CHAPITRE HUITIEME
Notre très belle Souveraine était parvenue à sa treizième andemie et était déjà fort grande au physique et au moral, tus et en mérites, lorsqu'elle eut une autre vision abs-
tractive de la Divinité en la même forme que les autres de cette espèce dont nous avons parlé. Il semble qu'il soit arrivé en cette vision ce que l'Ecriture dit être arrivé à Abraham quand Dieu Ini ordonna de sacrifier son fils bien-aimé Isane, unique gage de toutes ses espérances, Dieu tenta Abraham, dit Moïse, éprouvant sa prompte obéissance pour la couronner. On peut dire, en effet, que Dieu tenta aussi notre auguste Maîtresse en cette vision, en lui ordonnant d’embrasser l'état de mariage. Cela prouve combien il est vrai de dire que les jugements du Seigneur sont incompréhensibles, et combien ses voies et ses pensées sont élevées au-dessus des nôtres. Celles de la très pure Marie étaient aussi éloignées de celles que le Très-Haut lui manifestait en lui ordonnunt de recevoir un époux pour sa garde et Pour sa compagnie, que le ciel l’est de la terre: car elle désimnit et s'était prouis de n'en avoir aucun durant toute sa vie, autant qu'il ponvait dépendre de sa volonté, ct elle renouvelait souvent le vœu de chasteté qu'elle avait fait de si bonne heure,
L'ordre que le Seigneur lui donna d'accepter un époux ter-
restre, sans qu'elle s'y attendit et sans lui découvrir autre
chose nlors, surprit étrangement le cœur très innocent de cette
sainte fille qui vivait dans lssurance de n'avoir point d'autre
époux que le même Dieu qui le lui donnait, Cette preuve fut bien plus granle que celle d'Abraham piise aimait pas autant son fils Isune que l'anguste Marie n'aimu <a chasteté inviolnble,
Mais la très prudente Vierge suspendit son jngement devant un ordre sisurpre nant, ot ne s'appliq {qu à espérer et âcroitre mieux qu'Abraham en espérance conti l'espérance, Cependant la très chaste Marie se troublu quelque peu, comme il lui arriva plus tard, lors de l'ambassile de l'archange saint Gabriel]: mais quoiqu'elle ressentit un rtuinc tristesse, elle n'en montra pas moins la plus héroïque « nee qu'elle eût pratiquée jusqu'alors ; de sorte qu'elle se soumit iéremeal h ln volonté du Seigneur. Le Très-Haut ni dit lorie, calmez votre cœur; votre résignation m'est agreable: ‘à Puissance de mon bras n'est pas sujette aux lois : Je me charge de tout ce qui vous sera le plus convenable, »
La très sainte Vierge revint de ln vision à son état ordinnire avec cette seule promesse du Très-Haut, et elle fut continnellement agitée entre l'incertitude et l'espérance dans lesquelles l'avaient laissée le commandement et ln promesse divine, le Seigneur la voulant obliger par ce moyen à redoubler ses lurmes et ses affections d'amour et de confiance, de foi, d'humilité, d'obéissance, de chasteté, et de plusieurs autres vertus qu'il nous serait impossible d'énumérer, Pendant que notre Souveraine se livrait avec une certaine douleur à ces prières et À ces perplexités humbles et prudentes, Dieu parla dans un songe au grand prêtre, qui était saint Siméon, et lui presenvit de se disposer à marier Marie, tille de Joachim et d'Anne de Nazareth, parce que sa divine Majesté la regardait avec une sollicitude et un amour particulier, Le saint prêtre, en répondant à Dieu, le pria de faire connaître celui que Marie devait épouser. Le Seigneur lui ordonna d'assembler les autres prêtres et les docteurs, et de leur exposer que cette fille était seule et orpheline, et qu'elle n'avait aucune inclination à s'engager dans le mariage ; mais que, l4 coutume étant qu'aucune fille nubile
ne sortit du Temple sans se marier, il était convenable de Jui faire embrasser cet état avec la Personne qu'ils jugeraient à propos (1).
Le prêtre Siméon obéit aux ordres di is: et, ayant assemblé les autres, il leur découvrit la volonté du Très-Haut, et leur annonça, suivant ce qui lui avait été révélé, Ja prédilection que la Majesté divine avait pour cette fille, Marie de Nazareth, ajoutant que, comme elle se trouvait dans le Temple privée de ses parents, il était de leur devoir de prendre un soin particulier de ses intérêts, et de lui chercher un époux digne d’une fille si vertueuse et si irréprochable dans toute sa conduité, ainsi qu'ils l'avaient tous reconnu durant le temps qu'elle y avait demeuré: d'autant plus que la condition, le bien, la qualité et les autres avantages qu'elle présentait en sa personne étaient si considérables, qu'il était important de bien choisir celui à qui il faudrait la confier. Il leur dit aussi que Marie de Nazareth n'avait point de goût pour le mariage, mais qu'il n'était pas juste qu’elie sortit du Temple sans embrasser cet état, parce qu'elle était orpheline et nubile,
Après que cette affaire ent été proposée et mûrement diseutée dans l'assemblée des prêtres et des docteurs, ils délibérèrent tous par une impulsion du ciel que dans une circonstance où il était si à désirer de prendre une : 1e décision, et où le Seigneur avait manifesté son bon plaisir, il fallait consulter
ite volonté et le prier de désigner par quelque signe ce-
lui qui serait le plus propre pour être l'époux de Marie, et que cet époux fût de la maison et «le la lignée de David, atin que la loi fût accomplie. Ils tixèrent, en conséquence, un jour où tous les jeunes hommes de cette lignée qui étaient à Jérusalem devraient se réunir au Temple: et ce {nt justement le jour auquel notre Souveraine achevait sa quatorzième année, Et, comme il était nécessaire de Ini donner connaissance de cette résolution et de Jui demander son consentement, le prêtre Siméon l'appela, et lui annonça l'intention qu'il avait, ainsi que
(1) Nous reproduisons ici ce qui a déjà été imprimé dans : « La Vie de saint Joseph», atin que la Vie de la sainte Vierge soit également plus complète,
les autres prêtres, de lui choisir un époux avant qu'elle sortit du Temple.
Ceci se passa neuf jours avant celui qu'on avait fixé pour prendre une décision et pour exécuter ce qui aurait été arrêté. Pendant ce temps-là la très sainte Vierge redoubla ses prières, ses larmes et ses soupirs, et demanda au Seigneur l'accomplissement de sa divine volonté en une chose qui lui était si importante et qui la jetait dans de si vives inquiétudes. Le Seigneur lui apparut et lui dit: « Mon Epouse et ma colombe, calmez votre cœur affigé, et bannissez-en le trouble et la tristesse: je suis attentif à vos désirs et à vos prières ; je gouverne toutes choses, et le prêtre est conduit par ma lumière; je vous donnerai un époux qui ne s'opposera pas à vos saints désirs, mais plutôt s'y conformera avec le secours de ma grâce: je vous le chercherai parfait et selon mon cœur, et je le choisirai d’entre mes serviteurs: mon pouvoir est infini, et ma protection ne vous manquera jamais, »
Le jour déterminé arriva auquel, comme nous l'avons dit précédemment, notre Souveraine achevait ln quatorzième année de son âge; en ce jour les jeunes hommes de la tribu de Juda et de la lignée de David (dont notre auguste Maîtresse descendait), alors présents à Jérusalem, s'assemblèrent, Joseph, originaire de Nazareth, et habitant de la sainte Cité, reçut ordre de se rendre parmi eux, comnie étant de la race royale de David. Il avait alors trente-trois ans, était bien fait, d'un visage agréable, mais d'une modestie incomparable et surtout extrêmement chaste en ses pensées et en ses œuvres: ses inclinations étaient si saintes qu’il avait fait dès sa douzième année le vœu de chasteté. Il était parent au troisième degré de la Vierge Marie: sa vie était très pure et it répréheusible aux yeux de Dieu et des hommes,
Tous les jeunes hommes étant assemblés au Temple, unirent leurs prières à celles des prêtres, et demandèrent au Seigneur qu'il leur inspirât ce qu’ils devaient faire. Le Très-Haut, parlant au cœur du grand prêtre, lui inspira de faire prendre à chacun de ces jeunes hommes une baguette sèche, en leur enjoignant de demander tous avec une vive foi à la Majesté
divine qu’elle désignât par ce moyen celui qu’elle avait choisi pour être l'époux de Marie, Et comme personne n'ignorait la vertu et le mérite de cette fille, ni tout ce que la renommée disait de sa beauté, de ses biens et de sn qualité, chacun aspirait au bonheur d'obtenir pour épouse celle qu'on savait être l'enfant unique de sa maison, 1] n'y eut parmi eux que le très humble et très juste Joseph qui se crût indigne d'un pareil trésor ; et se souvenant du vœu de chasteté qu'il avait fait, il promit de nouveau de l'observer toute sa vie, tout en se résignant à la volonté divine, et en acceptant de grand cœur tout ce qu'elle voudrait disposer : mais cela n’empéchait pas qu'il n'eût plus de vénération et plus d'estime que tous les autres pour la jeune Vierge de Kazareth.
Tandis que tous ecux qui étaient assembiés faisaient cette Prière, on vit fleurir la seule baguette que Joseph portait, et l'on vit en même temps descendre une très belle colombe revêtue d'un merveilleux éelat qui se posa sur la tête du même saint: ensuite Dieu lui carla inti
Hetremsent em €es termes :
s Joseph. mon serviteur, Marie doit être votes épotse : recevezls avec soin et avec respect, car elle est agréable à mes yeux ;
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elle est très juste et très pure de corps et d'esprit: vous fe
tout ee qu'elle vous dira.» Swrla déclaration et signe du
ciel, les prêtres se erminèrent de donner à Marie saint Joseph pour époux, comme celui que Dieu même ini avait choisi, Ils appelèrent aussitüt pour les épousailles selle qui était exeellente comme je soleil et plus belle que la lune: elle parut am milieu de l'assemblée avec une majesté plus qu'angélique et avec une beauté, nn: doueeur et une grâce incomparable, et les prêtres la marisrent avee Joseph, le plus chaste et je plus saint des hommes,
L'auguste Marie, avec un a modeste et recueilli, et en Reine d'une lunnilité égale à sa majesté, fit ses adieux aux prêtres et à la maîtresse et demanda leur bénédiction et pardon à ses compagnes, en ememiant les ans et les autres des bienfaits qu'ell: en avait reens Elle fit tout cela avec des témoignages de profonde humilité, et en même temps avec un prudent laeonisme- car elle parlait #rès peu dans tontes les
occusions, et ce qu'elle disait était toujours pesé et me-uré. Elle sortit du Temple avec une vive douleur de le quitter eontre ses inclinations et contre ses désirs, et escortée de quelquesuns des principaux ministres du Temple qui étaient séculiers et s'oceupaient de ses intérêts temporels; puis elle s'en alla avec son époux Joseph à Nazareth, patrie des deux nouveaux époux. Suint Joseph y était né, et c'était par une disposition particulière du Très-Haut qu'il était allé, à la suite d'un revers de fortune, demcurer à Jérusalem, où les choses tournèrent si
bien pour lui, qu'il eut le bonheur de devenir l'Epoux de { ‘elle
que Dieu avait choisie pour étre sa propre Mère !
Etant arrivés à Nazareth et jusqu'au 25 mars suivant où arriva l'Incunation du Verbe, les deux Epoux véeurent de telle sorte que le Très-Haat les disposa lun et l'autre à l'œuvre pour laquelle fil les avait choisis et comme on le verra dans les chapitres suivants
Mais je ne samraix, avant de les commencer, contenir les sentiments ques Éait naître en moi le sort fortuné du plus heureux des mortek saint Joseph. D'où vous est venu, 6 honmme de Dieu, an + grand bonheur qu'engre les enfints d'Adam on ait pu dire de vous L, que Dien lui-même vous ait appactent de si près qu'on l'ait pris pour votre fils unique ? Le Père éternel vous donme sn Fille: li Fils vous remet si véritable Mère le Saint-Esprit vous contie son Epouse et vous met à sa place : la très sainte Trinité tent entière vous donne son élne, som unique et son excellente eomme le soleil, pour vatre légitime épouse. Connaissez-vous bien, mon srand saint, votre dignité ? Comprenez-vous vos avantages? Saver-vous que celle que vous venez de recevoir pour épouse est Reine et maitresse du ciel et de la terre et que vous êtes le dépositurre des trésors inestimables du Très-Haut lui-même ? Voyez hounne divin, quel précieux trésor vous possédez, et sachez que si vous ne rendez pas les anges et les séraphins enviewx, votre bonheur et le mystère que votre mariage renferme ne les jettent pas moins dans l'admiration. Agréez, de la part de tout le genre humain, les congratulations de tant de faveurs et de joies. Vous avez entre les mains le registre des divines miséricordes,
vous êtes le maître et l'époux de Celle qui n’a que Dieu au-dessus d'elle, vous serez riche et heureux parmi les bommes et parmi les anges. Souvenez-vous de notre pauvreté et de notre misère et de moi, chétif ver de terre, qui désire d'être votre fidèle servante, secourue et favorisée de votre puissante intercession !