‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 41 sur 65 · NOTRE-SEIGNEUR AU JARDIN DES OLIVES · texte numérisé non relu

NOTRE-SEIGNEUR AU JARDIN DES OLIVES

Après avoir, par les merveilles qu’il opéra dans le cénacle, fondé le royaume que le Père éternel lui avait donné par sa volonté immuable, le Sauveur résolut, quand survint la nuit du jeudi de la Cène, de marcher au rude combat de sa passion et de sa mort, par lequel la rédemption du genre humain devait être accomplie. Il sortit de la salle où il avait célébré tant de mystères, et au même moment sa très sainte Mère sortit aussi de sa retrait= pour aller au-devant de lui. Le Prin- € éternités et notre auguste Reine se rencontrèrent et aussitôt leurs cœurs furent si vivement transpercés d'un glaive de douleur, qu’il n’est pas possible aux hommes ni même aux anges de sonder une plaie si profonde. La plus désolée des mères se prosternant l'adora comme son Dieu et son Rédempteur véritable. Et le Seigneur la regardant avec une majesté divine <t avec une tendresse filiale, lui dit ces seules paroles: « Ma Mère, je serai avec vous dans la tribulation : accomplissons la volonté de mon Père éternel et le salut des hommes.» Notre grande Reine s'offrit au sacrifice avec la fermeté d'un cœur magnanime et demanda à son Fils sa bénédiction. Et après l'avoir reçue, elle s’en retourna dans sa retraite, où le Seigneur lui permit de rester, sans perdre de vue rien de ce qui lui arriverait et de ce qu'il opérerait, afin qu'elle l'imitât et coopérât

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156 VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE en toutes choses, selon qu'elles In regardaient, Le maitre de la maison, témoin de cette douloureuse séparation, offrit alors Par une inspiration divine

sa maison et tout ce qui s’y trouvait à la bienheureuse Vierge, et la pria de s'en servir tout le temps qu'elle demeurerait à Jérusalem k

la Reine de l'univers accepta cette offre avec une humble reco

naissance. Les mille anges de sa garde, qui l'assistaient toujours sous une forme visible à ses jeux set: int, restèrent près d'elle, ex que saintes femmes qu'elle avait amenées lui tinrent gnie.

Notre divin Rédempteur étant done sorti Cénacle, se rendit, avec ses onze apôtres, à 1 Oliviers. De son côté, le pertide aux princes des prêtres: ce firent aussitôt préparer des innocent Agneau.

lques-unes des aussi compa-

de la maison du a montagne des Judas courut en donner avis ux-ci s'en réjouirent beaucoup et gens armés pour aller saisir le très

Pendant que se faisaient tous ces préparatifs, le Seigneur était avec les onze apôtres et travaillait à notre salut éternel et à celui même de ceux qui ne songaient qu’à le faire mourir Ce fut un admirable débat entre la malice excessive des hommes et la bonté infinie de Dieu : que si cette lutte du bien et du mal commença dans le monde à partir du premier homme ces deux principes extrêmes attei

gnirent en la mort de notre Rédempteur leur plus grand développement, puisque la malice humaine et la bonté div

ine déployèrent en ce moment l'une contre l'autre toutes leurs ressources possibles : la première, en ôtant la vie et l'honneur au Créateur et au Rédempteur des hommes ; Ja seconde en les sacrifiant pour leur salut avec une immense charité, Il fut, pour ainsi dire, nécessaire, dans cette occasion, que l'âme très sainte de Notre-Seigneur Jésus-Christ, regardât sa très pure Mère, et que sa Divinité fit de même afin de découvrir parmi les créatures un sujet capable d'attirer son amour et d'arrêter la justice divine. Car il considérait. alors qu’en cette seule pure créature, il recueillerait un digne fruit de la passion et dela mort que les hommes lui destinaient ; la justice divine trouvait en cette sainteté sans borne une certaine compensation à la malice des hommes, et les trésors

des mérites de Jésus-Christ étaient mis en dépôt en l'humilité, en la fidélité et en la charité de cette auguste Souveraine, afin que l'église renaquit ensuite et sortit des mérites et de ln mort du même Seigneur, comme le vhénix de ses cendres, Cette complaisance que l'humanité de notre Rédemptenr prenait à considérer la sainteté de sa divine Mère, le fortif:ait en quelque sorte pour vainure la malice des mortels, et il reconnaissait que la patience avec lnquelle il souffrait toutes ses peines n'était point inutile, puisqu'il trouvait entre les hommes «4 bien-aimée et très sainte Mère !

La bienheureuse Vierge observait de sa retraite tout ce qui se passait; elle découvrit les pensées de l'obstiné Judas et de quelle manière il s'écarta du collège des apôtres ; tout ce qui lui arriva dans la maison des princes des prêtres et les préparatifs qu'ils firent pour prendre le Seigneur, On ne saurait exprimer la douleur que cette connaissance excitait dans le cœur de la très pure Mère, ni les actes de vertu qu'elle pratiquait à la vue de tant de perversité, ni l’adinirable conduite qu’elle tint dans tous ces événements : il suffit de dire que tout <e qu'elle fit eut une plénitude de sagesse et de sainteté souverainement agréable à la bienheureuse Trivité. Elle eut compassion de Judas et pleura sa perte. Elle répara le crime de ce perfide disciple en adorant, en aimant et en glorifiant le même Seigneur, qu'il vendait par une si noire trahison. Elle était prête, s'ille fallait, à mourir pour ce malheureux. Elle pria Pour ceux qui complotaient l'emprisonnement et la mort de son divin Agneau, et les rêgardait comme des yages qui devaient être estimés et rachetés au prix infini d’un sang si précieux et d’une vie sisainte: tel était le cus qu'en faisait la très prudente Marie.

Notre-Seigneur, ayant passé le torrent de Cédron, entra dans le Jardin de Gethsémani, puis s'adressant à tous les apôtres qui le suivaient, il leur dit: « Asseyez-vous ici, pendant que je m'en irai là pour prier, et priez de votre côté, de peur que vous n'entriez en tentation.» Notre divin Maitre leur donna cet avis afin qu'ils fussent constants en la foi contre les tentations qu'il leur avait annoncées lors de la Cène: il leur dit aussi qu'ils

seraient tous scandalisés cette nuit de ce qu'ils lui verraient souffrir ; que Satan les attaquerait pour les cribler et les troubler par ses tromperies ; que, comme il avait été prédit, le Pasteur devait être frappé et les brebis dispersées. Ensuite le Maître de la vie appela saint Pierre, saint Jean et saint Jacques ev se retira avec eux dans un autre endroit, où il ne pouvait être ni vu ni entendu des huit autres apôtres. Seul avec les trois premiers, il éleva les yeux vers le Pre éternel, et le glorifia selon sa coutume; et voulant uccomplir la prophétie de Zacharie, il demanda intérieurement qu'il fût permis à la inort de s'approcher de l'Innocent par excellence et qu'il fût ordonné au glaive de ln justice divine de s'éveiller et de se brandir contre le Pasteur et contre l’homme uni à Dieu, pour exercer sur lui toute sa rigueur et pour le frapper jusqu'à lui ôter la vie. C'est pour cela que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'offrit de nouveau au Père pour satisfaire sa justice et pour le achat de tout le genre humain ; il permit aux tourments de la passion et de la mort de se faire ressentir en la partie passible de son humanité très sainte, et suspendit dès lors la consolation qu’elle pouvait recevoir de la partie impassible, afin que par ce délaissement ses douleurs et ses afflictions arrivassent à leur plus haut degré. Le Père éternel approuva et permit tout cela selon la volonté de la très sainte humanité du Verbe. Cette prière équivalut à une permission par suite de laquelle s'ouvrirent les digues des eaux amères de la passion, afin qu'elles inondassent l'âme de Jésus-Christ, comme il l'avait dit par l'organe du saint roi David. Ainsi il commença dès lors à s’attrister et à sentir de grandes angoisses, et dans cette désolation, il dit aux trois apôtres: Mon âme est triste jusqu'à la mort. Ces paroles et la tristesse de notre Sauveur renferment pour notre instruction de très grands mystères que j'exposerai, en partie, de mon mieux. Le Seigneur permit que cette tristesss atteignit au plus haut degré auquel elle pouvait naturellement et miraculensement atteindre, avec tou‘e la possibilité que comportait son humanité très sainte. Il .e s’attrista pas seulement en la partie inférieure de l'âme par le désir de vivre, qui lui est naturel ; mais aussi en la partie supérieure, où il

prévoyait la réprobation de tant d'âmes pour lesquelles il devait mourir; et il savait que cette répro.ation était conforme aux jugements et aux décrets impénétrables de la justice divine. Ce fut là, comme nous le verrons plus loin, la cause de sa plus grande tristesse, Il ne dit pas qu’il était triste pour la mort, mais jusqu'à la mort : parce que la tristesse que lui inspiraient les approches de la mort, à cause du désir naturel de la vie, fut moindre que celle que lui causait la connaissance de la réprobation de tant d'âmes. Il s'était d’ailleurs imposé la nécessité de mourir pour la rédemption du genre humain, de sorte que sa très sainte volonté était prête à surmonter ce désir naturel pour notre instruction, parce qu'il avait joui, en la partie par laquelle il-était voyageur, de la gloire du corps dans sa Transfiguration. En effet, il se croyait, pour ainsi dire, obligé de souffrir, à raison et en retour de cette gloire dont il avait joui en tant que voyageur, atin qu'il y eût quelque rapport entre ce qu'il avait reçu et ce qu’il donnait, ct que nous fussions instruits de cette doctrine par les trois Apôtres qui furent témoins de cette gloire et de cette tristesse; c'est dans” ce but qu'ils furent choisis pour assister à l’un et à l'autre mystère, et ils le comprirent dans cette circonstance par une lumière particulière qui leur fut donnée à cet eflet,

Il fallait, en outre, pour satisfaire l'amour immense que notre divin Sauveur avait pour nous, que cette tristesse mystérieuse allât jusqu’à le plonger dans une mortelle agonie: car, s'il n'en eût épuisé toute l'amertume, sa charité n'aurait point été rassasiée, et l'on n'aurait point connu aussi clairement que toutes les eaux des plus grandes tribulations n'étaient pas capables de l'éteindre.

f« On connait toute la suite de ce qui se passa à Gethsémani, par le récit des Saints Evangiles. »

Pendant tout ce temps, la Reine de l'univers était avee les saintes femmes qui l'accompagnaient (1), voyant avec la pus grande clarté dans la divine lumière tous les mystères que son

(1) Dans la maison du Cénacle, comme uous l'avons vu plus haut.

très saint Fils opérait dans le jardin, sans qu'aucune circonstance lui fût cachée. Au mêr > moment que le Seigneur s'éloigna avec les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, notre auguste Souveraine se retira de la compagnie des femmes dans une autre chambre, et emmens avec elle les trois Marie, dont elle établir Marie-Madeleine supérieure. Quant aux autres femmes, elle les avait quittées, après les avoir exhortées à prier et à veiller, de peur qu’elles n'entrassent en tentation. Lorsqu'elle fut seule avec ses trois disciples les plus familières, elle supplia le Père éternel de suspendre en : le toutes les consolations qui pouvaient l'empécher de sentir en son corps ct en son âme, avec son tre. saint Fils et à son imitation, ce que les soufirances ont de plus rigoureux, et de permettre qu’elle soufirit en son corps les douleurs des plaies que le Seigneur devait recevoir. La bienheureuse Trinité ‘approuva et 'xauça cette prière : ainsi la divine Mère ressentit dans une certaine mesure les douleurs de son adorable Fils, comme je le dirai en son lieu. Elles furent si violentes, qu’elle en serait morte plusieurs fois, si la droite du Très-Haut ne l’eût miraculeusement soutenue ; mais sous un autre rapport, ces douleurs que lui dispensait la main du Seigneur alléserent et garantirent en quelque sorte sa vie ; car, avec son immense et brûlant amour, rienn. ait pu lui être plus mortellement pénible que de voir souffrir et mourir son bien-nimé Fils sans endurer personnellement avec lui les mêmes peines.

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