L'IMMACULÉE CONCEPTION
Toutes les choses qui doivent être sort décrétées et déterminées avec leurs Propriétés et jeurs circonstances, au tribunal de la volonté divine, comme dans je principe :‘cessaire et dans la cause universelle de tout ce qui est créé, sans qu'aucune y soit oubliée, ni qu'après avoir été déterminée, elle puisse être empêchée par aucune Puissance créée, L'univers
les, sans avoir jamais ni laissé ni pu laisser manquer un seul point requis. Dieu à fait tout ce qui est créé, et il Je soutient par sa seule volonté: i] dépeid de Ini de conserver l'être qu'il a douné à toutes choses, ou de le Jui ôter, les réduisant au néant, d'où il les à tirées. Mais comme il les a toutes créées pour sa gloire et pour celle du Verbe incarné, il à eu soin, dès le commencement de la création, d'ouvrir et de disposer les voies par où le même Verbe devait descendre Pour se revêtir
de la chair humaine et pour converser avec les hommes, afir de les conduire à Dieu et de leur apprendre, à le connaître, À le craindre et à le servir, à l'aimer, et à mériter d'en jouir et de le louer éternellement.
Son saint Nom a été admirable par toute la terre et glorifié au milieu de la société des saints qu'il avait choisis pour en faire au Verbe incarné, un peuple dont il devait être le chef. Tout était prêt, tout avait été convenablement réglé suivant les dispositions de la divine Providence ; :e temps qu’elle avait déterminé pour la création de cette femme merveilleuse, qui apparut dans le ciel revêtue du soleil, s'approchait.
La divine Sagesse avait préparé toutes choses pour séparer de la masse corrompue de la nature humaine la Mère de la grâce. Le nombre fixé des patriarches et des prophètes était déj’, atteint et complet; on pouvait voir les hautes montagnes su: lesquelles cette cité mystique de Dieu se devait édifier. Le Très-Haut, pour la doter et l'enrichir, lui avait préparé par la puissance de sa droite les trésors inestimables de sa divinité. Il lui tenait tout prêts, pour sa garnison et pour sa garde, mille anges chargés de servir leur Reine et maîtresse en sujets très fidèles. Il établit la lignée toute noble et toute royale dont elle descendrait ; et il choisit les parents très saints et très parfaits dont elle naîtrait, sans qu'il fût possible d'en trouver de plus saints durant ce siècle; car s'il y en eût eu de plus grands et de plus dignes d’être les parents de Celle que Dieu lui-même prenait pour Mère, on ne saurait douter qu'il ne les eût choisis.
Ils les prévint des grâces et des bénédictions de sa droite les plus abondantes et les enrichit de toutes sortes de vertus, des illustrations les plus spéciales de la science divine et de tous les dons du Saint-Esprit. Après qu'il leur eût annoncé qu'ils auraient une Fille admirable et bénie entre toutes les femmes, l'ouvrage de la première conception, c'est-à-dire de celle du très pur corps de Marie s'exécuta. Ses parents avaient, quand ils se marièrent, sainte Anne vingt-quatre ans, et saint Joachim quarante-six. Vingt années se passèrent après leur mariage sans qu'ils eussent des enfants, et ainsi la mère avait, au temps de la conception de la fille, quarante-quatre
ans et le père soixante-six. Elle eut lieu selon l'ordre commun des autres conceptions; mais la vertu du Très-Huat la préserva de ce qui aurait pu s'y trouver d'imparfait et de désordonné, en n'y laissant que les conditions nécessaires de la nature, afin que le corps le plus exce tenu à une simple créature, fection.
lent qui ait jamais upparfat formé sans la moindre imper-
Les bienheureux parents de l'auguste Vierge furent par la grâce dans cette innocente Conception, et la grâce en éloigna tellement toute sorte de sensualité que l'aiguillon du péché originel n'y eut aucune part et qu'il ne s'y tr cune trace des etfets qui accompagne hommes. Les circonstances de cette très pure conception n’étant dès lors entachées d'aucune imperfection, les causes secondes en furent très méritoires. Par cor quent, il fut très-simple que le péché restât tout à fait étranger à cette conception, telle que la divine Providence l'avait réglée par une voie estraordinaire, dont elle avait réservé le bénétice exclusivement à celle qui devrait être sa très digne Mère.
Le Très-Haut créa l'âme de sa Mère et l'infusa dans son Corps; et en recevant cette pure créature au nombre de ses habitants, le monde eut le bonheur de recevoir la plus sainte, la plus parfaite et la plus agréable aux yeux de la Majesté divine qui ait été créée et puisse être créée jusqu'à la fin du monde. L'âme bienheureuse de l'incomparable Marie fut rem-
plie au même instant de grâces et de dons qui l'élevèrent andessus des plus hauts séraphins,
où elle ait été privée de la lumiè
guidés
ouva aunt la conception desautres
11 n’y eut donc aucun moment re, de la faveur et de l'amour de son Créateur ; aucun moment où la tache et les ténèbres péché originel aient pu l’atteindre Elle fut, au contraire, €
du d'une manière quelconque, réée avec une justice plus partaite et plus éminente que celle qu'Adum et Eve reçurent lors de leur création, L'usage d’une raison parfaite, et proportionnée aux dons spirituels qu'elle obtenait, lui fut ces dons ne fussent pas inutile sent des effets si admirable Souveraines complaisances.
aussi accordée, afin que s un seul instant et qu'ils opérass que le Créateur y pût prendre de
J'avoue que les communications et les lumières que je reçois sur ce grand mystère me ravissent et me confondent; mon cœur, dans l'impuissance où je suis d'exprimer ce qu'il ressent, se livre tout entier aux transports de sant silence à ma langue.
Au temps de l'infusion de l'âme dans le corps de l'auguste Vierge, le Très-Haut voulut que sa mère, sainte Anne, ressentit et reconnût d’une manière merveilleuse la présence de Ja Divinité: elle fut remplie du Saint-Esprit et Pénétrée intimement de tant de joie et d’une dévotion si vive et si au-dessus de ses forces ordinaires, qu'elle fut ravie en une extase très sublime, où elle puisa de très hautes notions sur les mystères les plus cachés, et cél‘bra le Seigneur par de nouveaux cantiques d'allégresse.
Dieu dirigea le torrent impétueux de sa Divinité vers cette cité mystique, l'âme très sainte de Marie, pour la réjouir et l'enrichir de la plénitude de ses bénédictions Jes plus abondantes: elles découlaient, comme d’une source inépuisable, de la sagesse infinie et de l'immense bonté du Très-Haut qui avait déterminé de déposer en cette divine Reine les plus grands trésors de grâce et de vertu qui aient jamais été donnés ou doivent l'être pendant toute l'éternité à aucune autre créature. Quand l'heure arriva de les lui distribuer, c'est-à-dire à l’instant même où elle reçut l'être naturel, le Tout-Puissant satisfit le désir qu’il réprimait en quelque sorte dès son éternité, en attendant le temps convenable pour accomplir la promesse qu'il avait faite à son amour. À cet effet, ce très fidèle Seigneur répandit dans la très sainte âme de Marie, au moment de sa couception, toutes les grâces et tous les
son admiration, en j mpo-
dons, à un degré si éminent que tous les saints ensemble ny pourront jamais atteindie, de même qu'aucune langue humaine ne pourra jamais l'exprimer,
L'auguste Vierge découvrit, au moyen de ces grâces du Très- Haut, avec une merveilleuse pénétration, les hommes, les anges, leur rang, leur dignité et leurs opérations et toutes les créatures irraisonnables avec lèurs instincts et leurs qualités. Elle
connut la création, l'état et la perte des anges ; la justification
et la gloire des bons, la chute et la punition des méchants ; le premier état d'innocence d'Adam et d'Eve, comment furent trompés nos premiers Parents, leur péché et les misères auxquelles il les assujettit, et après eux tout le genre humain: Je dessein qu'avait formé la volonté divine pour le réparer et qu'elle se disposait à réaliser bientôt ; l'harmonie et les lois des cieux, des astres et des planètes ; les Propriétés et la nature des éléments : le Purgatoire, les limbes et l'enfer: et comment toutes ces choses avaient été créées, avec ce qu'elles ren ferment, par la puissance divine et conservées Par sa seule bonté intinie, sans qu'elle eût besoin d'aucune ? Et surtout elle pénétra de très hauts secrets sur le mystère que Dieu allait opérer en se faisant homme Pour racheter tout le genre humain, quoiqu'il n'eût pas sauvé ainsi les mauvais anges,
Toutes ces merveilles, à Ja Connaissance desquelles la très sainte âme de Marie fut initiée selon leur ordre, dès l'instant où elle fut unie à son Corps, lui firent aussitôt pratiquer des actes sublimes de vertu, qu’elle accompagnait d'autres actes d'admiration, de louange, de £&lorification, d'adoration, d'humiliation, d'amour de Dieu et de douleur des péchés qui offensaient ce souverain bien, qu’elle reconnaissait comme l'auteur et la fin de toutes choses. Elle offrit d'elle-même nn sacrifice qui fut fort agréable au Très- Haut, commençant dès ce moment de le bénir avec un ardent amour et de |: à payer le tribut que tant d'hommes lui avaient refusé, après les mauvais anges. Enfin, elle pria les anges bienheureux, dont elle était déjà déclarée Reine, de l'aider à gloritier le Créateur et le maitre de tous les êtres et d'intercéler aussi pour elle,
+ Nous croyons être agréable au pieux lecteur, en reproduisant ici un extrait de l'admirable Bulle par laquelle la sainte Eglise a proclamé le dogme de l’Immaculée Conception.
« ... Les Pères de l'Eghse et les écrivains ecclésiastiques, réfléchissant dans leur esprit et dans leur cœur que la bienheureuse Vierge, en recevant de l'ange Gabriel l'annonce de la sublime dignité de Mère de Dieu était le siège de toutes les grâces divines, qu'elle était ornée de tous les dons du Saint- Esprit; bien plus qu'elle était comme un trésor inépu'sable et
comme un abîme infini de ces mêmes grâces, tellement que, soustraite à la malédiction et participant avec son Fils à la bénédi:tion perpétuelle, elle a mérité d'entendre Elisabeth, inspirée par l'Esprit-Saint, lui adresser ces paroles : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. »
« De là est venu ce sentiment non moins clair qu'unanime des mêmes Pères, que cette Vierge très glorieuse, pour laquelle Celui qui est puissant a fait de grandes choses, a brillé d’une abondance de dons célestes, d’une plénitude de grâces et d'une innocence telle qu'elle a été comme un miracle inetfable de Dieu, ou plutôt comme l'aprgée de tous les miracles ; qu'elle a été lu digne Mère de Dieu, et que, rapprochée de Dieu, autant que le comporte une nature créée, elle s'est élevée au-dessus de
tous les éloges, tant des hommes que des anges . .. Joignons à cela les expressions si belles dont ils se sont servis en parlant de la Conception de la sainte Vierge, lorsqu'ils ont dit que « la nature s'était arrêtée toute tremblante devant la grâce et n’avait pas osé poursuivre sa marche, car il devait arriver que la Vierge, Mère de Dieu, ne fut pas conçue par Anne avant que la grâce eût produit son fruit. » En effet, elle devait être la première-née par la Conception, elle qui devait concevoir le premier-né (d'entre toutes les créatures. Ils ont attesté que la chair de Marie, provenant d'Adam, n'a pus contracté les taches d'Adam et que c'est pour cela que la bienheureuse Vierge Marie est le tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par 'e Saint-Esprit et que cette même Vierge est et doit être considérée comme Celle qui fut le premier ouvrage propre de Dieu, qai échappa aux traits enflammés de l'esprit malin, et que toute belle par sa nature, absolument exempte de souilture, elle brilla aux regards du monde, ‘nus sa Conception Immaculée, comme une aurore d’une étincelante pureté. Car il ne convenait pas que ce vase d'élection fut sonmis à ln corruption commune, parce que, bien différente des autres créatures, Marie n'eut de commun uvec Adam que la nature et non la faute. Bien plus, il convenait que le Fils unique, qui a au Ciel un Père que les séraphins proclament trois fois saint, eût sur la
terre une Mère qui n’eût jamais été privée de l'éclat de la sainteté. Et cette doctrine fut si fort à cœur aux anciens que par une merveilleuse et singulière forme de langage qui eut chez eux comme une force de loi, ils appelèrent souvent la Mère de Dieu, Immaculée et absolument immaculée ; innocente et très innocente ; exempte de tache et de toute tache : sainte et sans souillure du péché ; toute pure ; complètement intacte ; le type et le modèle même de la pureté et de l'innocence : plus belle que la beauté: plns gracieuse que la grâce; plus sainte que la sainteté: seule sainte: très pure d'âme et de corps : surpassant de beaucoup toute intégrité et toute virginité; seule devenue toute entière le domicile de toutes les grâces du Saint-Esprit et qui, à l'exception de Dieu seul, est supérieure à toute créature, l'emporte en beauté, en grâce et en sainteté sur les chérubins et les séraphins eux-mêmes et sur toute l'armée des anges: celle enfin dont toutes les voix du Ciel et de la terre ne sauraient proclamer dignement les louanges ! »