LA DERNIÈRE CÈNE
Admirable instruction de la Reine du ciel
sur la Sainte Communion
Notre divin Sauveur célébra done la dernière Cène légale avec ses disciples, ainsi que nous l'ont raconté les saints Evangélistes. Et pendant que tout cela se passait dans le Cénacle, l'auguste Marie était dans un oratoire voisin, élevée à nne très haute contemplation, dans laquelle elle voyrit ces merveilles aussi clairement et aussi distinctement que si elle y eût été présente : et elle coopérait et s'associait à tonces les œuvres de son très saint Fils comme coadjutrice de toutes, de la manière que son incomparable sagesse ni enseignait, Elle faisait des actes héroïques de toutes les vertus pur les: quelles elle devait répondre à celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car elles résonnaient toutes par un no mystérieux et divin dans le cœur de la très pure Mère, et alors notre bien-aimée Reine répétait à son tour les mêmes prières. Elle y ajoutait de nou veaux et divins cantiques de louanges pour ce que la très sainte humanité opérait en la personne du Verbe afin d'accomplir là volonté divine et les anciennes figures de la Loi écrite,
De quelle admiration nous serions ravis comme le furent les anges et comme le seront tous les bienheureux dans le ciel, si
nous connaissions maintenant cette ineffnble harmonie des vertus et des œuvres qui se trouvaient coordonnées dans l'âme de notre puissante Souveraine, comme dans un chœur savamment organisé, sans se confondre ni s'empêcher les unes les autres, lorsque toutes en général et chacune en particulier opéraient dans cette occasion avec la plus grande force! L'auguste Vierge était remplie des divines lumières que j'ai marquées ; et par là mémo elle savait que les cérémonies et les tigures légales étaient accomplies en son très saint Fils, et qu'il les terminait en instituant la nouvelle Loi et des sacrements plus nobles et plus efficaces. Elle considérait le fruit si abondant de ia Rédemption dans les prédestinés, la perte des réprouvés, l'exaltation du saint Nom de Dieu et de l'humanité sainte de son Fils Jésus, la connaissance et la foi universelle de la Divinité qui se propageraient dans l'univers entier ; elle voyait le ciel, fermé depuis tant de siècles, s'ouvrir, afin que dès lors les enfants d'Adam y entrassent par l'établissement et le progrès de la nouvelle Eglise évangélique et de tous ses mystères, et reconnaissait que toutes ces grandes choses étaient le magnifique ouvrage de son très saint Fils, qui s'attirait l'admiration et: les louanges de tous les esprits célestes. Elle bénissait le Père éternel, et lui rendait des actions de grâces spéciales pour ces œuvres inénarrables, sans en omettre aucune, et elle puisait dans tous ces saints exercices une joie et une consolation indicibles.
Mais elle considérait aussi que toutes ces œuvres merveilleuses devaient coûter à son propre Fils les douleurs, les ignominies, les opprobres et les tourments de sa passion, et enfin la cruelle mort de la croix, qu'il devait subir tout cela en l’humanité qu'il avait reçue d'elle, et qu’un trop grand nombre des enfants d'Adam, pour qui il allait souffrir, le paieraient d'ingratitude et perdraient le fruit abondant de la rédemption. Cette prévision remplissait d’amertume le cœur compatissant de la plus tendre des mères. Mais comme elle était la vivante image de son très saint Fils, tous ces divers mouvements de joie et de tristesse, qui se trouvaient en même temps dans son cœur magnauime, n'étaient point capables de la troubler. Elle
ne laissait donc point d’iustruire et de consoler les saintes femmes qui étaient avec elle : au contraire tout en se maintenant elle-même à la hauteur des lumières divines qu'elle recevait, elle savait, dans ses rapports extérieurs, descendre jusqu'à elles pour les éclairer et les fortifier par des conseils salntaires et par des paroles de vie éternelle, © admirable Maitresse ! à exemple plus qu'humain ! que nous devons tâcher d'imiter. Il est vrai que notre fonds de piété est imperceptible en comparaison de cet océan de grâce ct de lumière. Mais il est sûr aussi que nos peines ne sont presque qu'apparentes en comparaison de celles qu’elle a endurées, puisqu'elle seule a plus souffert que tous les enfants d'Adam ensemble. Et cependant, ni son exemple, ni son amour, ni notre intérêt éternel ne suffisent pour nous faire souffrir avec patience ln moindre adversité qui nous survient, La moindre persécution nous trouble et nous met de mauvaise humeur; aussitôt nous nous laissons emporter par nos passions et abattre par la tristesse, nous Y résistoms avec colère, nous perdons la raison, nous devenons indociles ; tout est en nous dans le désordre et chacun de nos mouvements nous rapproche du précipice. D'un autre côté, In prospérité nous séduit et nous entraine aussi à notre perte, de sorte que nous ne pouvons en aucun cas nous fier à notre nature corrompue et affaiblie par le péché. Dans toute espèce d'occasions, souvenons-nous done de notre uuguste Muitresse pour régler nos sentiments désordonnés,
C'est en tremblant que je commence à traiter du mystère ineffable de l'Eucharistie, et de ce qui arriva en son institution, car en élevant les yeux de l'âme pour recevoir la lumière divine qui me guide dans cet ouv rage et qui me fait voir tant de merveilles réunies, je me défie de ma faiblesse, que je découvre pur cutte même lumière. Mes puissances se troublent, et je ne saurais trouver des termes pour dépeindre ce que je vois et ce que ma pensée me représente, quoique tout cela soit fort au-dessous de l'objet de l'entondement. Je parlerai néanmoins, toute ignorante que je suis, pour ne pas manquer à l'obéissance et pour suivre l'ordre de cette histoire, en continuant le récit de ce que la très pure Marie a opéré en ces
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merveille, Que «i je ne m'exprime point avee une clarté digne de la grandeur du sujet, la faiblesse de mon sexe et l'admiration dans lnquelle je suis m'excuseront ; car à m'est pas aisé de s'oceuper de la justesse et de la propriété des termes, lorsque la volonté désire ne suppléer à l'insuffisance des paroles que par des afféetions, et jouir dans la solitude de ce qu'il ne serait ni possible ni convenable de découxuir.
Notre-Seigneur Jésus-Christ célében In cène légale sur une table qui n'était élevée de terre que d'environ six ou sept doigts, À ni étendu sur le parquet, comme les apôtres, selon la coutume des Juifs, Après qu'il eut achevé le lavement des pieds, :! fit préparer une autre table de ln hauteur de celles dont à brésent nous nous servoxs pour prendre nos repas, terminant par cette cérémonie les cènes légales et los rites matériels et figuratifs pour commencer le nouveau festin par lequel il établissait la nouvelle loi de grâce. De sorte qu'il fit la première consécration sur une table où sur un autel élevé, comme ceux que lon voit dans l'Eglise catholique. On couvrit cette nouvelle table d'une nappe fort riche; puis l'on y mit un plat et une grande coupe en forme de calice, capable de contenir le vin que le Sauveur y voulait mettre; car il préparait toutes choses par sa puissance et par sa sagesse divine. Le maître de la maison obéit à une inspiration d'en haut en lui offrant ces vases mugnifiques, qui étaient d’une pierre précieuse semblable à l'émeraude. Les apôtres s'en servirent depuis dans le temps convenable pour consacrer, lorsqu'ils en eurent le pouvoir. Notre- Seigneur Jésus-Christ s'assit avec les douze apôtres et quelques autres disciples ; il se tit apporter du pain sans levain qn'il mit dans le plat, et du vin qu'il versa dans le calice, et prépara les autres choses nécessaires.
Alors le Maître de la vie adressa à ses apôtres le discours le plus admirable, et ses paroles divines, qui pénètrent toujours jusque dans le plus intime du cœur, furent pour eux dans cette instruction comme des dards enflammés du feu de la charité, qui leur communiquait son doux embrasement, Il leur découvrit de nouveau les plus sublines mystères de sa divinité, de son humanité et des œuvres de la rédemption. Il leur
recommanda la paix et l'union de la charité qu'il leur devait laisser dans le mystère sacré qu'il allait opérer, Il leur promnit que, s'ils s'aimaient les uns les autres, son Père éternel les aimerait de l'amour dont il l'aimait lui-même. Il leur fit connaître l'importance de cette promesse, et qu'il les avait choisis pour fonder la nouvelle Eglise et la loi de grâce, Il leur renouvela les lumières qu'ils avaient sur ln suprême dignité, l'excellence et les prérogatives de sa très pure Mère vierge. Saint Jean fut favôriut d'une illumination particulière à cause de loflice auquel il était destiné. Notre auguste Reine, plongée dans une divine contemplation, regardait, de ln chambre où elle s'était retirée, tout ce que son très saint Fils fuisnit dans le cénücle ; et elle en avait une plus profonde intelligence que tous les apôtres et que tous les anges ensemble, qui, comme je l'ai dit ailleurs, y assistaient sous une forme humaine, adorant leur Seigneur, leur Roi et leur Créateur. Les mêmes anges allèrent prendre Hénoch et Elie là où ils étaient, et les ninenèrent dans le cénacle, le Seigneur voulant que ces deux patriarches de là loi naturelle et de la loi écrite se trouvassent présents À la nouvelle merveille et à l'établissement de la loi évangélique, et qu'ils participassent à ses ineffables mystères
Tout étant done bien préparé, notre divin Rédempteur prit en ses mains vénérables le pain qui était dans le plat, dermandant intérieurement l'agrément du Très-Haut ct lu briant de permettre qu'alors dans le cénacle, et plus tard dans la sainte Eglise, il se rendit réellement et véritablement présent dans l'hostie en vertu dus paroles qu'il allait prononcer, vonme obéissant À ces mêmes Paroles ; puis il leva les yeux au Ciel avec tant de majesté, que les apôtres, les anges, et la bienheureuse Vierge Mère elle-même furent saisis d'une nouvelle crainte révérentielle, Enfin, il prononça les paroles de la consécration sur le pain, qui fut changé transsubstantiellement en son véritable corps, et il Prononça la consécration du vin sur le calice, changeaut le méme vin en son véritable sang. Aussitôt qu'il eut achevé de prononcer les paroles sacramentelles, le Père éternel répondit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dans lequel je trouve et je trouverai mes délices jusqu'à la tin du
monde ; il demeurera avec les hommes tout le temps que durera leur exil.» La personne du Saint-Esprit confirma la même promesse. Etla très sainte humanité de Jésus-Christ en la personne du Verbe s'inclins profondément devant la Divinité dans le sa- . <rement de son corps et de son sang. De son côté notre grande Reine, qui était dans sa retraite, se prosterna et adora son Fils dans l'Bucharistie, avec un respect infini. Ensuite les anges de su garde et tous les autres anges l'adorèrent à leur tour, et après que ces esprits célestes l'eurent adoré, Hénoch et Elie en firent autant, chacun de son côté, en leur nom et en celui des anciens patriarches et prophètes de la loi naturelle et de la loi écrite.
Tous les apôtres et disciples crurent à ce grand mystère, excepté le perfide Judas, et l'adorèrent avec une foi vive et une humilité profonde, chacun selon ses dispositions.
Notre Sauveur Jésus-Christ, après s'être communié lui-même, tit un cantique de louanges au Père éternel, et s'offrit luimême, dans l'Eucharistie, pour le salut du genre humain ; ensuite il divisa une autre particule du pain consacré, et la remit à l'archange saint Gabriel, afin qu'il la portât à la bienheureuse Marie et qu'il la communiât. Par cette faveur les saints anges, qui ne firent qu'avoir entre leurs mains le corps consacré de leur Seigneur et de leur Dieu, furent comme satisfaits et dédommagés de ce que la dignité sacerdotale, si excellente, était conférée aux hommes et non point À eux; ils en ressentirent tous une joie nouvelle et inexprimable. Notre auguste Reine attendait, les yeux baignés de larmes, la sainte communion, lorsque l’archange Gabriel arriva avec une légion innombrable d'autres anges; elle la reçut de la main de cet Esprit céleste la première après son adorable Fils, qu’elle imita en son humilité et en sa sainte crainte. Le très saint Sacrement fut mis en dépôt dans le sein de la très pure Marie et dans son cœur, comme dans le véritable sanctuaire et le plus décent tabernacle du Très-Haut. Et ce dépôt du sacrement ineffable de l’Eucharistie y resta tout le temps qui s'écoula depuis cette nuit jusqu'après la résurrection, c'est-à-dire jusqu'au moment où saint Pierre consacra et dit sa première messe. Le Seigneur tout-
Puissant ordonna de la sorte cette merveille, pour la consolation de sa divine Mère, et aussi pour accomplir par avance en cette manière la promesse qu'il fit depuis à son Eglise, de demeurer avec les hommes jusqu'à la fin des siècles: car, après sa mort, sa très sainte humanité ne pouvait point demeurer dans l'Eglise d'une autre manière, tant qu'on n'aurait point consacré son corps et son sang. Ainsi fut mise en dépôt dans la très pure Marie cette manne véritable, comme la manne figurative l'avait été dans l'arche de Moïse. Les espèces sacrameutelles se conservèrent done sans se corrompre dans son cœur tout le temps qui se passa jusqu’à la nouvelle consécration. Elle rendit des actions de grâces au Père éternel et à son très saint fils par de nouveaux cantiques, imitant encore en cela le Verbe incarné.
Après que la Reine des Anges eut reçu la communion, notre Sauveur donna le pain consacré aux Apôtres et leur prescrivit de le départir entre eux et de le recevoir; il leur conféra par <es puroles la dignité sacerdotale, qu'iis commencèrent d'exercer en se communiant eux-mêmes avec un souverain respect et avec d'abondantes larmes de dévotion, adorant le corps et le sang de notre Rédempteur, qu'ils avaient reçu. Ils eurent l'avantage d'être élevés les premiers à cette haute dignité, comme étant choisis pour être les fondateurs de l'Eglise évangélique. Ensuite saint Pierre, par le commandement de Notre- Seigneur prit d'autres particules consacrées, et communia Hénoch et Elie. Et pur les effets de cette communion, ces saints personnages furent revêtus d'uue force toute nouvelle pour attendre jusqu'à la fin du monde la vision béatifique, qui leur est différée depuis tant de siècles par la volonté divine. Les deux patriarches louèrent le Tout-Puissant, et lui rendirent de ferventes actions de grâces pour une telle faveur; après quoi les saints Anges les remirent au lieu d'où ils les avaient tirés. Le Seigneur réalisa ce prodige, pour donner à ceux qui avaient vécu sous les anciennes lois, naturelle et écrite, des gages de son incarnation, de leur rédemption et de la résurrection générale. Car tous ces mystères sont renfermés dans le sacrement de l'Eucharistie, et en le donnant aux deux saints
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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