CHAPITRE SIXIÈME
grand-prêtre, — se fit porter par d'autres prêtres sur un siège en avant du Saint des saints, et que, tandis qu'on faisait brûler des parfums sur l'autel, il lut des prières sur un rouleau de parchemin placé devant lui sur un pupitre. Je vis ensuite qu'ayant été ravi en esprit, il eut une vision et qu'une main inconnue vint iui mettre l'index sur ce passage du prophète Isaïe : « Une branche sortira de la racine de Jessé, une fleur s'élèvera sur sa tige (1). » Quand il fut revenu à lui, il lut ce passage et reconnut une prescription divine.
Je vis ensuite qu'on envoya des messagers dans tout le pays d'alentour et qu'on convoqua au temple les hommes non mariés de la tribu de David. Quand ils furent tous réunis au temple en habits de fête , on leur présenta la Vierge ; je remarquai parmi eux un pieux jeune homme des environs de Bethléem; il avait toujours demandé au Ciel avec une ferveur extraordinaire l'accomplissement de la promesse, et je vis dans son cœur un vif désir de devenir l'époux de la Vierge. Marie, cependant étant retournée dans sa cellule, se répandit en larmes; elle ne pouvait penser qu'elle dût jamais cesser d'être vierge. Cependant le grand-prêtre, conformément aux avertissements qu'il avait reçus intérieurement, donna un rameau à chacun des jeunes hommes présents; chacun devait y mettre son nom et le tenir à la main pendant la prière et le sacrifice. Quand la cérémonie fut terminée, on réunit les rameaux, on les déposa sur un autel en face du saint des saints, et on annonça aux jeunes hommes que celui d'entre eux dont le rameau fleurirait, était appelé par Dieu à devenir l'époux de la jeune Marie de Nazareth. Tandis que les rameaux étaient ainsi placés devant le Saint des saints, oncon-
(1) Isai., XI, \.
liniia le sacrifice et la prière: je vis ce même jeune homme, dont j'ai maintenant oublié le nom( i), adresser à Dieu, les bras étendus, une fervenle prière dans l'une des salles du temple ; il éclata en sanglots, lorsque, après le temps marqué, on leur rendit leurs rameaux et qu'on leur annonça qu'aucune fleur n'avait paru et que par conséquent aucun d'eux n'était appelé à devenir l'époux de la jeune vierge. Les jeunes hommes retournèrent aussitôt dans leur patrie; pour lui, il se dirigea vers le mont Garmel, se réunit aux enfants des prophètes qui, depuis l'époque d'Elie, y vivaient de la vie solitaire, et s'occupa presque uniquement à demander à Dieu par de ferventes prières la réalisation de la promesse.
Là-dessus les prêtres, au temple, se mirent de nouveau à parcourir les tables généalogiques pour voir s'ils n'y trouveraient pas quelque descendant de David dont le nom eût échappé à leurs recherches (2). Ayant trouvé indiqués six frères de Bethléem, l'un desquels était oublié et semblait avoir perdu tous ses droits, ils firent des recherches touchant le domicile de saint Joseph, et le trouvèrent enfin non loin de Samarie, dans une localité située sur un petit cours d'eau; il demeurait seul sur le bord de l'eau et tra-
(j) La tradition lui donne le nom d'Agabus; dans le fameux tableau des noces de la sainte Vierge de Raphaël, connu sous le nom de Sposalizie, il est représenté sous les traits d'un jeune homme qui brise son bâton contre son genou.
(2) On croit d'ordipaire que les registres des généalogies étaient conservés par les familles ; mais il est vraisemblable que le sacerdoce veillait à leur conservation et à leur rédaction ; on serait en droit de le conclure du rôle important que ces généalogies jouaient dans l'ordre politique. Au reste, des documents anciens prouvent que, du moins à partir de la captivité de Rabylone, on conservait au temple des registres généalogiques. Voir Lightjoof^ Horœ hehr.y tom. l,p. 1785 ed. Carpzov., et Otho, lex Rahbinico-philol.. 1825, p. 2i0.