‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 23 sur 65 · L'INCARNATION · texte numérisé non relu

L'INCARNATION

Dieu avait fixé de toute éternité le moment opportun où le grand mystère de piété, justifié dans l'esprit, prêché aux hommes, déelaré aux anges et eru dans le monde, devait être préché dans là chair; mais il le tenait caché dans le sein de sa sagesse éternelle. Or la plénitude de ce temps arriva, qui était jusqu'alors fort vide, quoique rempli de prophéties et de promesses, parce qu'il lui manquait celle de la très pure Marie, par la volonté et le consentement de laquelle tous les siècles deest-à-dire le Verbe fait homme passible et réparateur, Ce mystère était prédestiné avant tous les siècles, atin qu'il y fût réalis par l'intermédiaire de notre divine Vierge; et quand une fois elle se trouvait dans

vaient recevoir leur perfection,

le monde, la rédemption du genre humain et la venue du Fils

unique du Père ne devaient point être diflérées, puisqu'il ne fallait plus en quelque sorte que Dieu cherchât pour sa demeure des tabernucles emprutiés, où des maisons étrangères ; mais qu'il pouvait demeurer dans son propre temple construit et enrichi, au moyen de toutes les ressources qu'il lui avait consacrées, bien mieux que le temple de Salomon ne le fut par les trésors que son père David lui avait laissés à cet ettot.

Le Très-Haut détermina, dans cette plénitude de tunips fixé d'avance, d'envoyer son Fils unique au monde, Or, confrontant selon notre manière de concevoir et d'exprimer les choses,

les décrets de son éternité avec les prophéties ot les témoi-

£nages qu'il avait donnés aux hommes dès le commencement, puis les uns et les autres avec l'état ot ln sainteté auxquels il avait élevé la très pure Marie, il Jjugen qu'il était convenable pour la gloire de son saint nom que l'exécution de sa sainte volonté et de ce décret éternel fût manifestée aux anges bienheureux, et qu’elle comimençat à paraître par leur ministère. Il fit donc entendre à l'archange Gabriel éette voix par Înquelle il signifie sa volonté aux anges, Et quoique l'ordre commun qu'il observe pour illuminer les esprits célestes soit de commence: nar les supérieurs, qui, selon leur rang hiérarchique, éelairent les inférieurs Jusqu'à ce que cette illumiriation, en tran-mectant des uns aux autres ce que Dieu a révélé aux Premier: parvienne aux derniers, les choses ne se passèrent point ainsi en cctte circonstance : car le suint arehange reçut Sa mission immédiatement du Seigneur.

Gabriel, au pied du trône et toujours attentif aux ordres de l'Etre suprême et immuable, s'ivclinn pour recueillir la manifestation de la divine volonté: sa Majesté lui déelara et lui prescrivit l'ambassade qu'il devait porter à l'auguste Marie, et les paroles dont il devait se servir pour la saluer : de sorte que Dien même en fut le premier auteur ; il les forma dans son entendement divin, de là elles passèrent au saint archange et de celui-ei à notre glorieuse Souveraine. Le Seigneur révéla dans cette occasion plusieurs antres mystères de l'Incarnation à ce prince céleste, et la très sainte Trinité lui ordonna d'aller annoncer à la bienheureuse Vierge qu'elle était élue entre toutes les femmes pour être la Mère du Verbe éternel, et qu'elle le concevrait dans son sein virginal par l'opération du Saint-Esprit, en conservant intacte sa virginité, et tout le reste que le messager céleste devait révéler àsonauguste Reine et Maîtresse,

Le prince, saint Gabriel, obéissant avec une joie extraordinaire à l’ordre divin, descendit de l'empyrée, accompagné de plusieurs milliers d'anges radieux de beauté, qui le suivaient sous une forme visible, Ce glorieux prince et ambassadeur céleste

semblait À un adolescent d'une grâce et d'une beauté ravissantes : son visage était resplendisant, son air majestueux, sa

démarche grave, ses paroles remplies de sagesse eb d'éloquence ; et toutes ses manières, empreintes d'une modeste grandeur, représentaient plus de traits de la Divinité qu'aucun des autres anges que notre auguste Reine eût jusqu'alors vus sous cette forme, 11 portait un diadéme d'une richesse singulière ; ses vêtements somptueux brillaient de diverses couleurs d'un éclat adiirable ; il avait sur la poitrine une très belle croix comme émaillée, qui figurait L: mystère de l'Incarnation pour laquelle il était envoyé; et toutes ces cireonstances attirèrent davantage l'attention de cette très prudente Reine.

Le divin Atibassadeur, suivi de cette eoux céleste, descendit à Nazareth, ville de la province de Galilée, où se trouvait la demeure de la très sainte Vierge, qui était une pauvre maison. Le lieu le sa relruile était une toute petite chambre, dépourvue des urnements en usage dans le monde; elle en condamnait ainsi la vanité par les mépris qu'elle en faisait, et suppléait à leur absence par de plus grands biens spirituels, La bienheureuse Marie était alors âgée de quatorze ans, six mois et dixsept jours ; car elle avait eu quatorze ans révolus le huit septembre: les six mois et dix-sept jours en sus se trouvaient depuis celui-là jusqu'à celui-ci, où s'accomplit le plus grand des mystères que Dieu ait opérés dans le monde,

Lorsque l'archange saint Gabriel arriva, la très sainte Vierge était occupée à des demandes qu'elle adressait au Très-Haut : elle se livrait à des affections et elle était ravie dans des transports divins que je ne saurais décrire. La Souveraine du eiel l’apercevant, le regarda avee une modestie et avec une retenne admirable, seulement autant qu'il le fallait pour recor:u en lui l'ange du Seigneur. saint archange salua notre Rei ne et la sienne, en lui disant: Ave, gratia plenu, Dominus tecum, benedicta tu èn mulieribus. La plus humble des créatures, entendant cette nouvelle salutation de l'ange, fut troublée, sans toutefois perdre là tranquillité de son âme, Ce trouble eut deux principes en notre auguste Souveraine : lun fut sa

très profonde humilité par laquelle elle se croyait la dernière de toutes les créatures; et s'étant ouïe saluer et appeler bénie entre toutes les femmes, tandis qu'elle nourrissait de si bas

sentiments d'elle-inême, cela lui parut tout à fait étrange. Le secon:| principe fut que pendant qu'elle recevait la salutation et qu'elle la considérait dans son cœur, le Seigneur lui fit connaître qu'il la choixissait pour être sa Mère, et cela la troubla bien davantage, parce qu'elle était fort éloignée de cette pensée, Alors l'ange lu voyant dans ce trouble, poursuivit son discours, et lui déclara l'ordre du Seigneur en ces termes : « Marie, ne craignez point, parce que vous avez trouvé grâce devant Dieu. Je vous annonce que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un Fils que vous nommerez JÉSUS, 11 sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ;» et le reste que le saint Archange acheva.

Il ne se trouva parmi les simples créatures que notre très prudente et très humble Reine qui pût dûment estimer et pénétrer un mystère si nouveau et si surprenant, et c'est parce qu'elle en apprécia toutes les grandeurs qu’elle en fut ravie et troublée. Mais dans ce trouble elle tourna son humble cœur vers le Seigneur, qui ne pouvait pas rejeter ses prières, et elle lui demanda du plus profond de son âme une nouvelle lumière et un secours particulier pour se conduire selon son bon plaisir dans une affaire d’une si grande importance; car, comme je l'ai dit précédemment, le Très-Haut la laissa pour opérer ce mystère dans l’état commun de la foi, de l'espérance et de la charité, lui suspendant les autres sortes de faveurs intérieures auxquelles d'ordinaire elle était élevée. Dans cette disposition elle repartit à saint Gabriel ce que saint Luc rapporte: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne conn«is point d'homme ? En même temps elle représentait intérieurement au Seigneur le vœu de chasteté qu'elle avait fait. L'ambassadeur céleste répondit à l'humble Vierge de Nazareth ce que nous savons également par l'Evangile de saint Luc, avec la sublime aceeptation de notre auguste Souveraine.

C'est à la vérité une merveille bien grande et bien digne de notre admiration que le Très-Haut laissât entre les mains d'une jeune femme tons ces mystères et tant d'autres qui s'y trouvent renfermés, et que le tout dépendit de son fiat. Mais aussi ce fut avec beaucoup de sûreté qu'il s'en rapporta à la sagesse et à la

discrétion de cette femme forte et sublime, qui, après avoir médité ce que Pieu lui proposait, ne trompa point la contianee qu'il avait mise en elle. Aux choses qui ont lieu au-dedans de Dieu, la ecopération des créatures est inntile, et Dieu ne l'attend pas pour agir au-dedans de lui-même; mais il en est nutrement des œuvres contingentes du dehors, et comme son incarnation fut la plus grande et la plus excellente de toutes, il no voulut pas l'exécuter sans ln coopération et sans le consentement de In très pure Marie, afin de donner par son moyen cette perfection à toutes les autres, et afin que nous fussions obligés de ce bienfait à la Mère de ln sagesse et à notre Restauratrice, L'auguste Vierge considéra et pareourut attentivement le champ immense de la dignité de Mère de Dieu, qu'il s'agissait d'acheter par un fiat ; elle fut revêtue d'une force plus qu'humaine, elle goûta et elle vit que le commerce de la Divinité était bon. Elle connnt les voies de ses bienfaits enchés, elle s'orna de force et de beauté. EL lorsqu'elle eut conféré avec el me et avec l'ambassadeur céleste sur ln grandeur de mystères si hauts et si divins, lorsqu'elle fut bien pénétrée de l'objet de l'ambassade qu'elle recevait, son très pur esprit fut ravi et ahsorbé dans l'admiration, dans le respeet et dans un très ardent amour de Dieu, A la suite de ces mouvements si vifs et de ces affections si véhémentes, et comme par leur effet naturel, son

très chaste cœur fut comme étreint et pressé par une force qui

Jui fit distiller trois gouttes de son très pur sang dans son sein virginal, où le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ fut conçu et formé d'elles par l'opération et par la vertu du Saint-Esprit, de sorte que le cœur de la très pure Marie a réellement et véritablement fourni, à force d'amour, la matière dont la très sainte humanité du Verbe fut formé pour notre Rédempti on Et tout cela advint au moment où elle prononçait avec une humilité ineffable (ayant la tête un peu inclinée et les mains jointes) ces paroles qui furent le commencement de notre Réparation: Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum.

Ce fiat, si doux aux oreilles de Dieu et si favorable pour nous, ayant été prononcé, quatre choses furent opérées dans un

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