèque impériale de Paris et qui est intitulé : Histoire de saint JoacJiim et de sainte Anne, de la naissance de la bienheureuse Marie Mère de Dieu tonjoîirs vierge et de Venfant du Sauveur. Seulement ici il y a un intervalle de trois jours entre la voix auprès du puits et f apparition de fange.