À LA VIE DE LA REINE DU CIEL
Si dans ces derniers siècles on entend dire qu'une simple fille, qui n’est par son sexe qu'ignorance et que faiblesse, et par ses péchés que la plus indigne de toutes les créatures, s’est hasardée et déterminée d'écrire sur des choses divines et surnaturelles, on la traitera probablement de téméraire, de présomptueuse et de légère : surtout dans un temps où notre Mère la sainte Eglise est remplie de Docteurs et de savants très versés dans la doctrine des saints Pères, qui ont développé tout ce qu'il y ade plus caché et de plus obscur daus les mystères de la religion, C'est qu'il y a des personnes prudentes, éclairées et pieuses, qui, ne pénétrant pas les voies spirituelles et surnaturelles, par lesquelles Dieu conduit extraordinairement certaines âmes, se tourmentent la conscience, et se laissent aller au trouble et à l'inquiétude, parce qu'elles adoptent l'opinion des gens du monde, qui regardent ces voies qu’ils ne comprennent pas, comme incertaines et dangereuses dans le christianisme ; si pourtant ces personnes considèrent sans préjugés les motifs surnaturels qui m'ont forcée à écrire sur des matières si sublimes et infiniment au-dessus de ma faiblesse et de ma capacité, elles trouveront l’excuse de ma témérité dans mon obéissance aveugle aux ordres réitérés du Ciel et dans les